Future stratégie de l’Union Européenne sur la Syrie et l’Irak

Publié le mardi 10 mars 2015

Alerte des ONG : l’humanitaire n’est pas un outil contre-terroriste

Une nouvelle stratégie [1] de l’Union Européenne sur la Syrie, l’Irak et « la menace de Da’esh » devrait être adoptée lors du Conseil des Ministres des Affaires Etrangères de l’Union Européenne (UE) du 16 mars prochain. Les organisations humanitaires travaillant en Syrie et en Irak dénoncent la contradiction que représente l’intégration de l’aide humanitaire dans une stratégie dont l’objectif affiché est la lutte contre le terrorisme. Cette confusion risque de fortement réduire l’accès des populations affectées par ces crises à une aide adaptée à leurs besoins.

L’UE a développé une stratégie globale pour faire face à une crise particulière. Intégrant les actions de services de l’Union Européenne, dédiés d’une part à l’humanitaire (Office d’aide Humanitaire de la Commission Européenne ou ECHO) et de l’autre à la diplomatie, à l’aide au développement ou aux migrations, cette stratégie contribue à un mélange des genres.
Si le texte mentionne d’un côté la nécessité d’une aide humanitaire basée sur les besoins des populations et respectueuse des principes humanitaires de neutralité, d’indépendance et d’impartialité, cette stratégie place pourtant de fait l’humanitaire au service d’un objectif politique global visant à « contrer la menace posée par Da’esh et les autres groupes terroristes à la stabilité régionale et internationale’’. Il est ainsi mentionné par exemple que « le soutien continu de l’UE aux populations déplacées, réfugiées et affectées par le conflit […] tout en répondant aux besoins de base peut aussi constituer un moyen efficace de réduire l’attractivité des groupes terroristes ». L’objectif n’est plus strictement humanitaire, mais ouvertement politique.

Les ONG s’inquiètent de cette confusion et ne cautionnent pas de voir l’aide humanitaire présentée comme un outil servant un agenda politique, car elle y perd la neutralité et l’impartialité qui sont nécessaires pour négocier l’accès aux populations. Les travailleurs humanitaires, comme les personnes bénéficiant de l’aide, deviennent alors de potentielles cibles pour les parties au conflit. L’accès des populations à l’aide s’en trouve réduit, et l’humanitaire n’atteint pas son objectif de sauver des vies et d’alléger les souffrances. Il est donc fondamental que la réponse humanitaire européenne aux crises syrienne et irakienne demeure distincte de toute stratégie soumise à d’autres objectifs.
Divers exemples ont par ailleurs déjà prouvé l’inefficacité voire les effets contre-productifs de la politisation de l’aide.

Ironiquement, l’intégration de l’aide humanitaire dans cette stratégie entre en contradiction avec les textes et principes fondateurs de l’Union Européenne sur l’aide humanitaire auquel le document se réfère pourtant. En effet, le Consensus Européen sur l’aide humanitaire adopté par tous les Etats membres stipule clairement que « l’aide humanitaire de l’UE n’est pas un instrument de gestion de crise » et que « l’UE a la ferme volonté de maintenir et de promouvoir les principes humanitaires fondamentaux que sont l’humanité, la neutralité, l’impartialité et l’indépendance. Cette approche fondée sur des principes est essentielle pour que l’UE, et les acteurs de l’aide humanitaire en général, soient acceptés et à même d’opérer sur le terrain dans des contextes politiques et de sécurité souvent complexes.[2] »

Les ONG dénoncent cette contradiction et appellent l’UE et ses Etats Membres à respecter et promouvoir une distinction stricte entre les objectifs de lutte contre le terrorisme de cette stratégie d’une part, des objectifs strictement humanitaires d’autre part.

Signataires :

Action Contre la Faim
CARE France
Handicap International
Médecins du Monde
Première Urgence – Aide Médicale Internationale
Secours Catholique –Caritas France
Secours Islamique France
Solidarités International
Coordination SUD, plateforme des ONG françaises, soutient les positions des ONG signataires

Rappel sur les crises syrienne et irakienne

Les crises syrienne et irakienne sont sans précédent dans leur ampleur et dans les difficultés qu’elles présentent pour accéder aux victimes, les protéger et les soutenir. Plutôt que d’ajouter des obstacles à la délivrance de l’aide, tous les acteurs doivent concentrer leurs efforts pour la faciliter.

Irak
2,25 millions de personnes sont déplacées en Irak
5 millions de personnes sont affectées par la crise en Irak. Seule la moitié bénéficie d’un réel accès à l’aide du fait de différents obstacles, notamment sécuritaires. Ce chiffre de 5 millions pourrait monter à 7 millions d’ici la fin de l’année.
Un certain nombre de personnes et de minorités n’ont que peu accès à des zones sûres d’Irak. D’où l’importance pour les ONG de parvenir à les atteindre.

Syrie
7,6 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur de la Syrie
12,2 millions de personnes ont besoin d’aide en Syrie, dont 4,8 millions sont situées dans des zones difficiles à atteindre.
Près de 4 millions de personnes sont réfugiées, essentiellement au Liban, en Jordanie, en Turquie et en Irak.

Porte-paroles disponibles :
Fanny Petitbon, chargée de plaidoyer, Care France
Pauline Chetcuti, référente plaidoyer, Action contre la Faim et chef de file de la Commission humanitaire de Coordination Sud
Roger Persichino, Directeur des opérations, Première Urgence Aide Médicale Internationale

Contacts presse :
Bénédicte Bimiko, Coordination Sud, 01 44 72 03 78 / 07 76 78 15 19, bimoko@coordinationsud.org
Julia Belusa, Action contre la Faim, 01.70.84.72.22 / 06 70 01 58 43, jbelusa@actioncontrelafaim.org
Laury-Anne Bellessa, CARE France, +33 (0)1 53 19 89 92 / +336 24 61 85 37, bellessa@carefrance.org

[1] http://ec.europa.eu/echo/files/news/20150206_JOIN_en.pdf
[2] Consensus Européen sur l’aide humanitaire : http://ec.europa.eu/echo/files/media/publications/consensus_fr.pdf