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Directeur Pays Syrie : un poste exigeant dans un contexte passionnant

Publié le mardi 21 février 2017

La situation évoluant en permanence en Syrie rend la réponse humanitaire extrêmement difficile et dangereuse. Les équipes de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL ont dû s’adapter au paysage, faisant de sa mission un défi professionnel inédit. Décryptage du Directeur pays sortant, Philippe Bonnet.

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Dans un environnement changeant tout le temps, on attend des mouvements de populations dans le nord de la Syrie tout au long de l’année 2017, depuis les zones de conflit actuels et potentiels, vers les zones plus sécurisées. Le district d’Azaz, où travaillent nos équipes, est considéré comme une zone relativement stable et abrite aujourd’hui 200 000 déplacés. Malgré la présence de nombreuses ONG, les besoins sont loin d’être couverts. De grandes parties du pays autrefois sous contrôle de l’Organisation Etat Islamique, sont à présent accessibles. Les habitants commencent à revenir et retrouvent des déplacés qui fuient les violences à Al Bab, une ville moins médiatisée qu’Alep, mais qui a souffert tout autant. Les combats et le manque d’entretien des infrastructures ont donné lieu à des besoins multiples : l’accès aux services de base (santé, éducation, eau, etc.), aux abris, à la protection, etc.

Une triple action

En 2017, notre contribution à améliorer les conditions de vie des populations du nord de la Syrie se décline en trois volets : une réponse rapide pour fournir aux déplacés et aux populations d’accueil une assistance rapide et multisectorielle (protection, eau, hygiène, assainissement (EHA), articles de première nécessité, abris) dans les zones accessibles du nord de la Syrie (Azaz, Afrin et peut-être Membij). Le deuxième axe de notre intervention vise à donner accès aux services sociaux de base. Les déplacés, les retournés et les populations d’accueil du district d’Azaz et du canton d’Afrin bénéficieront d’actions en santé (avec un partenaire local), en EHA, en protection, etc. Enfin, le troisième axe visera à améliorer les moyens d’existence et la résilience dans les zones plus stables du district d’Azaz.

Une mission en expansion

Mi-2016, la mission de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL en Syrie était sur le point de fermer avec seulement deux expatriés et quelques employés nationaux. Grâce aux efforts de nos équipes très engagées à Gaziantep et en Syrie, il a été possible d’avoir accès à de nouvelles zones, faisant de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL un acteur reconnu. Aujourd’hui, la mission a une équipe de 50 employés nationaux en Syrie (plus ceux de notre partenaire santé sur place) et les postes en coordination sont tous pourvus avec 8 expatriés et 10 nationaux. Selon de nouveaux financements, l’équipe de coordination devrait même se développer.

Un défi humanitaire

En raison de la complexité du conflit, le respect des principes humanitaires de neutralité et d’impartialité restent un défi pour les ONG. En effet, le pays est divisé entre quatre entités principales, l’Organisation Etat Islamique, le gouvernement, les groupes rebelles anti-Assad et les Kurdes. Par conséquent, les ONG ont dû choisir des zones, contribuant indirectement à l’idée que nous prendrions parti pour l’un ou l’autre groupe. Dans un tel contexte, le respect de nos principes humanitaires se doit d’être toujours au centre de notre intervention et nous devons nous assurer que la nature et la pertinence de notre action justifie la prise de tels risques.

Le défi de la gestion à distance

L’accès des expatriés au nord de la Syrie est limité par la fermeture administrative de la frontière turco-syrienne, plutôt que des raisons de sécurité qui peuvent être résolus, à terme. Nous ne pouvons donc suivre directement la qualité des évaluations de besoins ni de la mise en œuvre des projets. Prenant cela en compte, nous avons mis en place des outils de gestion à distance. C’est une façon différente de travailler par rapport à nos autres missions, mais personnellement, j’ai vu là une opportunité d’explorer de nouveaux champs, de développer de nouveaux outils et enfin de développer mes propres capacités et mon expérience.

Conseils à mon successeur

De mon point de vue, par rapport à mon expérience d’humanitaire, un fort engagement humanitaire est impératif, afin de rester motivé tout en restant loin du terrain et des bénéficiaires, tout en étant confortablement installé en Turquie. Evidemment, le contexte est extrêmement intéressant et stimulant, et le fait de le suivre avec intérêt permet de compenser pour la distance du terrain. Une volonté et une imagination pour développer de nouveaux outils et de nouvelles façons de travailler seraient une valeur ajoutée indéniable afin de pouvoir s’adapter à une gestion à distance.

Parmi les nouveaux défis, nous comptons ouvrir de nouvelles zones, travailler sur des stratégies d’accès et représenter fièrement SOLIDARITÉS INTERNATIONAL dans les mécanismes de coordination !

Philippe Bonnet.

 

  • 22 millions d'habitants
  • 85,2% de taux de pauvreté
  • 134ème sur 187 pays pour l'Indice de Développement Humain
  • 40 897 personnes secourues
Philippe Bonnet :


"Après une affectation à l'école cavalière de Saumur, Philippe Bonnet commence une carrière d'avocat avant de s'orienter vers l'aide humanitaire en 2000, d'abord comme logisticien pour MSF, puis comme coordinateur terrain. En 2007 il commence à travailler pour SOLIDARITÉS INTERNATIONAL, remplissant le rôle de chef de mission dans plusieurs pays d'Asie, d'Afrique, et à présent au Moyen-Orient."