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Soudan : chronique d’une catastrophe humanitaire sans fin

Publié le mercredi 15 avril 2026

Le 15 avril prochain cela fera trois ans que la population soudanaise est prise au piège d’une guerre d’une brutalité inouïe. Viols, meurtres, pillages, attaques de drones: des centaines de milliers de personnes ont dû fuir, abandonnant leurs maisons, leur vie d’avant, perdant la trace de leur famille. Dès les premières heures du conflit, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL s’est mobilisée pour venir en aide aux civils, et ceci malgré un contexte extrêmement volatile et dangereux. 

Mais trois ans plus tard, force est de constater que la situation ne cesse de s’aggraver. Les besoins humanitaires explosent, les violences persistent et l’avenir demeure lourd de menace.  

Retour sur 3 ans de violences contre les civils. 

2026

Début janvier 2026, Charlotte, qui travaille pour la communication de l’ONG, se rend sur le terrain. Trois ans après le début du conflit, elle découvre un paysage encore plus meurtri, des besoins encore plus criants. 

« Ça fait très longtemps que je n’avais pas vu une zone comme ça et que je n’avais pas entendu des personnes avec autant de besoins », raconte Charlotte.  

Aujourd’hui, le Soudan abrite l’un des plus grands camps de personnes déplacées au monde, à Tawila, au Darfour.  

© Peter Biro / Union européenne

Près d’un million de personnes, dont une très large majorité de femmes et d’enfants, ont trouvé refuge, dans cet espace encerclé par les combats et extrêmement difficile d’accès. La situation y est critique : manque d’eau, d’abris, de nourriture, de soins. Dans les villes alentours, les personnes apeurées se sont rassemblées, formant des dizaines d’autres camps sans la moindre ressource.

Trois ans après le déclenchement du conflit, le Soudan demeure l’un des pires théâtres de crise humanitaire au monde. Trois ans de silences internationaux, de violences répétées, d’exils forcés. Trois ans d’une guerre qui ont bouleversé des millions de vies et qui continuent, jour après jour, de détruire des familles, des villes, des générations entières.  

Face à cette catastrophe qui s’enlise, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL poursuit son travail, souvent dans des conditions extrêmes, pour maintenir un accès à l’eau, à la nourriture et pour protéger les civils menacés. Mais nos efforts, aussi déterminants soient-ils pour les personnes auxquelles nous apportons l’aide, ne suffiront pas sans une mobilisation internationale à la hauteur. 

Alors que le conflit peine toujours à trouver une issue, il est urgent de rappeler que derrière chaque chiffre, il y a des visages, des histoires, des espoirs qui ne doivent pas disparaître. Le Soudan ne peut rester un angle mort de l’action internationale. Les besoins humanitaires sont immenses, et la population, elle, n’a plus le temps d’attendre.

2025 : Des vies brisées, loin des projecteurs

En 2025, le Soudan glisse progressivement hors du champ médiatique, éclipsé par d’autres crises internationales. SOLIDARITÉS INTERNATIONAL multiplie alors les alertes. Tentant de replacer le conflit au cœur des priorités politiques et diplomatiques, nos équipes multiplient les communiqués à la presse et dossiers spéciaux.

Nous appelons aujourd’hui à une mobilisation urgente des citoyens, des institutions nationales et internationales, afin de garantir un accès humanitaire inconditionnel, la protection des civils et le renforcement des moyens logistiques. 

Mais l’actualité chargée de cette année 2025 ne laisse aucune place au Soudan. 

Les mois passent, et chaque nouvelle attaque rappelle la brutalité du conflit. En début d’année, le camp de réfugiés de Zamzam est la cible d’une offensive d’une rare violence, causant la mort de centaines de personnes : Soudan.

À l’automne, c’est la ville d’El Fasher qui tombe après 18 mois de siège. Ceux qui ne sont pas tués s’échappent comme ils le peuvent .

Face à cette spirale de violences, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL persiste à documenter, témoigner et alerter. Les équipes racontent l’impossible quotidien des civils pris dans les combats, l’accumulation des difficultés pour leur venir en aide, et un avenir qui semble se dérober un peu plus chaque jour.

2024 : L’escalade humanitaire 

Alors que la première année de guerre au Soudan s’achève, plus de 8,4millions de personnes ont déjà été arrachées à leur foyer, emportant avec elles un minimum de biens et un maximum d’incertitude.

