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Covid-19 : le défi de la sécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest

Publié le jeudi 7 mai 2020

Alors que se profile la période de soudure et que le Ramadan a également commencé, la pandémie actuelle et les mesures prises pour l’endiguer font craindre une aggravation de la crise alimentaire en Afrique et en particulier au Sahel, où les tensions sécuritaires entravent déjà les chaînes d’approvisionnement.

D’après la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’épidémie de Covid-19 pourrait faire basculer le nombre de personnes en crise alimentaire et nutritionnelle en Afrique de l’ouest de 17 à 50 millions entre juin et août 2020.  Au Sahel en particulier, ce sont plus de 5 millions de personnes qui seront confrontées à une grave insécurité alimentaire selon une analyse publiée conjointement le 2 avril 2020 par les acteurs de la sécurité alimentaire au Sahel, dont le Programme alimentaire mondial (PAM). L’urgence sanitaire liée à cette épidémie doit ainsi être traitée en même temps que l’urgence alimentaire qu’elle provoque.

 

Insécurité alimentaire et Covid-19 en Afrique de l'Ouest

 

Une crise alimentaire aux origines multiples

Les impacts sur la dégradation des marchés et des prix, et sur les moyens d’existence des populations, auront des conséquences à court et plus long-terme sur notamment la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations les plus vulnérables. En effet, les mesures de mitigation destinées à freiner la propagation du virus (fermeture de commerces, accès limité au marché, couvre-feux, fermeture des frontières et limitation des exportations, diminution des transferts monétaires en provenance de la diaspora, fermetures des écoles et des cantines, …) ont perturbé la chaîne d’approvisionnement des denrées alimentaires et la disponibilité locale déjà réduite du fait de mauvaises campagnes agricoles dans certaines zones. Cela a provoqué une perte d’accès à l’alimentation, d’emplois et de revenus pour les populations les plus vulnérables, ainsi qu’une réduction de l’accès aux intrants agricoles pour la prochaine campagne qui est en phase de démarrage. A cela s’ajoute la chute drastique du prix du pétrole qui impacte directement les économies déjà fragiles des pays exportateurs de la région (Tchad, Nigeria,…).

« La période de soudure s’annonçait déjà difficile cette année à cause de l’insécurité liée aux exactions des groupes armés radicaux. Des millions de maliens n’ont pas pu accéder à leurs champs pour cultiver la terre. Avec le Covid-19, les difficultés d’approvisionnement, les ruptures de stocks et la hausse des prix, combien de personnes supplémentaires ne seront pas en mesure d’avoir accès à un bol alimentaire quotidien suffisant ? » se demande Sabrina Régent, Directrice pays au Mali pour SOLIDARITÉS INTERNATIONAL. Le Mali compte actuellement plus de 3,5 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire dont 760 000 en insécurité alimentaire sévère, d’après les rapports établis par le Cadre Harmonisé de mars 2020 sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans le pays. Cette augmentation de 107% par rapport à la période de soudure 2019 devrait encore se dégrader du fait des impacts de la pandémie de Covid-19.

 « Nous sommes face à 3 crises interdépendantes : la crise sanitaire, la crise sécuritaire et la crise alimentaire dont les effets peuvent être additionnels », explique Sabrina Régent.

 

Dans un contexte de crise à la fois sécuritaire, économique et alimentaire, les impacts prévisionnels du Covid-19 au Cameroun sont tout aussi inquiétants. Les déplacements massifs de population dans certaines régions du pays ont exacerbé ces dernières années l’insécurité alimentaire structurelle, la pauvreté et l’accès limité aux services de base. D’après les projections face à la pandémie actuelle, à l’Extrême-Nord, ce sont environ 16% de la population qui seront en situation de crise et d’urgence (phase IPC 3 et 4) sur la période d’avril à décembre 2020. Au Sud-Ouest et Nord-Ouest du pays, ces projections pourront atteindre un tiers de la population, soit respectivement 33% et 34%, sur la même période.

Par ailleurs, la lutte contre le Covid-19 a engendré la réorientation de nombreux financements des partenaires des ONG, initialement destinés à d’autres maladies, telles que celles en lien avec la malnutrition sévère, dont les fonds ont ainsi été réduits.

 

La transhumance au cœur des problématiques de la crise alimentaire

L’agriculture et l’élevage jouent des rôles essentiels au Sahel dans la lutte contre l’insécurité alimentaire et la faim chronique. A titre d’exemple, l’élevage représente près de 40% du PIB agricole des pays sahéliens et a un ancrage culturel et social très fort en milieu rural (OCDE, 2008).

Cette année, les transhumances ont débuté traditionnellement au mois de mars, en pleine expansion de la crise sanitaire du Covid-19. Certains éleveurs ont ainsi parcouru des centaines de kilomètres avec leurs troupeaux pour chercher des pâturages et de l’eau dans les pays frontaliers, tandis que d’autres sont restés bloqués du fait de la fermeture de certaines frontières terrestres. Ces restrictions, corolaires de la pandémie, couplées à une réduction de la mobilité déjà fortement impactée par les conflits et aléas climatiques, impactent directement les déplacements de ces éleveurs et leur capacité à approvisionner leur bétail.

 

Le Covid-19 aggrave l'insécurité alimentaire en Afrique de l'Ouest

 

Les programmes de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL ont été repensés pour répondre à cette crise

C’est dans ce contexte que SOLIDARITÉS INTERNATIONAL s’engage à continuer ses actions au plus près des populations vulnérables. Outre le renforcement des mesures de prévention contre la propagation de la maladie du Covid-19 sur tous nos terrains d’intervention et le développement d’actions spécifiques de lutte et contrôle de l’épidémie, nos programmes de sécurité alimentaire et moyen d’existence ont été adaptés : augmentation du nombre de bénéficiaires de l’assistance alimentaire de soudure, distribution d’aliments pour le bétail, modalités et modes de distribution repensés dans le respect des mesures de distanciation sociale, couplage des transferts monétaires à la distribution de kits eau, hygiène et assainissement et à la réhabilitation de points d’eau, etc.

SOLIDARITÉS INTERNATIONAL est par ailleurs signataire de plusieurs notes de plaidoyer, dont celle d’Oxfam aux côtés de sept autres ONG humanitaires, appelant l’ensemble des gouvernements à contrôler les prix, assurer l’approvisionnement des marchés en denrées alimentaires issues des exploitations familiales et les transports de marchandises, et mettre en place des filets sociaux pour venir en aide aux plus vulnérables. SOLIDARITÉS INTERNATIONAL  renforce également sa participation aux systèmes d’alerte précoce nationaux et de surveillance de l’insécurité alimentaire, nutritionnelle et sanitaire avec les partenaires humanitaires.

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