Martine Morincome, Coordinatrice Administrative et Financière : « L’Afghanistan des romans est toujours là « 

Publié lejeudi 9 juillet 2015

Martine Morincome, Coordinatrice Administrative et Financière sur notre mission Afghanistan, nous dévoile sa vision d’un pays qui, malgré un contexte sécuritaire contraignant, continue à séduire les humanitaires.

Quand est-ce que tu es partie en Afghanistan pour la première fois ?

Je suis partie en octobre 2011 jusqu’au mois d’août 2012. Je suis ensuite allée au Pakistan pour essayer de comprendre ce qui se passait de l’autre côté de la frontière, et je gardais un sentiment de fascination, partagé par beaucoup de gens qui viennent en Afghanistan. L’Afghanistan des romans est toujours là, la même violence et la même beauté.

Par rapport à ta mission précédente, as-tu l’impression que la vie de tous les jours à Kaboul a changé ?

Oui sans aucun doute. J’ai connu la fin des années « légères » : les restaurants pleins d’expatriés, l’espoir d’accompagner un changement, le début de la désillusion d’un Occident insolent et maladroit devant une société qui lui demeurait opaque et qui lui résisterait de toute son âme. Aujourd’hui Kaboul semble plus propre, moins misérable, même si l’urbanisation (pas toujours très esthétique) a pris le dessus sur les vieilles maisons afghanes aux jardins de roses. Les arbres cependant sont de retour ainsi que les cerfs-volants. Depuis la terrasse de notre maison, le soir on entend les muezzins appeler à la prière et là, c’est magique.

En tant que femme expatriée, comment est-ce qu’on peut envisager une mission en Afghanistan ?

Oui, on peut y aller en étant une femme. On y va et on accepte d’être déguisée (longue robe et voile) et d’oublier, ou plutôt de faire oublier sa féminité. On est considérée comme un être différent qu’on ne touche pas alors que les hommes se reconnaissent dans de grandes embrassades. Mais cela veut aussi dire être du côté des hommes (qui nous acceptent comme un troisième sexe) et aussi du côté des femmes (ce que ne peuvent connaître les hommes expatriés).

Je n’oublierai jamais comment, seule femme parmi les hommes venus rendre hommage à un collègue afghan mort dans la nuit, je suis entrée dans la maison emplie de femmes et comment j’ai trouvé là une fraternité et une proximité inouïes. La femme afghane a une existence et une importance : elle règne sur l’intérieur, ce qui peut être étouffant pour nous mais essentiel pour elles. Cela permet enfin de se repenser, au retour, en tant que femme dans notre société occidentale, et pour une vieille féministe comme moi se dire qu’il ne faut rien lâcher de ce que nos mères ont acquis !

Sur la mission de Solidarités International, quelles options a-t-on pour décompresser le soir ou en fin de semaine ?

Les sorties au restau (plus rares en ce moment en raison d’une situation instable) sont délicieuses pour la cuisine, leur décor : des maisons afghanes traditionnelles avec de superbes jardins et toujours du soleil, même l’hiver ; les collègues, tous différents, tous uniques… et avant tout pour moi la lecture qui est une partie essentielle de ma vie. Et les films, chaque expatrié est une mine de films et séries. Les weekends sont parfois comme peau de chagrin à cause de la charge de travail.

Comment préparer ses proches à un départ en Afghanistan ?

Mes proches m’ont tous soutenu. On ne part que si l’on a réglé cela, que les proches comprennent et soient capables d’accepter ce choix, autrement c’est trop lourd. Après, il y Skype et internet. On ne perd aucun des liens qu’on veut garder. Au contraire, on en renoue de plus intenses.

En quoi peut-on se reconnaitre dans la mission de Solidarités International en Afghanistan ?

Quand on va sur une base on n’a plus de doutes : manger le soir, assise en tailleur entourée d’une vingtaine de collègues afghans (et non, les Afghanes ne sont pas présentes), c’est un moment de partage très fort, même si on se comprend mal. Aller le lendemain voir une retenue d’eau qui permet de réguler les problèmes de plusieurs villages, voir des plantations de centaines d’arbres pour retenir les eaux sur une montagne ocre et aride, des pépinières dans un village perdu au bout d’un chemin construit par Solidarités International, et tout cela dans un des plus beaux paysages du monde, ça efface toutes les questions, les doutes…

© Frederic Penard

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