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Xavier de Lauzanne : un réalisateur engagé

Publié le mardi 28 juin 2022

Pour cette 6ème saison de De Vos Propres Yeux, les équipes de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL se sont tournées vers Xavier de Lauzanne, réalisateur de films documentaires, pour les accompagner et apporter son regard sur la question de l’accès à l’eau potable dans les squats et bidonvilles de France.

Vous êtes un réalisateur très engagé. Réaliser la 6ème saison de De Vos Propres Yeux est-elle une continuité de votre travail selon vous ?

Oui, bien sûr. Réaliser De Vos Propres Yeux me semble logique par rapport à mon parcours. Je me suis toujours intéressé à la question de la précarité et de la solidarité. Je l’ai déjà fait pour d’autres associations, je l’ai fait pour des films personnels mais toujours à l’étranger. C’est une continuité intéressante de le faire sur le territoire français. Et puis, passer par le regard d’une personnalité connue qui découvre ces environnements, c’est aussi une manière de porter, d’attirer le regard des gens d’une manière un peu plus “massive”.

Connaissiez-vous la problématique du manque d’accès à l’eau potable en France ?

Évidemment, j’ai entendu parler de la question des squats et des bidonvilles mais je n’ai jamais vu véritablement de l’intérieur avec une telle proximité ce qu’il s’y passait. Pour moi, tant que l’on ne s’est pas rendu sur place, tant qu’on n’y a pas mis les pieds, on voit ça en surface, avec un œil très extérieur. On ne se rend pas compte du niveau de précarité de ces personnes et des difficultés auxquelles elles font face. On ne se rend pas compte que pour beaucoup, ce sont des gens qui travaillent et qui ne sont pas forcément dans des situations d’illégalité. C’est assez marquant de voir le niveau de pauvreté que peuvent avoir des gens qui sont sur le territoire français, qui travaillent et qui paient des impôts.

Ça veut dire quoi ne pas avoir accès à l’eau en France aujourd’hui ?

Ne pas avoir accès à l’eau, c’est quelque chose que l’on n’imagine pas. On ouvre un robinet et on a l’eau donc on ne s’imagine pas ce que ça peut être de ne pas avoir accès à l’eau. Or, c’est une nécessité fondamentale parce que sans eau, on ne peut pas boire, on ne peut pas se laver, on ne peut pas laver ses affaires… Mais sur notre territoire, il y a des gens qui doivent faire par moment plusieurs kilomètres pour pouvoir aller chercher de l’eau et ça, c’est quelque chose que j’ai découvert.

  • 67 millions d'habitants
  • 14,8% de taux de pauvreté
  • 37ème sur 189 pays pour l'Indice de Développement Humain
  • 8 091 personnes bénéficiaires

La question de la Covid-19 a aussi mis en relief cette problématique. Lorsque les gens ne peuvent plus sortir de chez eux et qu’ils n’ont pas accès à l’eau, ils ne peuvent tout simplement pas avoir d’eau dans la journée. Et sans eau, qu’est-ce que vous faites ?

Pouvez-vous nous raconter une rencontre qui vous a particulièrement touchée ?

L’histoire qui m’a vraiment touchée, c’est la rencontre avec Patrice, burkinabé, éleveur de moutons, qui est parti dans une autre région pour acheter des nouvelles bêtes et qui n’est jamais revenu. Il s’est fait kidnapper par un groupe de terroristes révolutionnaires qui voulaient lui mettre des armes dans les mains pour combattre. Ils l’ont séquestré, il s’est échappé et il a dû quitter le pays parce qu’il était sous menace de mort. Vous imaginez, vous partez de chez vous un jour pour faire des courses et vous ne revenez jamais. Vous ne revoyez pas votre femme et vous ne revoyez pas vos enfants. Ça, c’est quelque chose qui m’a touché… Aujourd’hui, il se trouve dans un squat à essayer de vivre en attendant éventuellement une régularisation, éventuellement un logement… il est constamment dans “l’éventuel”…

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