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Soudan du Sud : Une distribution monétaire pour couvrir les besoins alimentaires

Publié le jeudi 7 mai 2015

Au Soudan du Sud, dans la région de Wau Shilluk, état de l’Upper Nile, Solidarités International a mis en place depuis janvier 2015 un programme de distribution monétaire auprès de 3 000 familles afin de les aider à couvrir leurs besoins alimentaires de base. Tour d’horizon d’un programme innovant avec Fanny Marchand.

La crise politico-militaire qui a démarré en décembre 2013 au Soudan du Sud a entrainé de gros mouvements de population dans certaines zones du pays. Ainsi le village de Wau Shilluk et les villages alentours qui comptaient environ 7 000 personnes avant la crise, accueillent aujourd’hui plus de 60 000 personnes dont 53 000 déplacés, qui, pour beaucoup, ont perdu leurs sources de revenus principale. En complément des actions d’urgence pour la fourniture d’eau, Solidarités International a mis en place un programme de distribution monétaire auprès de 3 000 familles venant ainsi en aide à plus de 21 000 personnes. Ainsi, les équipes de Solidarités International ont distribué à ces 3 000 familles un coupon par mois, en échange duquel elles pouvaient récupérer une somme de 150 SSP soit 45$ auprès de notre partenaire financier. En plus de cette somme, Solidarités International a distribué des kits d’outils et des semences et des kits pour la pèche.

Prévu initialement pour 3 mois, le succès de ce projet pilote a permis à l’organisation de trouver les financements pour poursuivre ce programme durant 6 mois de plus.

Une distribution monétaire pour une démarche active

Les programmes de distribution monétaire sont l’équivalent de programmes de distribution alimentaire où la nourriture donnée en nature est remplacée par l’argent qui permet d’acheter cette nourriture. « La distribution monétaire n’est pas un fin en soi, c’est une modalité d’intervention, explique Fanny Marchand. Au lieu d’amener un sac de nourriture, nos équipes apportent aux familles de quoi acheter ce sac et le remplir. Il y a donc un peu plus de libre arbitre pour le bénéficiaire que dans un programme de distribution alimentaire classique. Il y a un démarche active et pas de déresponsabilisation« .

Un programme qui fonctionne sous certaines conditions

Les programmes de distribution monétaire ne peuvent fonctionner que s’il existe des marchés aux alentours où les bénéficiaires de nos programmes peuvent acheter des denrées. Wau Shilluk étant situé le long du Nil, une voie fluviale où les échanges commerciaux sont nombreux , y compris entre le Soudan et le Soudan du Sud, ce programme peut  fonctionner. Un autre critère pour que ce type de programme fonctionne, c’est la sécurité. « On distribue de l’argent, ce qui est toujours très sensible en terme de sécurité, tant pour nos équipes que pour les bénéficiaires, et cela doit donc être fait avec beaucoup de précautions et d’anticipation. Nous faisons donc en sorte de nous organiser en amont pour qu’il n’y ait jamais de stress. Il ne s’agit pas d’arriver le premier pour être sûr d’être servi. Tous les bénéficiaires sont référencés et reçoivent la même somme« .

Des bénéficiaires responsables qui se mélangent

 

Il est une idée reçue selon laquelle certains bénéficiaires qui n’ont jamais utilisé de comptes en banques les empêcheraient de savoir comment dépenser efficacement les sommes que nous leur remettons. « Elle ne s’est jamais vérifiée dans notre programme et ce pour deux raisons. La première, c’est que nous vérifions au moins une fois par mois comment l’argent a été dépensé. 88% des sommes que nous distribuons sont dépensées par les familles pour de la nourriture. La seconde, c’est que la nourriture représente le premier besoin de toutes les personnes à qui nous venons en aide« .

Avec ce programme de distribution monétaire, Solidarités International a également choisi de venir en aide sans distinction entre les populations déplacées et les populations hôtes. « Ainsi, elles se mélangent et les relations entre elles sont plus apaisées qu’elles ne le sont quand seuls les déplacés reçoivent de l’aide ».
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« Un programme qui nous aide réellement »

Si les équipes de Solidarités International jugent ces programmes de distributions monétaires efficaces, de leur cotés aussi les bénéficiaires en sont satisfaits, à l’image d’Elizabeth Okwach et de ses 7 enfants dont trois en bas âge. Elle a dû quitter Malakal avec des voisins avec qui elle a fait la route jusqu’ici. Avant d’arriver dans le camp, elle fabriquait puis vendait du charbon de bois. Si elle a recommencé son activité ici, cela ne lui rapporte presque rien. « La vie est très dure ici et je ne gagne pas assez d’argent pour me nourrir moi et mes enfants. Solidarités International travaille beaucoup et les programmes mis en place m’aident vraiment. Grâce à cela je peux manger tous les jours ». Un avis partagé par Okoth Odhong et Dak Nyawel, eux aussi déplacés. « Beaucoup de personnes ici n’auraient pas survécu sans l’aide apportée par Solidarités International. Nous sommes extrêmement reconnaissant« .

  • 12,3 millions d'habitants
  • 50,6% de taux de pauvreté
  • 169ème sur 187 pays pour l'Indice de Développement Humain
  • 226 000 personnes secourues