Les déracinés du Nord kivu

Publié lejeudi 15 novembre 2012

URGENCE. Meurtrie par près de 20 ans de conflit, la région des Kivus, à l’est du pays, compte plus de 2 millions de personnes déplacées.

Ayant fui la reprise des combats et leur lots de violences, 60 000 civils sont réfugiés dans des camps improvisées près de Goma, dans l’espoir d’y trouver de quoi survivre.C’est leur histoire que nous raconte la photojournaliste Constance Decorde, depuis Kanyaruchinya, où interviennent en urgence les équipes de SOLIDARITES INTERNATIONAL.

 

A leur arrivee, les personnes deplacees sont d'abord hebergees dans des hangars avant d'etre recensees par les autorites du site. Cette etape primordiale, qui peut prendre plusieurs mois, permet de connaitre le nombre precis de familles et d'evaluer leurs besoins. Puis, les ONG peuvent mettre en place l'aide humanitaire.

A leur arrivée, les personnes déplacées sont d’abord hébergées dans des hangars avant d’être recensées par les autorités du site. Cette étape primordiale, qui peut prendre plusieurs mois, permet de connaitre le nombre précis de familles et d’évaluer leurs besoins. Puis, les ONG peuvent mettre en place l’aide humanitaire.

‘’Nous avons fui notre maison, près de Rugari, sous les balles qui sifflaient. Nous n’avons rien pu prendre avec nous, rien du tout, raconte Ziripa, 30 ans, son nouveau-né de 3 mois dans les bras. Nous sommes arrivés ici, à Kanyaruchinya, après 2 jours de marche. C’était le 8 juillet.’’

Son abri, d’à peine 2 mètres sur 3, n’offre guère de place pour toute sa famille, composée de 6 personnes. Ziripa et son mari ont bien reçu un kit d’urgence de SOLIDARITES INTERNATIONAL, composé de biens de première nécessité. Mais leurs conditions de vie restent plus que sommaires. ‘’Nous vivons misérablement, parce qu’il n’y a pas de travail. Pourtant c’est bien ici que je me sens le plus en sécurité, confie Ziripa. Chez nous, les rebelles nous imposent des taxes. Et si nous ne pouvons pas les payer, ils nous volent tout et deviennent violents.Tant que les combats dureront, nous nepourrons pas retourner chez nous. »

A Kanyaruchinya, site spontané crée en juillet suite à la première vague d’arrivée de déplacés, on comptait, lors du dernier recensement officiel le 23 septembre, 11 100 ménages. Depuis, 4 606 nouvelles familles ont été enregistrées. Les ONG y interviennent conjointement, dans le cadre du dispositif humanitaire de Réponse Rapide aux Mouvements de Populations, pour répondre au mieux aux besoins des populations.

 

‘‘ Dans ce camp non officiel, la situation est très complexe, témoigne Cyril Blin, notre chef de mission sur place. Sa proximité à la fois avec une ville de plus d’un million d’habitants et avec le front rend les déplacements encore plus fréquents et complexes à suivre. Les nouveaux déplacés ne sont pas immédiatement identifiés. En plus, ce site ne dispose pas de sources d’eau. Ce sont des camions citernes qui acheminent de l’eau traitée depuis le lac Kivu. Un type d’opération extrêmement coûteux. ’’ 

Condition de vie sur place

‘’Je suis arrivée en septembre, avec la deuxième vague de déplacés, explique Marie, 55 ans, handicapée, sous le ‘’Hangar 23’’, lieu de transit où s’entassent sur de simples nattes et dans une chaleur étouffante 150 nouveaux arrivants. La seule chose que j’ai pu emporter avec moi, c’est mon pagne. On m’a dit qu’ici, on aidait les déplacés. En attendant que je sois recensée, mes voisins me donne de quoi manger… Mais ce n’est pas suffisant et j’ai souvent faim. C’est la deuxième fois que je fuis. La première, c’était en 2007.  Toujours avoir à fuir, ce n’est pas une vie.’’

Dans les allées du camp, les familles se partagent des petites casseroles cabossées pour cuisiner le manioc à même le sol volcanique – le volcan Nyiragongo, toujours en activité, et qui a ravagé une bonne partie de la ville en 2002, est situé à quelques kilomètres à peine. Ici aussi, peu à peu, la place vient à manquer. Tout comme les latrines d’urgence que s’empressent de construire les équipes humanitaires sur place, dont celles de SOLIDARITES INTERNATIONAL.

Jean, veuf de 92 ans, sous un hangar depuis son arrivée en septembre, ne survit lui aussi que grâce à l’assistance de ses voisins, le temps que les ONG lui apportent de l’aide. Pour lui, comme pour Marie, Domitille, ou encore Dieudonné, Alliance, Faïda et les centaines de déracinés qui affluent chaque jour à Kanyaruchynia, la vie ne tient désormais qu’à un fil : la solidarité. Un réflexe, preuve d’une humanité dans le désespoir, que seule l’aide apportée par des ONG comme SOLIDARITES INTERNATIONAL pourra préserver. CD

rrmpDans le camp surpeuplé de Kanyaruchinya comme dans plusieurs zones des Kivus, SOLIDARITES INTERNATIONAL vient en aide à 400 000 personnes grâce à un dispositif humanitaire d’urgence adapté à la situation, le mécanisme Réponse Rapide aux Mouvements des Populations (RRMP). En partenariat avec l’UNICEF, nos équipes apportent eau potable et solutions d’assainissement aux familles déplacées, et leur distribuent des biens de première nécessité pour cuisiner, se couvrir et assurer une hygiène minimum.Les civils, premières victimes de la reprise des violences armées, ont fui leur village sans rien pouvoir emporter avec eux. Une perte de repères et de dignité compensée un temps par la solidarité des Congolais eux-mêmes, mais qui doit être vite relayée par l’aide internationale.Question de survie.

 

  • 70 millions d'habitants
  • 63,4% de taux de pauvreté
  • 178ème sur 187 pays pour l'Indice de Développement Humain
  • 955 330 personnes secourues

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