Myanmar : les élections ne doivent pas occulter le drame des Rohingyas

Publié levendredi 13 novembre 2015

TRIBUNE – Alors qu’un nouvel élan d’enthousiasme nous parvient de Birmanie et résonne dans le monde, aussi légitime quoiqu’incertain qu’il puisse être, il risque bien d’occulter une situation dramatique qui perdure sans perspective de fin.

Voici plus de trois ans, dans l’Etat du Rakhine, plus de 140 000 personnes étaient parquées dans des camps qui s’apparentent à des prisons à ciel ouvert. En 2012, à la suite des violences intercommunautaires, de larges franges de populations se sont retrouvées dans des camps rapidement improvisés pour  ‘’assurer leur protection’’. Il s’agit essentiellement de Rohingyas. Selon l’ONU, ils forment la minorité la plus persécutée au monde. Et pour que leur protection soit bien assurée, ils n’ont pas le droit de sortir de ces camps depuis plus de trois ans…

Une situation ‘’temporaire’’ qui perdure

Bien sûr, cette situation devait n’être que temporaire. Et les (très) timides initiatives officielles (relocation process) visant à garantir un retour à la normale ne correspondent en réalité qu’à la donation de matériel et/ou d’argent aux déplacés dans une minorité de camps. Elles n’abordent en aucune manière la liberté de mouvement, l’accès aux services de bases (santé, éducation…) ou l’accès à de réels moyens de subsistance. Par ailleurs, les déplacés acceptant ce matériel ou cet argent seraient dès lors considérés comme des retournés volontaires et perdraient ainsi leur statut de déplacés. En somme, rien de concret n’a véritablement vu le jour.

A chaque année son lot d’espoir et de désillusion sans cesse renouvelé. Saisons des pluies, chaleurs torrides, cyclones, tempêtes tropicales, discours haineux sont les récurrences qui viennent sans cesse anéantir les attentes placées dans l’ouverture économique, dans l’assistance internationale et… dans les élections.

Myanmar elections grand

Retrouver l’espoir

Aujourd’hui, nous voulons rappeler la situation dramatique, indécente, inacceptable de des Rohingyas. Eux qui ne sont même pas autorisés à voter car la citoyenneté ne leur est pas accordée. Eux qui vivent parfois sur d’anciennes rizières insalubres pour l’homme. Eux qui sont privés de leurs droits humains quotidiennement. Eux qui avec la fin de la saison des pluies, n’ont pas d’autres options que de prendre la mer, retrouver leurs familles parties en Malaisie ou en Indonésie, et grossir le contingent de ces ‘’boat people’’ qui ont fait la ‘’Une’’ de la presse mondiale en mai dernier. Ce sont ceux-là même qui espèrent encore que la situation va revenir à la normale et pour certains qu’ils vont pouvoir retourner sur leur lieu d’origine d’avant 2012.

Nous, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL, association humanitaire d’urgence, intervenant dans le pays depuis 2008, voulons donc faire savoir que nous resterons aux côtés des Rohingyas tant que cela nous sera permis. Nous appelons à une prise de conscience collective et à une synergie de tous les acteurs influents pour que cette situation inacceptable cesse au plus vite. Ce n’est qu’à ce prix que l’espoir pourra encore rester permis malgré la résignation qui s’est progressivement installée au cours de ces trois dernières années.

© Vincent Tremeau

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