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Afghanistan : « Vous serez tués si vous restez ici »

Publié le vendredi 30 juin 2017

Les opérations militaires entre le gouvernement afghans et les insurgés qui durent depuis 5 ans dans la province de Baghlan ont provoqué le déplacement de centaines de milliers de personnes. Mariam*, la quarantaine, handicapée a dû fuir son village près de Pul-e-Khumri, la capitale de la province et vit désormais dans la ville de Bamyan avec ses 4 enfants.

Déplacés pour la troisième fois

Quand le district est tombé aux mains des Talibans, nous avons quitté notre foyer et nous sommes réfugiés dans les villages alentours. Pendant 3 mois, nous ne cessions de faire des allers-retours. Chaque nuit, nous entendions des tirs et des combats, c’était devenu normal. J’avais pour habitude de m’échapper in-extremis et de revenir peu de temps après. Mais cette fois-ci, ça n’a pas été le cas.

J’étais dans le salon quand les fenêtres et les portes ont volé en éclat à cause de la violence des combats. Un officier de police nous a demandé de nous enfuir et nous a dit « Vous serez tués si vous restez ici ». Nous avons réussi à nous échapper de notre maison. Mais dans la cohue, j’ai été séparée de mes enfants à l’exception d’un de mes fils. Nous avons dû traverser une rivière pour accéder au village voisin. J’avais de l’eau jusqu’à ma poitrine et nous sommes restés dans l’eau pendant plus d’une demie heure. C’était le seul moyen d’échapper aux balles. Mon fils est resté auprès de moi, il était ma seule motivation pour trouver refuge. Et quelques jours plus tard, j’ai pu retrouver mes trois autres enfants.

En 2016 en Afghanistan, plus de 84 257 familles (580 000 personnes) ont été déplacées dans le pays principalement dans le Nord-Est du pays où 198 000 personnes, dont la moitié d’enfants, ont dû fuir les combats entre les forces armées afghanes et les talibans.
Bureau des Nations unies de la coordination des affaires humanitaires (UNOCHA)

Mariam bénéficiaire Afghanistan Bamyan

Mariam vit à Bamyan avec ses 4 enfants

S’en sortir grâce à une aide vitale

Une nuit, un de mes voisins est parvenu à retourner dans notre village. Il m’a dit que tout le monde avait fui excepté les personnes âgées et handicapées, et que nous ne pourrions plus revenir. C’était vraiment un coup dur. Nous n’avions que 5 000 afghani (67€) en poche et quelques vêtements. Je n’avais rien pu prendre, j’avais dû laisser tout derrière moi pour m’enfuir.

Heureusement, j’ai reçu une aide** de la part de  SOLIDARITÉS INTERNATIONAL, 20 000 afghanis (269€).  J’ai utilisé cet argent pour acheter de la nourriture et des vêtements à mes enfants. J’ai aussi reçu de la nourriture (riz, farine, huile) et de kits non alimentaires (ustensiles de cuisine) de la part du gouvernement afghan. Si je n’avais pas reçu cette aide, nous n’aurions rien eu de tout l’hiver et nous serions morts de faim. Comme je suis handicapée, je ne peux pas travailler. Mon fils de 15 ans a dû quitter l’école pour aller travailler dans un restaurant. Son salaire de 3 000 afghanis (40 €) est le seul revenu de la famille. A Baghlan, nous avions un petit lopin de terre sur lequel nous faisions pousser quelques vivres, et nous tissions des tapis à la maison.

La crainte de l’avenir

Je suis soulagée aujourd’hui parce que je suis en sécurité. Mais c’est difficile parce que nous n’avons rien à manger et pas d’argent. Nous ne nous nourrissons que de pain et de pommes de terre. Je suis constamment triste. Je ne pense qu’à trouver un moyen de gagner de l’argent pour nourrir mes enfants. Pour le moment, le propriétaire de la maison dans laquelle nous habitons ne nous réclame pas de loyer. Mais j’ai peur qu’il change d’avis et qu’il nous demande de partir.

*Les noms évoqués dans ce témoignage ont été modifiés afin de préserver l’anonymat.
**
Cette aide fait partie du programme de mécanisme de réponse d’urgence financé par l’Union Européenne et a pour objectif de subvenir aux besoins des populations les plus vulnérables ; déplacées par les conflits et les catastrophes naturelles.

 

Photo de bandeau: © Oriane Zérah / SOLIDARITÉS INTERNATIONAL

 

  • 31,3 millions d'habitants
  • 35,8% de taux de pauvreté
  • 171ème sur 187 pays pour l'indice de pauvreté
  • 130 000 personnes secourues