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Myanmar : pénurie en eau et COVID-19, sur fond de crise politique

Publié le jeudi 20 mai 2021

Depuis la prise du pouvoir par les autorités militaires le 1er février 2021, la population birmane est secouée par une crise politique, sociale et économique majeure. Dans ce contexte tendu, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL s’inquiète notamment de l’aggravation de la situation sanitaire et de la pénurie en eau qui touche tous les ans le Myanmar pendant la saison sèche.

La sécheresse accrue, une catastrophe naturelle qui se répète chaque année

Chaque année, la période de la mousson laisse place à une période de sécheresse accrue au cours de laquelle la population est confrontée à une pénurie d’eau. Les conséquences de cette catastrophe naturelle impactent sévèrement les populations déplacées de l’État de Rakhine, où près de 130 000 Rohingyas vivent encore isolés dans des camps suite aux conflits communautaires ayant affecté cet état en 2012. Dans ce contexte difficile, le réchauffement climatique vient accentuer la pression sur la ressource en eau potable et les périodes de sècheresse s’intensifient et s’allongent.

SOLIDARITÉS INTERNATIONAL se mobilise depuis près d’une décennie afin de répondre aux besoins urgents des populations des camps de Pauktaw mais aussi anticiper les impacts de cette pénurie, qui apparaît de plus en plus tôt d’années en années. Le tarissement des ressources en eau est surveillé par nos équipes, notamment au niveau des bassins qui recueillent l’eau des moussons (qui est par la suite traitée et distribuée aux populations). Parallèlement, des opérations de sensibilisation des communautés sont mises en œuvre pour les inviter à raisonner leur consommation d’eau plusieurs mois avant la saison sèche et ainsi améliorer la gestion de la ressource en eau et retarder l’assèchement des réserves. En outre, cette année encore, la période du Ramadan, qui s’accompagne généralement d’une utilisation plus importante de l’eau, a eu lieu pendant la saison sèche, affectant un peu plus le niveau des ressources disponibles.

Lorsque les bassins et étangs sont vides, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL, en coopération avec l’UNICEF, fournit de l’eau aux populations pour répondre à leurs besoins prioritaires. Lorsque cela est possible, cela se fait au moyen d’un système de pompage à distance qui permet d’acheminer l’eau de points d’eaux situés parfois à 7 km des zones desservies jusqu’aux centres de traitement d’eau des camps et des villages.

  • 54,5 millions d'habitants
  • 26% de taux de pauvreté
  • 145ème sur 189 pays pour l'Indice de Développement Humain
  • 160 000 personnes secourues

Pour d’autres zones de Pauktaw n’étant accessibles que par voies d’eau, le seul recours possible est la livraison par bateaux.

« Il s’agit d’un véritable challenge logistique : les équipes sont mobilisées des mois avant que la saison sèche ne commence pour assurer la coordination des différents acteurs : contractants, partenaires, fournisseurs de matériaux ainsi que les communautés desservies afin d’être prêts au moment venu. Alors, il leur faut gérer les contraintes journalières : horaire des marées, pannes éventuelles… Les équipes doivent s’adapter en permanence » précise Jean-Loup Gouot, Directeur Pays de la mission au Myanmar. Au final, la population locale reçoit à peine 7,5 litres d’eau potable par personne et par jour, soit à peine le tiers du minimum vital recommandé par l’Organisation mondiale de la Santé.

La pandémie de COVID-19, défi supplémentaire face à la raréfaction de l’eau

La gestion de l’eau s’est vue encore plus compliquée en 2020 avec l’arrivée de la pandémie de COVID-19. En effet, la mitigation de la propagation du virus requiert des quantités conséquentes d’eau afin d’élever le niveau d’hygiène face au risque pandémique. Ainsi, la réponse de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL à Pautkaw a consisté en l’installation de stations de lavage des mains, la désinfection des latrines, des robinets et des pompes à eau manuelles, la distribution de kits d’hygiène (savons, désinfectants) et la diffusion des mesures de prévention permettant l’adoption des gestes barrières.

 

Des projets mis en péril par la crise en cours

La crise politique que traverse actuellement le pays vient aujourd’hui amoindrir l’attention du public et les capacités de prévention et de prise en charge du virus. Cette situation impacte également aujourd’hui le secteur bancaire du pays et menace directement le reste de nos projets en cours et à venir : en effet, si l’approvisionnement en eau potable demeure notre plus haute priorité du fait de son caractère vital, l’accès désormais difficile aux liquidités monétaires retarde les paiements nous permettant de procéder efficacement au maintien des conditions d’hygiène dans les camps, conditions si essentielles en ces temps de pandémie. La réhabilitation des bassins de stockage d’eau est elle aussi affectée par cette problématique, alors même que ces travaux sont à effectuer pendant la saison sèche et ne peuvent donc plus attendre.

« Il est donc impérieux que nous continuions nos efforts, en collaboration avec les communautés et partenaires impliqués dans la région, afin d’identifier des solutions adaptées et durables et ainsi poursuivre notre appui aux plus vulnérables », conclut Jean-Loup Gouot.

 

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Photos © SOLIDARITÉS INTERNATIONAL