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Liban : des solutions EAH innovantes pour les réfugiés syriens

Publié le mercredi 31 mars 2021

Article extrait de notre Baromètre de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Hygiène 2021

Par Yann Pastel, coordinateur EAH pour SOLIDARITÉS INTERNATIONAL au Liban.

Depuis 2013, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL intervient au Liban, dans la Bekaa et au Akkar, auprès de 75 000 réfugiés syriens répartis dans 1 600 campements informels, principalement sous tente. L’étendu des besoins et le contexte poussent nos équipes à innover sans cesse pour leur apporter des réponses plus adaptées et durables dans le domaine de l’eau et de l’assainissement.

Au Liban, l’accès à l’eau se fait principalement par puits privés non-régulés et livraison d’eau par camion et seulement 8% des eaux usées sont traitées. Les réfugiés syriens, au nombre total de 1,5 million dans le pays, dont 310 000 vivant dans 5 900 campements informels, représentent donc une pression supplémentaire sur les infrastructures, les ressources et l’environnement. À cela s’ajoutent les troubles socio-économiques et politiques en cours depuis octobre 2019 mais aussi l’épidémie de la Covid-19 : la crise actuelle a accentué les tensions entre communautés et la stigmatisation de la population syrienne comme source de problèmes.

Les restrictions gouvernementales visant à ne pas pérenniser la présence des réfugiés impactent la réponse Eau, Assainissement et Hygiène aux besoins de base. La fourniture d’eau potable et la vidange des latrines se font surtout par camions, sans régulation suffisante. L’intervention de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL s’intègre donc dans une stratégie du Secteur Eau coûteuse (13 millions d’euros  en 2019), et non durable car trop dépendante de l’aide humanitaire.

Afin de limiter cette dépendance, notre ONG développe des solutions alternatives. Pour l’accès à l’eau, la connexion de campements informels aux sources locales, uniquement pour usage domestique (lavage, etc.), permet de réduire de 70% les volumes livrés par camion. Mais l’accès à l’eau de boisson pour les 30 800 personnes vivant dans ces campements, se fait encore principalement par livraison, la majorité des eaux souterraines étant contaminées (eaux usées domestiques et industrielles, intrants chimiques agricoles).

  • 6,8 millions d'habitants
  • 55% de taux de pauvreté
  • 93ème sur 189 pays pour l'Indice de Développement Humain
  • 295 000 personnes secourues

Pour remédier à ce problème, nos équipes installent des systèmes de traitement de l’eau lorsqu’ils permettent une économie par rapport à la livraison par camion. Depuis 2017, 18 sites ont ainsi été équipés de systèmes d’ultrafiltration, traitant la contamination microbiologique sans électricité et avec peu d’entretien. Toutefois, la contamination chimique empêche un développement à large échelle. C’est pourquoi nous testons depuis 2019 des systèmes de traitement plus complexes par osmose inverse et expérimenterons en 2021 un traitement par échange d’ions. Ces technologies ayant un coût, une consommation d’énergie et un niveau de maintenance supérieurs, nos équipes étudieront leur adaptation comme solution alternative à la livraison d’eau par camion dans les campements informels. Ces solutions alternatives à la livraison, permettent de faire une économie d’environ 850 000 euros participant à la réduction de la vulnérabilité des sites concernés.

Pour l’assainissement, depuis 2015, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL installe, lorsque c’est possible, des fosses septiques réduisant les coûts de vidange des latrines. Aux problématiques financières et de durabilité, se rajoute l’impact sanitaire et environnemental. La multitude des sites, leur instabilité (mouvements de population, création/évacuation de site) et les restrictions gouvernementales empêchent une gestion adaptée des eaux usées, particulièrement des eaux grises majoritairement rejetées dans la nature.

En 2019, le gouvernement a cependant commencé à viser municipalités, industries et campements informels ne respectant pas les normes de rejet, notamment en interdisant les campements dans certaines zones sensibles et en imposant de nouveaux critères d’intervention pour les ONG. Le Secteur Eau s’est donc mobilisé pour réduire le risque d’éviction en limitant cet impact environnemental.

Depuis 2019, notre ONG participe, dans le cadre d’un projet pilote financé par l’UNICEF, au développement de systèmes innovants de traitement des eaux usées dans les campements informels. La crise économique et la COVID-19 ont ralenti les projets mais début 2021, 14 systèmes auront livré leurs premiers résultats. Cette année, grâce à l’Union européenne, nos équipes cibleront aussi les campements informels identifiés comme prioritaires par le Secteur Eau, avec pour objectif la réduction des risques d’éviction et des tensions sociales en diminuant la pollution rejetée et les volumes à transporter dans les stations de traitement.

 

> CONSULTEZ LE BAROMÈTRE 2021
DE L’EAU, DE L’ASSAINISSEMENT ET DE L’HYGIÈNE

 

Photo header © Clotilde Bertet / SOLIDARITÉS INTERNATIONAL

Photo dans l’article © Alessandro Penso / SOLIDARITÉS INTERNATIONAL