Liban : rêves d’enfants réduits à néant

Publié le vendredi 15 septembre 2017

Depuis le début de la crise syrienne le Liban accueille sur son sol plus de 1,5 millions de réfugiés syriens qui représentent désormais plus d’un quart de la population de ce pays de 5,5 millions d’habitants. Privés de tous droits, les réfugiés syriens survivent dans des logements de fortune. Pourtant, les enfants ont toujours des rêves que leurs parents, sans moyens, tentent de faire vivre.
De Tripoli à la vallée de la Bekaa, Binetou Diallo, chargée de collecte de fonds, est allée à la rencontre de ces familles réfugiées pour recueillir leurs témoignages.

« Je voudrais être une maîtresse »

J’arrive à Zgharta, tout près de la ville de Tripoli, sur le site d’une usine de ciment. Des familles de réfugiés y ont construit leur habitation et paient un loyer au propriétaire pour le bout de terrain. Ces constructions de fortune ne sont pas isolées. Les toits en tôle ne protègent ni de la chaleur estivale, ni du froid de l’hiver. A mon arrivée, des enfants jouent à l’ombre du préau. Timides, ils n’osent tout d’abord pas se livrer mais très vite les réponses fusent. Ici, les enfants ont tous des rêves plein la tête. Sham, 4 ans, rêve de retourner en Syrie, même si elle est née au Liban. C’est la Syrie, son pays. Plus tard, Ghada et Jamil veulent enseigner. Maria rêve de devenir maquilleuse. Mutaz, 5 ans, voudrait être docteur. Ils ont tous commencé à apprendre le français quand ils étaient à l’école en Syrie, ils continueront peut-être au Liban. Ces enfants ont des rêves, des ambitions, mais tout cela est remis en question par la situation critique dans laquelle ils vivent aujourd’hui : survivre au jour le jour.

LE DROIT À L’ÉDUCATION BAFOUÉ

Au camp Halba 004 situé dans l’Akkar, la région la plus pauvre du Liban, comme à Tripoli, les abris sont également faits de bâches, de tôle et de planches. En été on y étouffe de chaleur, en hiver la pluie s’infiltre partout.
C’est dans ce camp que m’a accueillie Beja, avec qui j’ai passé un moment agréable malgré la barrière de la langue. Elle m’a offert un thé délicieux en compagnie de sa sœur Najah:
« En arrivant il y a 5 ans nous vivions dans une maison sans électricité, nous utilisions des bougies pour nous éclairer. La maison a pris feu, j’ai été sévèrement brûlée. Aujourd’hui nous vivons avec les trois enfants dans la même tente que mes beaux-parents. Nous attendons désespérément un kit pour construire notre propre abri.
Les enfants peuvent aller à l’école, ils adorent ça. Mon mari ne trouve pas du travail tous les jours. Endettés à cause des frais médicaux nous ne parvenons pas à subvenir à nos besoins quotidiens ». Je me rends vite compte que si certains parents réfugiés parviennent à envoyer leurs enfants à l’école, c’est souvent au prix d’un lourd endettement et du sacrifice de leur propre santé. On me dit aussi que le système scolaire défaillant oblige les enfants à quitter l’école très tôt.

Beja a tenu à ce que l’on prenne une photo ensemble comme deux copines car oui, dans une autre vie nous aurions pu être amies. Avant d’être une réfugiée syrienne au Liban, c’est une femme de mon âge, » Binetou Diallo (au centre de la photo).

Le combat n’est plus d’apprendre mais de rester en vie

Au camp Terboul 108, dans la vallée de Bekaa, au Nord Est du Liban, où seule une montagne rocailleuse sépare les familles syriennes de leur pays, les abris des réfugiés sont installés au milieu des déchets qui s’empilent (ou s’amoncellent) dans la boue et se disperse a perte de vue. Je fais la connaissance de Maha, 23 ans. Mère de deux garçons de 5 et 6 ans, Khalid et Omar, elle me raconte leur exode : « J’ai perdu mon mari en Syrie. Je suis partie de Homs avec mes deux fils et nous avons marché deux jours pour arriver à Terboul. Nous n’avions rien à manger. Pendant une semaine nous nous sommes nourris d’herbes que nous faisions bouillir avec l’eau que nous pouvions trouver. Les enfants sous-nutris et assoiffés perdaient connaissance. A notre arrivée au camp je recevais des coupons alimentaires, mais c’est terminé. Les petits travaux de nettoyage que je trouve pour $6 par jour ne nous permettent pas de survivre n’y d’envoyer mes enfants à l’école. J’envisage parfois des choses illicites ».

Entre maladie, misère et désespoir, beaucoup d’enfants de réfugiés se voient privés d’accès à l’éducation. J’ai été frappée par la joie et la dignité que j’ai trouvées chez toutes les personnes, jeunes et moins jeunes, avec qui j’ai eu la chance d’échanger. Malgré des conditions de vie très souvent indignes elles gardent la force de croire en l’espoir d’une vie meilleure. Les rapports entretenus par les membres de l’équipe de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL avec ces familles m’ont impressionnée. Avant d’être les bénéficiaires d’une aide humanitaire, ce sont des individus dont il faut gagner la confiance et le respect pour tâcher d’améliorer leur quotidien.

 

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