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Ukraine : reportage parmi les décombres de la guerre

Publié le jeudi 21 mars 2024

Dans les zones occupées par les troupes russes en 2022, les plus jeunes et les familles ont principalement fait le choix de tenter de reconstruire leur vie ailleurs. Les personnes âgées aux retraites trop menues n’ont souvent pas eu cette possibilité, et font face aujourd’hui à des conditions de vie indignes dues à la destruction de leur maison. SOLIDARITÉS INTERNATIONAL adapte l’aide proposée aux conséquences spécifiques de ce conflit. 

Réparer les maisons, une priorité absolue 

« Quand nous sommes arrivés au village et que nous avons vu l’état de la maison… nous avons pleuré bien sûr, c’était tellement choquant ».  Larysa et Oleksander ont le visage marqué et des mains de travailleurs. Emmitouflés dans de multiples couches de pulls chauds et élimés, ils vivent dans une réalité à peine dicible. Ils ont dû quitter leur habitation de Kherson, dont la proximité avec la Crimée rend le danger permanent, et sont venus s’installer dans l’ancienne maison du père d’Oleksander à Ternovi Podi. Le village a été occupé par les Russes de février à novembre 2022. Ils n’ont pu y venir qu’une fois la maison déminée et l’électricité raccordée. Ternovi Podi a été détruit à plus de 80%. Quelques ruines émergent vaguement des tas de gravats. La maison du couple n’a plus que les murs, grêlés de centaines voire de milliers d’impacts. Plus de toit ni de plafond, plus de vitre, une maison ouverte aux quatre vents qui ne peut plus servir d’abri. Il n’y a même plus de plancher. Des lambeaux de l’ancienne tapisserie fleurie pendent çà et là. Larysa et Oleksander ont sauvegardé tout ce qui pouvait servir ou être réparé. C’est ainsi qu’ils ont récupéré les caisses en bois qui contenaient les munitions des soldats russes. On en trouve partout dans toute la zone désoccupée. Eux s’en servent pour préserver leurs quelques denrées des souris qui envahissent tout depuis que les humains ont désertés. Effectivement, sur 75 personnes, seules huit sont revenues habiter dans le village. Car la vie ici est presque impossible. Dans le dénuement, la tristesse et la solitude, chacun lutte pour reconstruire ce qui peut l’être.  

En attendant de poser un toit sur leur maison, Larysa et Oleksander se sont installés dans une pièce modérément habitable de la maison d’un voisin qui n’est pas revenu. Une petite pièce avec un lit et un poêle qui fonctionne grâce aux briquettes de cosses de tournesol que SOLIDARITÉS INTERNATIONAL a fourni en début d’hiver. Quelques mètres carrés à l’abri du froid et du vent au milieu de l’apocalypse. 

  • 37 millions d'habitants en en 2023
  • 77ème sur 191 pays pour l'Indice de Développement Humain
  • 501 843 personnes secourues depuis mars 2022

Photo : © Michael Bunel / SOLIDARITÉS INTERNATIONAL

Alors à 57 et 55 ans, le couple a déblayé les gravats et travaille avec acharnement à la réparation de sa maison. Tous les efforts de Larysa et Oleksander sont tendus vers l’espoir de pouvoir y habiter à nouveau. SOLIDARITÉS INTERNATIONAL leur a fourni les fonds nécessaires à l’achat de matériaux de construction. Ils ont ainsi pu obtenir des poutres. Aujourd’hui la charpente est bien avancée. Elle est couverte d’une bâche en attendant de pouvoir finir la couverture. Les travaux seront encore longs et les épreuves qu’ils subissent sont loin d’être terminées, mais c’est le seul avenir possible pour de nombreuses personnes des villages désoccupés qui n’ont pas les revenus nécessaires pour commencer une nouvelle vie ailleurs. 

 La guerre fait basculer les personnes vulnérables dans la pauvreté 

Jusqu’au bout, Galina et ses voisins étaient restés persuadés que leur petit hameau n’intéresserait pas les Russes. Mauvais calcul. Dans les immenses plaines céréalières, le minuscule promontoire sur lequel est juché Davidid Brod lui donne une vue sur la rivière en contrebas, lui conférant un intérêt stratégique. Galina raconte avec émotion ces nuits enfermées dans l’abri souterrain de la maison. Au pire des bombardements, elle a compté jusqu’à 70 explosions par heure. Alors les villageois ont demandé aux Russes de cesser les tirs le temps de s’enfuir. Ils ont obtenu 10 minutes. 10 minutes pour embarquer ses papiers, le chien et partir. À la désoccupation en novembre 2022, Galina est revenue au plus vite, malgré la peur.  Sa maison est trop détruite pour y habiter alors elle est hébergée par sa belle-fille dans le village voisin. Galina a 62 ans. Elle avait travaillé toute sa vie pour obtenir la maison dans laquelle elle pensait couler ses vieux jours. Perdre une vie de prévoyance a été une catastrophe. Sa retraite ne permet pas de payer un autre lieu pour vivre, elle est blessée à la jambe et à la tête et elle doit s’occuper de sa mère de 89 ans, alors elle reste chez sa belle-fille à se faire un sang d’encre pour l’avenir. 

Photo : © Michael Bunel / SOLIDARITÉS INTERNATIONAL

La guerre a considérablement aggravé la pauvreté dans les campagnes qui ont subi l’occupation. En se retirant, les Russes ont emporté presque tout le matériel agricole, le bétail est mort ou s’est enfuit, et pire que tout, l’entièreté du territoire a été miné. Tout l’hiver, les démineurs se sont activés pour avancer leur travail au maximum avant que le printemps, avec la pousse de l’herbe, ne rende leur travail encore plus difficile. Mais il faudra des années pour rendre les terres à nouveau accessibles et cultivables. Les histoires d’agriculteurs qui, ne pouvant plus attendre, ont déminé eux-mêmes leur potager ou leurs champs, sont légion, et les accidents corporels également. Alors chacun apprend à vivre dans les quelques mètres carrés sécurisés autour de sa maison, et à se nourrir quasi exclusivement de ce que produit le potager.
De plus, le manque total de revenus entraine l’impossibilité de se procurer des produits d’hygiène. C’est pourquoi SOLIDARITÉS INTERNATIONAL distribue savons, dentifrices, lessives et détergents, mais aussi des couches pour adultes, très recherchées pour permettre aux nombreuses personnes très âgées de vivre dignement.  

Si la menace des bombardements ou d’une nouvelle occupation reste forte, la reconstruction des maisons doit pourtant s’effectuer dès à présent car des personnes âgées et vulnérables vivent dans ces villages détruits et doivent retrouver des conditions de vie au moins acceptables. Malgré leur courage, ces personnes ont besoin d’aide. En leur fournissant des fonds pour réparer leur maison, du combustible pour le chauffage et des produits d’hygiène, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL, avec le soutien de l’Union européenne, reste présente aux côtés des habitants des villages martyrs d’Ukraine.  

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