Choléra, réponse d’urgence

Publié le lundi 8 septembre 2014

En Haiti, à Kinshasa, au Mali, au Niger

Comme en RDCongo où la stratégie d’élimination du choléra ne peut faire l’impasse de capacités de réponse rapide qui viennent compléter les projets durables, les autres pays où sévit cette maladie du « passé » doivent aussi se doter de telles compétences. A Haïti, au Mali et au Niger, SI tente de mettre sur pied des équipes de réponse rapide spécialisées dans la lutte contre le choléra. Il s’agit de ce que l’on appelle la stratégie « coup de poing », regroupée sous trois catégories par le Cluster WASH « lutte préventive », « réponse rapide » et « reprise communautaire ». Cependant, la lutte préventive n’est possible que dans les zones où nous avons des projets en cours, comme dans les zones sanctuaires du choléra en RDCongo (à ce jour, Kalemie, Bunia, Goma).

Pourquoi une capacité de réponse rapide ?

Ces dernières années ont été le théâtre d’une multitude de flambées épidémiques de par le monde. Outre les déterminants environnementaux connus (eau chaude, salée, riche en matière organique), la survivance et la transmission de la maladie sont favorisées par plusieurs autres facteurs tels que « faible accès à l’eau potable et l’assainissement », « instabilité socio-économique et mouvements de masse», « démographie et urbanisation incontrôlée dans des zones insalubres ». Il en résulte des flambées ponctuelles, parfois importantes, flambées qu’il faut juguler au plus vite.

Les acteurs traditionnels qui prennent la responsabilité des réponses sont souvent impliqués dans des projets aux objectifs variés et peu sont ceux qui ont l’expertise et la volonté d’intervenir en urgence. Ceci limite la capacité de construire une véritable expertise « prévention choléra », et ne permet pas le renforcement efficace des capacités locales. Or, l’histoire des opérations humanitaires nous apprend que les premiers à intervenir sont souvent les populations elles-mêmes, à travers des mécanismes d’entraide ou des structures de secours ad hoc. Pourquoi en serait-il ou devrait-il en être autrement pour le choléra ?

Notre volonté est donc de construire ces équipes de réponse rapide au choléra, mais aussi de renforcer les structures au niveau communautaire pour que les populations des zones à risque soient elles-mêmes capable d’assurer les premières réponses.

Nous proposons donc pour les années à venir un mécanisme pilote à deux volets :

1.  La mise en place d’équipe mobiles de réponse rapide, capables de se déployer dans les zones affectées  (ceci sur le modèle de ce que nous faisons depuis plusieurs années dans le District du Tanganyika en RDCongo), avec pour mission :

  • confirmer la « rumeur » en coordination avec les acteurs santé,
  • diagnostiquer les besoins en eau, hygiène et assainissement, identifier les risques immédiats et diffuser l’information à travers des « Fact Sheet » ou brèves choléra instantanées,
  • appuyer la mise en place d’une réponse préventive (points de chloration, désinfection, sensibilisation de masse) dans les zones évaluées comme à risque élevé où la dynamique de la maladie est analysée et anticipée,
  • organiser et appuyer la réponse d’urgence pour endiguer la propagation dans les zones nouvellement affectées, dites zones à potentiel « épidémique »,
  • capitaliser et diffuser les leçons apprises.

2.  En période inter-épidémique, ces équipes se déploient dans les zones les plus affectées lors des dernières épidémies avec l’objectif de renforcer la prévention du choléra à base communautaire (reprise communautaire de la lutte contre le choléra) via:

  • l’établissement de plans de contingence communautaires en lien avec les acteurs santé locaux, associations et société civile (Qui fait quoi où) en cas de premier cas confirmé, complété par un pré-positionnement de matériels d’urgence,
  • formation à la chloration et au traitement de l’eau en général, techniques de sensibilisation d’urgence ciblée choléra (s’appuyant aussi bien sur les savoirs experts que traditionnels). L’équipe pourra intervenir pour appuyer les partenaires locaux à des projets de production locale de chlore liquide, et, lorsque les conditions le permettent, proposer un appui à la commercialisation des produits (marketing social notamment),
  • les membres de cette équipe travailleront en étroite collaboration avec les Ministères de la Santé Publique et les Centres de Santé dans les communautés,
  • actualisation régulière d’une cartographie des moyens humains et matériels prépositionnés.

La typologie des réponses d’urgence consiste en un package –  Eau, Hygiène et Assainissement:

  • Sensibilisation dynamique, en fonction des groupes les plus à risques, de la dynamique géographique de la maladie, et des déterminants épidémiologiques locaux, des populations affectées sur les moyens simples de prévenir la maladie, comme l’hygiène alimentaire, le lavage des mains avec du savon, les pratiques de défécation.
  • Mise à disposition d’eau traitée (station de traitement mobile, chloration au point de puisage)  ou de moyens de traitement de l’eau à domicile pour endiguer la transmission de la maladie par consommation d’eau contaminée.
  • Amélioration ponctuelle de la gestion des excrétas par des latrines d’urgence dans les lieux publics à risque (marchés, ports, gares, écoles etc.) et appui aux structures de santé pour la gestion adéquate des excrétas.