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Angela
Ledoux, Chef de Mission pour SOLIDARITES en Irak
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Angela Ledoux, Chef de Mission pour SOLIDARITES en Irak, était au
siège à Paris pour la semaine des Chefs de mission du 19 au 23 janvier
2004. Nous en avons profité pour faire le point avec elle :
1- Quelle est ta formation et ton parcours personnel ?
Après un DESS de " Gestion Européenne et Internationale " à Paris 1-Sorbonne,
j'ai fait un passage rapide en tant que cadre à la direction commerciale
de Renault. J'ai rapidement compris que ce n'était pas ce que je voulais,
et, à 24 ans, je suis partie aux Philippines pour ma première mission
humanitaire avec " ASMAE - les amis de sœurs Emmanuelle " dans les bidonvilles
de Manille. Ce fut un choc, le premier contact avec la vraie misère. D'ailleurs,
je n'ai plus jamais, ailleurs, retrouvé une misère pareille. En tout,
je suis restée 4 ans aux philippines, avec plusieurs ONG. Ensuite, j'ai
passé 2 ans en Bolivie, Pérou, Venezuela, Colombie, Equateur. Puis 3 ans
en Jordanie pour " Enfants du Monde Droits de l'Homme ", à travailler
sur un projet pour les enfants bédouins handicapés, puis sur des projets
en Irak de réhabilitation de centres pour enfants handicapés. Enfin, j'ai
rejoint SOLIDARITES en juillet 2003 pour prendre la tête de la mission
Irak. En résumé, j'aurais déjà 10 ans de travail humanitaire à la fin
de ma mission pour SOLIDARITES !
2- Qu'est-ce qui caractérise, à ton sens, la situation actuelle en
Irak, sur le plan humanitaire ?
Un manque complet de services publics de base. Par exemple : - Pas d'eau
potable dans les villages, et parfois dans certains quartiers des grandes
villes comme Bagdad. - Pas d'électricité : il n'y a en moyenne que 8 H
de disponibilité par 24 H, et encore avec des coupures de 2 à 4 heures
! - Pas d'essence : queues interminables aux stations, marché noir et
prix exorbitants, alors que l'Irak est la deuxième réserve de pétrole
après l'Arabie Saoudite ! - Pas de transports publics (bus, trains). Il
faut bien comprendre, en plus, que c'est un véritable saut en arrière
pour ce pays, qui avait, dans les années 70, le niveau de développement
du Portugal. Ce saut en arrière est aggravé dans les zones rurales, qui
ont été totalement délaissées par le pouvoir irakien pendant 30 ans.
3- SOLIDARITES concentre son action dans le domaine de l'eau, et spécifiquement
l'accès à l'eau dans des zones rurales et isolées. Peux-tu faire un point
de l'avancée de ce programme, et nous expliquer en quoi il est essentiel
à la population ?
D'abord le point sur ce programme : les travaux de réhabilitation sur
les 55 stations de traitement des eaux pour autant de villages dans les
régions de Hilal et Ad Diwaniyah, au sud de Bagdad, au profit de 47.000
personnes, avancent à grands pas : 45 stations ont déjà été réhabilitées
et fonctionnent. Les 10 restantes sont prévues d'être terminées d'ici
la mi-mars. Maintenant l'impact de ce programme : il est essentiel, car
on aura, à terme, 47.000 personnes qui auront enfin accès à l'eau potable
depuis près de 20 ans ! Il faut savoir que ces 55 stations ont fonctionné
de 75 à 85. L'absence de maintenance, puis l'embargo ont entraîné près
de 20 ans de non-fonctionnement. Avant que SOLIDARITTES n'intervienne,
les femmes allaient à la rivière avec des bassines sur la tête. Les enfants
se lavaient, elles faisaient la cuisine et la lessive dans une eau souillée,
insalubre, dans laquelle se baignaient également les animaux… Maintenant
les stations fonctionnent, en captant l'eau de ces rivières pour la traiter
avant qu'elle ne soit amenée par les réseaux d'adduction jusque dans les
villages ! Donc deux grands impacts : de l'eau potable d'abord, et les
femmes ne sont plus obligées de faire des kilomètres pour aller chercher
une eau de surcroît insalubre.