Chez SOLIDARITÉS INTERNATIONAL, l’équipe en vient à s’interroger sur son rôle : faut-il dénoncer ce massacre trop ignoré dans l’espace médiatique et politique, au risque de perdre notre capacité à accéder aux civils menacés ? 

Cette tension éthique devient centrale, alors que le Darfour s’enfonce dans une situation catastrophique où les signes de famine se multiplient. Dès février, les alertes se succèdent. Un communiqué de presse est envoyé aux journalistes .

Lire le communiqué  

 

En avril, encore, la sonnette d’alarme est tirée par SOLIDARITÉS INTERNATIONAL, mais aussi par d’autres ONG.
> Soudan : définition d’une famine imminente
> Soudan : l’échec de la communauté internationale pourrait exposer des millions de personnes à la famine

Mais les réponses tardent, ou ne viennent pas. L’été apporte la confirmation redoutée : plusieurs zones du Darfour basculent officiellement en état de famine. Pour les populations déjà affaiblies par les violences, c’est une nouvelle menace mortelle.

À l’est du pays, moins affecté par les combats, les communautés hôtes, déjà fragiles, peinent à faire face à l’afflux massif de personnes déplacées. Le manque d’eau, de nourriture et de services essentiels rend la vie incertaine pour tous.

Et comme l’année précédente, le choléra vient frapper à son tour, ajoutant une crise sanitaire à une crise déjà multiforme : Soudan : les déplacés de Gedaref face au défi de l’eau.  

Face à cette accumulation d’épreuves, les équipes de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL continuent d’agir. Elles travaillent aux côtés des familles soudanaises pour tenter de contenir les épidémies, sécuriser l’accès à l’eau et limiter les risques d’une propagation incontrôlée.

Mais en cette deuxième année de guerre, une réalité s’impose : la catastrophe humanitaire dépasse largement les capacités de réponse mobilisées. 

2023 : Naissance d’un conflit dévastateur 

« Le samedi 15 avril 2023, Khartoum, une des capitales les plus stables d’Afrique, s’éveille sur une belle journée de Ramadan. Rapidement, les premiers coups de feu éclatent. » C’est par ces mots que commence le récit par les équipes de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL des premiers instants, des premières heures du conflit. Leurs témoignages, empreints d’une émotion vive, racontent le choc, la sidération et l’urgence qui s’installent.

Un mois après le début des combats, l’ampleur de la crise devient évidente : les besoins humanitaires explosent et les équipes alertent sur une situation déjà hors de contrôle.

Justine Muzik Piquemal, membre de la première équipe entrée au Soudan juste après l’éclatement du conflit, revient sur ce qu’elle a vu.

C’est un des conflits les plus «sales» que j’ai vu de ma vie…

Justine Muzik Piquemal, Directrice régionale

© Nicolo Filippo Rosso / SOLIDARITÉS INTERNATIONAL

À mesure que les mois passent, les frontières voisines voient affluer des milliers de personnes épuisées, blessées et traumatisées, cherchant un refuge dans des camps souvent déjà saturés : Tchad, Soudan du Sud etc. autant de pays qui les accueillent dans des camps souvent surchargés.

Charlotte est dépêchée au Tchad, à la frontière avec le Soudan, pour raconter le quotidien des personnes déplacées et le travail de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL à leur côté.

Puis la crise sanitaire s’ajoute à la crise humanitaire: une épidémie de choléra se déclare au dernier trimestre de l’année, et frappe des zones déjà fragilisées, forçant les équipes à tenter en urgence de contenir la propagation.

En automne 2023, beaucoup d’entre nous avaient remarqué les signes d’une possible épidémie de choléra dans le pays. Nous avons donc été divisés en groupes et nous nous sommes rendus dans les différents villages où l’épidémie se propageait.

> Écouter la suite 

Je m’appelle Yassin, je suis responsable de la promotion de l’hygiène pour SOLIDARITÉS INTERNATIONAL. Nous intervenons dans le cadre de l’épidémie de choléra au Soudan. La dernière épidémie de choléra au Soudan a été forte et le nombre de cas signalés continue d’augmenter.

> Écouter la suite 

L’année 2023 se referme ainsi dans un climat d’épuisement, de violence, et d’alertes incessantes – l’ordinaire monstrueux de cette guerre déjà dévastatrice, ne fait que commencer. 

Photo d’en-tête : © Nicolo Filippo Rosso / SOLIDARITÉS INTERNATIONAL

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