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Soudan du Sud : trouver sa place au sein des camps

Publié le lundi 6 juillet 2015

Au Soudan du Sud, pays dévasté par la guerre depuis décembre 2013, la situation est de plus en plus critique. Le pays accueille toujours plus de réfugiés au sein des camps protégés par les Nations Unies. SOLIDARITÉS INTERNATIONAL apporte une réponse humanitaire aux besoins de ces dizaines de milliers de personnes réfugiées et déplacées. Quelques-unes d’entre elles nous ont livré leurs témoignages.

« J’espère pouvoir revenir chez moi »

Simon Okuch Chol, 55 ans, a dû fuir les violences de la région de Malakal, dans le Nord du pays, d’où il est originaire. C’est un nouvel arrivant au camp « UN HOUSE » : « A Malakal, j’officiais comme pasteur. C’est à cause des combats qui font rage dans la région que je suis parti. J’ai eu la chance de pouvoir monter dans un avion et d’être évacué. Beaucoup de mes proches, eux, n’ont pas eu cette chance et sont morts aujourd’hui. Certains ont été massacrés car ils n’ont pas voulu donner leurs enfants, d’autres car elles n’ont pas voulu offrir leur corps aux combattants. J’ai encore quelques amis qui vivent à Malakal dans le camp des Nations Unies.  Aux dernières nouvelles la situation se dégrade de plus en plus. Les gens ne peuvent pas sortir du camp c’est trop dangereux. On dit que les femmes qui essayent sont systématiquement violées. » 

Photo-Simon

Simon poursuit : « Je suis arrivé à Juba le 29 mars dernier. J’y ai vraiment été contraint, je ne voulais pas partir de chez moi. Avant cette date, je ne pensais pas venir ni quitter ma maison. Aujourd’hui, je vis chez ma nièce. Mais c’est trop petit et la vie dans Juba est parfois dangereuse pour les gens comme nous qui venons des autres provinces. Du coup, je cherche un place dans le camp « UN HOUSE » ici mais c’est très dur car il y a énormément de monde. Des gens arrivent ici tous les jours et n’ont pas toujours chez qui loger. J’espère trouver une place rapidement pour moi et mes 7 enfants. J’espère pouvoir revenir chez moi avec la paix ! Mais tant qu’il n’y aura pas de paix ça ne sera pas possible ! Peu importe qui contrôle Malakal. Pour le moment nous ne pouvons pas revenir. Après l’indépendance, nous étions tous heureux de vivre ensemble dans ce nouveau pays pour lequel nous nous étions battus mais ceux qui nous gouvernent, comme les rebelles, n’ont pas suivi la volonté du peuple ».

« Ça fait un an et demi que j’habite sous une tente »

Catherina  est originaire de Bentiu, au Nord du pays. Elle n’est pas rentrée chez elle depuis presque deux ans* : « Je suis arrivée en novembre 2013 à Juba pour voir ma famille. C’était la première fois de ma vie que je venais dans la capitale. Malheureusement, les évènements de décembre 2013 m’ont empêché de pouvoir rentrer chez moi, à Bentiu et beaucoup de mes proches restés là-bas sont morts. J’ai perdu deux de mes frères ici, à Juba. Ils ont été tués alors qu’ils étaient à l’école. Trois autres sont morts, victimes des affrontements dans l’Etat d’Unity.

Après la crise de décembre 2013 et les affrontements qui ont suivi, la vie dans Juba a commencé à devenir très difficile pour moi. Je craignais pour ma vie à chaque sortie. Et comme je ne pouvais pas rentrer chez moi à cause des combats qui sévissaient là-bas, je me suis résignée à venir ici dans ce camp. Et ça fait maintenant 1 an et demi que j’habite sous une tente. C’est très difficile car tout cela est arrivé très vite. Avant la crise de décembre 2013, nous étions tous heureux de vivre dans ce pays qui avait gagné son indépendance après tant d’années. Jamais je n’aurais pu imaginer que ma vie ressemblerait à ça. A Bentiu, j’étais dans la police, aujourd’hui, je me sens comme en prison. Je me retrouve vendeuse de thé pour gagner un peu d’argent afin de nourrir mes 4 enfants qui ont 3, 5, 8 et 10 ans et qui vont à l’école dans le camp. Pour l’instant, je suis obligée de rester ici, mais dès que la paix sera revenue, je rentrerai chez moi. Je ne veux plus vivre ici ».

« Grâce à SOLIDARITÉS INTERNATIONAL, nous pouvons boire tous les jours »

Hoth Saur Lac est un des leaders du POC 1 (Centre Pour la Protection des Civils) du camp « UN HOUSE ». Face aux conditions de vie déplorables des populations, il a décidé d’apporter son aide. « Je suis arrivé dans le camp il y a plus d’un an et aujourd’hui j’essaye d’apporter de l’aide aux nouveaux arrivants. Ces derniers viennent surtout de la région de Malakal et Paloche où il y a beaucoup de tensions, de violences et de combats. Tous ces gens ont voulu fuir la guerre et sont arrivés dans leur grande majorité à pied, par bateaux ou par la route. Ils arrivent un par un mais sont des centaines chaque semaine. Quand ils arrivent ici, beaucoup n’ont rien : pas d’abris, pas de nourriture. Et ceux qui sont déjà là sont obligés de partager le peu qu’ils ont avec les nouveaux arrivants.

Photo-Soth

Ici, c’est quand même comme une prison. Les gens essayent de partir en Ouganda ou à Khartoum mais une chose est sure, c’est qu’ils ne peuvent pas repartir chez eux ! Quand les violences ont commencé les gens ne pouvaient plus retourner chez eux.
On essaye de mettre en place un programme de retour avec les un vers les zones libérées par le gouvernement. Mais pour le moment c’est très compliqué. De toute façon, les gens ici sont pour beaucoup sans nouvelles de leurs proches qui sont restés dans les zones où il y a des combats. C’est très dur pour les plus jeunes ! Certains veulent aller vivre à Juba mais je leur dit toujours que la situation est encore trop instable et qu’ils pourraient avoir des ennuis. »

Dans ce contexte de crise humanitaire, Hauth Sor Lac est reconnaissant envers les actions menées par nos équipes : « SOLIDARITÉS INTERNATIONAL a été la première organisation à nous venir en aide. Grâce aux équipes, nous pouvons boire tous les jours. Elles ont aussi construit des toilettes, nous écoutent quand nous constatons des dysfonctionnements et prennent en compte nos remarques avant de venir faire les réparations. De ce côté-là, nous n’avons pas à nous plaindre. Les équipes sont très agréables et travaillent du mieux qu’elles peuvent. »

* Pour des raisons de sécurité, Caterina n’a pas souhaité que nous la prenions en photo et nous avons modifié son prénom.

 

Photo de couverture : © Vincent Tremeau / SOLIDARITÉS INTERNATIONAL

 

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