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Kobané, coupée du monde : Comment nos équipes ont rejoint les premiers convois humanitaires

Publié le jeudi 5 février 2026

Syrie – début 2026 

Au cœur du nord-est syrien, la ville de Kobané – symbole de la résistance kurde contre l’État islamique en 2015 – est aujourd’hui assiégée, isolée et plongée dans l’obscurité.
Depuis le 21 janvier, la population, déjà fragilisée par des années de conflit et augmentée de milliers de personnes déplacées par les récents combats, vit sans électricité, sans eau, sans internet et sans carburant. Un hiver exceptionnellement rigoureux – avec des chutes de neige inédites et un vent glacial persistant – aggrave encore la situation. 

Dans ce contexte de crise, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL a pu soutenir les deux premiers convois humanitaires ayant réussi à atteindre Kobané. Une intervention menée dans des conditions très difficiles, en l’absence totale de communication avec la population de la ville. 

Un nord-est syrien en plein effondrement 

Fin décembre, la tension monte brusquement dans les quartiers kurdes d’Alep. Pour échapper aux violences, près de 110 000 personnes se réfugient à Afrine, ville kurde proche d’Alep, où beaucoup peuvent trouver abri chez des proches. Des centres d’accueil collectifs sont organisés dans l’urgence, et SOLIDARITÉS INTERNATIONAL y distribue des kits de première nécessité. 

Après des mois de négociation infructueuses, l’armée de Damas annonce son intention de reprendre les zones kurdes. Mais progressant finalement au-delà du fleuve, les forces syriennes s’emparent rapidement des provinces de Raqqa et Deir Ez-Zor, avant d’arriver aux portes de Kobané et d’Hassaké. L’ONU comptabilise alors 157 000 personnes ayant fui l’avancée de l’armée.
Si Hassaké peut encore se ravitailler grâce à son accès vers le Kurdistan irakien, Kobané, située à la frontière turque, se retrouve sans solution d’approvisionnement. 

Kobané : de ville symbole à ville assiégée 

  • 23,2 millions d'habitants
  • 157ème sur 193 pays pour l'Indice de Développement Humain
  • 641 724 personnes bénéficiaires

Kobané – Aïn al-Arab de son nom officiel – demeure un lieu hautement symbolique. En 2015, ses habitants et les forces kurdes avaient résisté neuf mois face à l’État islamique. Aujourd’hui, la ville vit un autre cauchemar. 

À mesure que les troupes syriennes avancent, des milliers de familles des villages environnants fuient vers le centre-ville, terrorisées par les tirs d’artillerie et les drones kamikazes signalés dans la zone. Très vite, Kobané se retrouve coupée du monde. 

Les centres d’accueil tardent à être installés : des familles dorment dans les rues enneigées, d’autres dans leur voiture. Elles sont ensuite relogées dans des bâtiments endommagés, aux fenêtres parfois brisées et sans isolation thermique.
L’approvisionnement en eau, déjà sous pression, ne peut absorber l’afflux de population. L’électricité est coupée, stoppant les stations de pompage. Les infrastructures, déjà fragilisées, s’effondrent les unes après les autres. 

48 heures pour organiser un convoi humanitaire 

Le vendredi 23 janvier, l’ONU annonce l’ouverture d’un corridor humanitaire entre Alep et Kobané et appelle les ONG à se mobiliser immédiatement. 

Samedi 24 janvier : à Alep, l’équipe achète en urgence le matériel essentiel : 

  • 1 000 matelas et couvertures 
  • 500 kits alimentaires prêts à consommer (conserves de légumes, pois chiches, viande, thon…), permettant à une famille de cinq personnes de se nourrir pendant cinq jours. 

À Raqqa, Matthieu Cazottes, coordinateur terrain, organise la réception avec les équipes présentes à Kobané. Pour ces sept collègues également soumis au siège et aux coupures d’eau, d’électricité et d’internet, la situation est extrêmement éprouvante, mais le travail se poursuit. 

Dimanche 25 janvier : un convoi de 24 camions quitte Alep, dont sept affrétés par SOLIDARITÉS INTERNATIONAL.

Le trajet, habituellement long de trois heures, dure neuf heures. Il faut déminer certains passages, les nombreux check-points font perdre du temps et les routes enneigées sont difficilement praticables. 

Le convoi atteint finalement Kobané dans la soirée. Nos collègues sur place déchargent une partie de la nuit. « On n’avait aucune info. Pas de réseau. On avançait presque minute par minute. Nos équipes ont fait preuve d’un courage extraordinaire », témoigne Laureen Larrieu. 

Dès le lendemain, 2 000 personnes reçoivent cette aide indispensable pour affronter le froid et la faim. 

Le 5 février, un deuxième convoi rejoint Kobané, qui comprend un camion-citerne avec 10 000 litres de diesel nécessaires pour rétablir l’électricité et un minimum d’accès à l’eau potable. 

Parallèlement, nos équipes approvisionnent 22 centres d’accueil en eau, distribuant 180 m³ en quelques jours. 

Si la situation semble momentanément se stabiliser, Kobané reste largement isolée. Les routes demeurent en partie fermées et les services essentiels sont largement hors service. Nos équipes restent mobilisées, jour et nuit, auprès des familles les plus vulnérables. 

Photos : © SOLIDARITÉS INTERNATIONAL

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