CRISE MALIENNE : 300 000 personnes ont abandonné leur foyer

Publié le vendredi 4 mai 2012

Depuis la mi-février SOLIDARITES INTERNATIONAL apporte une aide humanitaire d’urgence aux dizaines de milliers de personnes réfugiées dans le camp de Mberra, en Mauritanie. L’association fait aussi partie des rares ONG à intervenir dans le nord du Mali, où insécurité alimentaire & choléra menacent. Chronique de notre intervention auprès de celles et ceux qui ont tout quitté pour rester en vie.

MALI / MAURITANIE – Depuis la mi-février SOLIDARITES INTERNATIONAL apporte une aide humanitaire d’urgence aux dizaines de milliers de personnes réfugiées dans le camp de Mberra, en Mauritanie. L’association fait aussi partie des rares ONG à intervenir dans le nord du Mali, où insécurité alimentaire & choléra menacent. Chronique de notre intervention auprès de celles et ceux qui ont tout quitté pour rester en vie.

Le 22 février à Fassala, village mauritanien situé à la frontière avec le Mali

Depuis le début du mois, 1000 personnes en moyenne arrivent ici chaque jour, fuyant les combats qui se sont déclenchés au nord du Mali. Epuisées, désœuvrées, des familles entières ont mis jusqu’à trois semaines pour gagner, à pied pour les plus pauvres d’entre elles, la Mauritanie.

Elles s’installent dans des abris de fortune, faits de couvertures, de pièces de tissus, de sacs plastique et de bouts de bois glanés ici ou là, nous décrit alors Hassan El Sayed, à la tête de notre mission d’urgence envoyée sur place dès la mi-février. En l’absence de latrines, les conditions d’hygiène sont catastrophiques. L’eau puisée est de très mauvaise qualité. Résultat, 80 % des familles ont au moins un de leurs membres victime de diarrhée. Le HCR ouvre actuellement un camp à une quarantaine de kilomètres au nord, à Mberra. Un transfert quotidien est organisé en camion remorque et permet à 1 000 personnes par jour de s’installer sous tentes. Mais les arrivées sont trop massives. Ce transfert n’est pas suffisant pour dépeupler le village de Fassala, où la sécheresse et ce soudain afflux de population a fait exploser les prix, notamment des denrées de base. Celui de l’eau a été multiplié par cinq. »

SOLIDARITES INTERNATIONAL lance alors un appel aux dons pour répondre aux besoins urgents de ces milliers de familles. Notre équipe démarre instantanément un approvisionnement d’urgence en eau par camions citernes pour les 26 000 personnes réfugiées à Fassala et à Mberra.

Cet afflux de population va durer plusieurs semaines, précise Hassan. D’après nos estimations, le nombre de réfugiés va doubler. Il faut vite construire des latrines, réaliser des forages, mettre en place des réseaux d’eau potable, distribuer des kits de première nécessité… »

Le 13 avril, dans le camp de Mberra, Mauritanie

Malgré une fatigue apparente, Fadimata Walett se tient fièrement sous sa tente, gardant un œil sur ses 3 petits-enfants qui dorment paisiblement, malgré une chaleur avoisinant les 45°C. La vieille dame a fui, avec 8 membres de sa famille, les combats qui sévissent dans sa région de Tombouctou. Comme elle, ce sont maintenant 40 000 personnes qui peuplent aujourd’hui ce camp de réfugiés.

Grâce à l’eau potable apportée par SOLIDARITES INTERNATIONAL, explique-t-elle, je peux remplir chaque jour mes 4 jerrycans. Il est primordial pour ma famille que ces distributions continuent : pour boire, mais aussi pour préparer à manger et pour maintenir une hygiène minimum. Je suis très inquiète pour la vie de ma famille. J’ai tout laissé pour venir ici. En attendant que la paix revienne au Mali et que nous puissions retourner chez nous, notre santé et notre avenir dépend exclusivement de l’aide apportée par les humanitaires. »

Ayant pris le relai de Hassan à la tête de notre équipe, Yara Burka organise depuis le début du mois le déploiement de toutes nos activités d’accès à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement pour améliorer les conditions de vie des réfugiés désormais tous regroupés dans le camp de Mberra.