4- Justement, nous avons un nouveau projet qui consiste en la réhabilitation
de ces réseaux d'adduction ; peux-tu nous expliquer son importance et
sa pertinence ?
Pour optimiser l'impact du premier projet (réhabilitation stations de
traitement), nous avons mis en place ce projet, afin de refaire à neuf
les réseaux de distribution qui apportent l'eau dans les villages. En
effet, en raison de la vétusté et des fuites de ces réseaux, seulement
50 % en moyenne de l'eau captée parvenait dans les villages. Par ailleurs
certains de ces réseaux comportaient de l'amiante. - Ce type de projets
requiert une véritable expertise.
5- Comment s'articule et se répartit le travail entre les volontaires,
notamment les hydrauliciens, et les responsables techniques irakiens qui
suivent les chantiers au jour le jour ?
Les choix techniques fondamentaux suivent les standards du Ministère Irakien
des Travaux Publics, en coordination directe avec les autorités locales.
Les volontaires spécialisés (hydrauliciens) supervisent et encadrent le
travail de notre équipe irakienne, qui comprend 8 ingénieurs en génie
civil, et qui sont tous les jours sur les chantiers en cours.
6- Quelle est la principale contrainte à prendre en compte dans le
travail de la mission ? La question de la sécurité ? La logistique ? La
langue ?
La logistique n'est pas un problème. La principale contrainte est la sécurité,
et ensuite la langue.
7- Justement, comment se gère cette question de la sécurité sur la
mission ?
A partir d'un certain nombre d'informations que nous analysons quotidiennement,
nous faisons un état de la situation sécuritaire sur les zones où nous
travaillons. A partir de là, nous décidons des modalités de nos déplacements,
voir de leur éventuelle suspension pour une journée ou deux. Dans tous
les cas, les gens sur le terrain ont au moins deux moyens de communication
(radio et téléphone satellite) et quand ils partent à plusieurs, ils se
déplacent en convoi de deux ou trois véhicules. En fait, la question de
la sécurité se résume à la gestion d'un paramètre extérieur grâce à une
parfaite et permanente communication entre les différents membres de l'équipe.

8 - Comment s'organise la coordination avec les autres acteurs humanitaires
et les forces de la coalition ?
Nous n'avons aucune coordination ni aucun contact avec les Américains,
qu'ils soient civils ou militaires. En revanche, nous travaillons en coordination
permanente avec toutes les autres ONG qui opèrent dans le domaine de l'eau
et l'assainissement. A ce titre, il est important de préciser que SOLIDARITES
a été choisie et élue comme " Focal Point ", c'est à dire coordinateur
national Sur tout l'Irak en eau et assainissement. Cela implique un gros
travail, et notamment l'organisation d'une réunion hebdomadaire entre
toutes les ONG concernées, et d'une réunion mensuelle entre ces ONG et
le Ministère Irakien des Travaux Publics.
9- Le fait d'être une des rares ONG à être restées en Irak malgré les
difficultés a-t'il été très important ?
Cela a été essentiel. En Irak, le " plus " de SOLIDARITES, c'est d'être
restée. Aux yeux des Irakiens, c'est essentiel, car cela démontre l'engagement
de SOLIDARITES, et ils l'apprécient énormément. Aux yeux de nos partenaires,
cela crédibilise notre action en terme de qualité, mais également d'engagement.
Nous avons en quelque sorte " gagné " notre place centrale par notre détermination.
10- As-tu des souvenirs, des images particulièrement marquants ?
Oui, à l'occasion de la visite d'un village où nous réhabilitons la station
de traitement, j'ai pu voir des enfants se baigner et des femmes laver
le linge à la rivière au milieu d'une véritable ménagerie (vaches, canards,
poules, chèvres, moutons) qui étaient en train de boire, se baigner ou
faire leurs besoins… Egalement, le nombre de plus en plus élevé d'enfants
des rues que l'on voit à Bagdad.
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