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Au cœur du Darfour qui s’effondre

Publié le mardi 17 février 2026

Au Darfour, la chute d’El-Fasher après plus de 500 jours de siège a fait basculer toute la région dans une spirale de déplacements sans précédent. Les bombardements, la famine, la destruction des marchés et la fermeture des routes ont forcé des centaines de milliers de familles à fuir vers les derniers espaces encore accessibles : Tawila, Golo, Nertiti, et d’autres poches de vie improvisées au pied du Jebel Marra. 

Tawila : le plus grand camp de personnes déplacées au monde 

Tawila était autrefois un point de passage commercial, une ville moyenne de 35 000 habitants. Elle accueille aujourd’hui l’un des plus grands camps du monde, dépassant même Cox’s Bazar au Bangladesh : 700 000 personnes sont venues protéger leur vie sur un terrain de 8km de long et 1 à 2km de large. Une agglomération entière faite de huttes de roseaux et de toiles, qui grossit à mesure que les combats détruisent le Darfour. Ici sont arrivées, au mois d’avril 2025, les personnes qui fuyaient la mise à sac du camp de Zamzam. Quelques mois plus tard, fin octobre, la ville d’El-Fasher essuyait l’assaut final qui a fait d’elle une ville morte. Les survivants ont fui, majoritairement à Tawila qui porte l’espoir car c’est ici que se concentre la présence humanitaire au Darfour.  

Maakarim Mahmoud, 19 ans, a vécu le siège d’El-Fasher. «On passait plus de temps dans le bunker que dans la maison. Il n’y avait plus rien à El-Fasher : pas d’eau, pas de nourriture.» Sept mois après la naissance de son bébé, elle réussit à prendre la route pour chercher de la nourriture à Tawila. Mais au retour, la route est bloquée par les combattants. Maakarim n’a jamais pu retourner chez elle. Elle a heureusement fini par réussir à faire sortir sa mère et son bébé qui y étaient restés. Mais, à Tawila, l’enfant est arrivé en état critique. Maakarim l’a emmené trois fois au centre nutritionnel, « mais à la sortie, il n’y a rien à manger. Il perd à nouveau du poids. Je suis prête à tout faire pour le nourrir.»
L’histoire de Maakarim est celle de milliers de personnes dans la région : la faim pousse à la route, la route sépare les familles, et l’arrivée dans les camps n’offre aucune garantie de survie.  

  • 51,6 millions d'habitants
  • 172ème sur 193 pays pour l'Indice de Développement Humain
  • 499 406 personnes bénéficiaires

Dans le camp de TawilaSOLIDARITÉS INTERNATIONAL est très active. Un captage a été réalisé à 140 mètres de profondeur, qui envoie l’eau vers cinq points d’eau dont un centre de santé. D’autres sources d’eau ont été réhabilitées et améliorées, un réseau de deux kilomètres de tuyaux souterrains a été posé. Mohammed Baba, responsable de programme, explique : «Nous sommes passés dune pompe manuelle pour 1000 personnes, soit un système limité et éprouvant, à un système solaire et 2km de réseau. Nous distribuons aujourdhui environ 7,5litres par jour à 80000 personnes.» C’est énorme et efficace. Tous les jours, des vies sont sauvées grâce à cette eau propre et sûre. Cela reste pourtant insuffisant. « Toutes les ONG réunies ne couvrent quenviron 30 % des besoins en eau », précise Renaud Douci, coordinateur de terrainL’échelle du besoin dépasse largement celle des moyens. 

Golo, Nertiti, Zalingei, ces camps qui ont besoin d’attention 

Si le camp de Tawila impressionne par ses proportions, il existe de nombreux autres lieux qui sont devenus les refuges des familles fuyant notamment la ville d’El-Fasher. Et leur situation reste dramatique, car leur petitesse relative les rend moins susceptibles de recevoir de l’aide. Pourtant l’urgence est partout.  

Ainsi, au pied du Jebel Marra, 80000 personnes vivent aujourd’hui dans le camp de la ville de Golo qui longe la route principale vers Tawila. Mais Golo n’est pas une priorité logistique : les camions d’aide passent souvent sur cette route sans s’arrêter, direction Tawila. 

Dans certains camps du Darfour, les déplacés réussissent à générer quelques revenus par la cuisine, le petit commerce, la collecte de bois, et le transport en charrette. À Golo, c’est impossible, explique Caroline Bouvard, directrice pays en charge du Soudan pour SOLIDARITÉS INTERNATIONAL : « Les personnes n’ont aucun moyen d’acheter à manger. Et ils ne peuvent pas cultiver non plus.J’ai rencontré des gens qui n’avaient même pas de jerrican pour aller chercher de l’eau.» En saison des pluies, les familles vivent les pieds dans l’eau, le camp étant installé dans le lit du wadi [rivière]. Ces conditions sont très favorables à l’émergence d’épidémies, le choléra s’est d’ailleurs déjà déclaré. Nos équipes ont installé un point d’eau, des latrines et des douches, et étudient la faisabilité d’un forage plus ambitieux.  

Golo, mais aussi Nertiti, Zalingei… autant de petites villes devenues les hôtes de dizaines de milliers de personnes dont le parcours de vie a été brisé par la violence immense qui s’est abattue sur le Soudan. Si le Darfour est aujourd’hui au cœur de l’enfer, on sait dorénavant que le conflit se déplace vers le Kordofan, région du centre qui ouvre la voie des conflits vers la capitale.  

© SOLIDARITÉS INTERNATIONAL

Photo d’en-tête : © Peter BIROT

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