Nous sommes en train d’installer des fosses à déchets et 1 500 latrines d’urgence. Une opération qui prend du temps, mais qui est indispensable car il n’y avait jusqu’à présent que 96 toilettes. Nous réalisons également des forages pour installer des réseaux d’adduction d’eau afin de fournir plus que les 9 litres par personne que nous permette la distribution par camion-citerne. Nos équipes, dont je salue l’engagement, mènent enfin des sessions de promotion à l’hygiène afin que les gens adoptent des réflexes adaptés à ces situations extrêmes. Les fonds débloqués par UNICEF, le HCR et ECHO nous permettent de répondre aux besoins vitaux de 40 000 personnes jusqu’au mois d’aout. Or la crise va durer. L’afflux de réfugiés n’est pas terminé. En plus, les familles qui arrivent ici (jusqu’à 60 par jour) ne sont pas prêtes de rentrer chez elles. Il va falloir trouver des fonds supplémentaires : d’abord pour continuer notre action, mais aussi permettre aux réfugiés comme aux habitants de la région de surmonter la crise alimentaire et nutritionnelle qui sévit actuellement au Sahel. »

Le 20 avril, une deuxième équipe humanitaire est dépêchée au Mali

Au vu de l’intensification de la crise malienne, SOLIDARITES INTERNATIONAL envoie une équipe exploratoire à Bamako pour affiner son analyse de la situation, identifier les besoins et étudier les modalités d’une intervention dans le nord du pays.

Sur place, notre équipe exploratoire se consacre immédiatement à la collecte d’informations sur les besoins humanitaires dans le nord du pays, en échangeant avec les organisations humanitaires locales et internationales présentes.

Assez peu de données étaient disponibles sur la situation humanitaire, indique notre chef de mission François Dupaquier. Très peu d’acteurs étant en capacité de collecter ces infos et surtout d’agir. Ce qui rend notre intervention indispensable. Nous avons très vite identifié des partenaires opérationnels : l’organisation médicale Alima, avec qui nous allons intervenir sur le terrain en toute complémentarité, et une ONG locale, le GRAD, dont nous avons formé les équipes à mener des évaluations de besoins. Elles se déploient actuellement dans les régions de Kidal, Gao, Tombouctou et Mopti, le long du fleuve Niger, où se sont déplacées de nombreuses familles, et où choléra et insécurité alimentaire menacent. »

Opération d’urgence auprès de 35 000 familles

Au fur et à mesure des diagnostics, SOLIDARITES INTERNATIONAL met en œuvre ses actions d’urgence : approvisionnement en eau, distribution de kits préventifs cholera (savons, aquatabs,…), sensibilisation et prévention sur l’hygiène et sur les risques de maladie.

Soutenus par l’Agence européenne d’aide humanitaire (ECHO) et par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), nous montons une opération de soutien d’urgence pour au moins 35 000 familles, précise Hélène Quéau, responsable de nos opérations en Afrique de l’Ouest. Nous priorisons les plus vulnérables, mais les besoins, dans cette zone de conflit également touchée par la sécheresse, sont immenses. »

RD

EN SAVOIR PLUS sur sahel.solidarites.org

EN EXERGUE

Fadimata Walett, originaire de la région Tambouctou, réfugiée du camp de Mberra :

En attendant que la paix revienne au Mali et que nous puissions retourner chez nous, notre avenir dépend exclusivement de l’aide humanitaire. »

  • 15,84 millions d'habitants
  • 46,3% de taux de pauvreté
  • 182ème sur 187 pays pour l'Indice de Développement Humain
  • 132 366 personnes secourues