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Afghanistan : En direct du terrain

Publié le lundi 15 juillet 2013

Anurak BOONTAPRUK, Responsable Programme WASH (eau, hygiène et assaisnissement) à Kaboul

Anurak, surnommé Ae par ses amis, est arrivé en Afghanistan en octobre 2012 pour sa première mission en tant qu’expatrié.

Ae kaboulAnurak est passionné par les gens. Originaire de Chiang Mai dans le nord de la Thaïlande, il est diplômé en sociologie et anthropologie de l’université de Chiang Mai et commence à travailler en tant que chercheur. Un an plus tard, il fait ses premiers pas dans le monde de l’humanitaire en décrochant un poste d’enquêteur terrain pour une étude sur l’impact socio-économique des mines le long des frontières thaïlandaises. « Ils cherchaient des personnes ayant une formation interdisciplinaire, raconte-t-il, et une expérience auprès des communautés. » Travailler parmi et avec les réfugiés venus de la Birmanie voisine et installés dans le nord du pays a éveillé l’intérêt d’Anurak pour les problématiques liées aux migrations et aux déplacements et qu’il entend bien poursuivre.

En septembre 2007, il rejoint la mission Thaïlande de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL où il restera 5 ans à travailler à Mae La, le plus grand camp de réfugiés birmans de Thaïlande qui se trouve à Mae Sot. Il a occupé différents postes avant de finir comme Responsable des programmes WaSH (eau hygiène et assaisnissement). « Je n’avais pas de formation technique, mais je savais comment mener un programme et diriger une équipe, et je maitrisais le contexte des camps. Je pouvais aussi compter sur l’expertise technique de mes collègues », explique-t-il. Cela lui a demandé beaucoup de travail, mais Anurak aime relever les défis et souhaitait développer ses compétences en apprenant davantage sur la WaSH.

L’expatriation lui a ensuite semblé être la suite logique dans son parcours. « SOLIDARITÉS INTERNATIONAL m’a beaucoup aidé, dit-il, mais au final c’était à moi d’être proactif, d’aller frapper à la porte et de poser des questions. » Il pense à l’Afrique mais se voit offrir un poste au Pakistan ou en Afghanistan qu’il finit par choisir intrigué par le contexte de ce pays. Le programme en lui-même couvre ses centres d’intérêt : travail avec les communautés, santé publique et problématique de déplacement.

Anurak mène un programme WASH (eau, hygiène et assainissement) dans les camps informels de Kaboul (KIS) où l’on compte plus de 30 000 déplacés internes et de réfugiés de retour dans le pays qui ont été forces de fuir leur maison en raison du conflit qui dure depuis plus de 30 ans. Le volet WASH du ce programme, appuyé par un consortium de trois ONG dont SOLIDARITÉS INTERNATIONAL est le leader, vise à assurer l’accès à l’eau potable et à une hygiène de base, ainsi qu’à améliorer durablement les pratiques d’hygiène des résidents et par conséquent leur santé.

Bien que cette mission soit similaire à ce que faisait Anurak en Thaïlande, le contexte culturel et humanitaire est très différent et travailler au sein d’un consortium présente de nombreux nouveaux challenges. Anurak travaille en étroite collaboration avec l’équipe nationale et essaie d’aller dans les camps 2 à 3 jours par semaine. Pendant ces visites terrain, il apporte un soutien technique aux équipes, apprend à connaitre les communautés et aide à résoudre les problèmes qui peuvent survenir.

« Les KIS sont un sujet très sensible, sur le plan politique mais pas uniquement, explique Anurak. La coordination et la communication sont donc essentielles pour mener à bien ce projet. » Il passe beaucoup de temps à discuter non seulement avec les habitants des KIS mais aussi avec les autorités et les communautés d’accueil pour les sensibiliser à l’action de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL dans les KIS. En effet, la situation complexe des KIS est à la fois ce qu’il apprécie le plus dans son travail et la plus grande difficulté qu’il doit affronter au quotidien. « Il n’y a pas de politique clairement établie en ce qui concerne les KIS, ce qui rend difficile la mise en œuvre des projets humanitaires, surtout dans une perspective de durabilité », explique-t-il.

kaboul Ae

Anurak est convaincu de l’utilité de ce projet. « Lorsque nous nous rendons dans les KIS, nous pouvons constater l’impact que peuvent avoir par exemple la construction de latrines et la promotion de l’hygiène sur les conditions de vie des habitants. Il y a un changement évident dans leurs habitudes et leurs pratiques. » Il nous raconte cette anecdote : les KIS connaissent des mouvements migratoires saisonniers car les habitants vont et viennent à la recherche d’un emploi ou d’un meilleur climat pendant l’hiver. Dans le camp de Gubuta, dans le district 8 de Kaboul, l’équipe a découvert cette année que des familles ayant quitté le camp l’an dernier sont revenues avec tous leurs biens y compris le matériel distribué par SOLIDARITES INTERNATIONAL tel que tente, couvertures, ustensiles de cuisine et même la dalle en fer pour les latrines à fosse. « Ils nous ont dit que les latrines hygiéniques sont importantes pour leurs familles car ils avaient suivi les sessions de promotion de l’hygiène et reçu du matériel que nous avions distribué. Ils ont donc emporté tout ce qu’ils pouvaient y compris la dalle en fer pour faire une latrine à l’endroit où ils se sont installés. »

Il est particulièrement content de voir combien les bénéficiaires sont impliqués dans l’élaboration et la mise en place du projet, comme par exemple pour les campagnes communautaires de ramassage des ordures. Et il est impatient de voir comment ce projet va continuer à évoluer dans les prochains mois.

« Il y a une excellente dynamique au sein de l’équipe WASH, dit-il. J’apprends beaucoup de mes collègues, à être plus attentif aux sensibilités culturelles et à m’adapter. » Même si la vie d’expatrié à Kaboul peut être parfois frustrante, Anurak se considère chanceux d’avoir l’opportunité de découvrir cette ville et ses habitants. « Etant basé à Kaboul, je n’ai pas encore visité le pays, mais je me souviens des paysages que j’ai vus de l’avion quand je suis arrivé à Kaboul. Toutes ces couches de montagnes et leurs couleurs, c’était très beau. J’aime aussi la façon dont les afghans se divertissent, ils prennent plaisir à partager un diner, ils aiment danser, jouer de la musique et sont toujours souriants. »

  • 31,3 millions d'habitants
  • 35,8% de taux de pauvreté
  • 171ème sur 187 pays pour l'indice de pauvreté
  • 130 000 personnes secourues