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Soudan du Sud : "Les conditions de vie s’améliorent pour les humanitaires"

Publié le lundi 20 avril 2015

Le Soudan du Sud est un pays souvent redouté par les humanitaires qui s’imaginent des conditions de vie difficiles, de graves problèmes de sécurité, voire une population austère. Une image que ne partage pas Agnieszka Goscinska qui vient de rentrer en Europe, après avoir passé un an dans le pays en tant que chef de mission.

Depuis décembre 2013, les violences entre les deux ethnies majoritaires au Soudan du Sud  (Nuers et Dinkas) ont provoqué le déplacement, voire l’exil de presque 2 millions de Sud Soudanais. Plus d’un an après, la situation reste particulièrement difficile pour la population du plus jeune pays du monde. On estime qu’en 2015 2,5 millions de personnes sont menacées par une crise alimentaire sévère. Dans la capitale Juba, à Malakal, Old Fangak, Menime ou dans le camp de Wau Shilluk, les équipes de Solidarités International apportent chaque jour une aide indispensable à près de 150 000 personnes à travers tout le pays : 200 latrines construites à Old Fangak et 2500 kits d’hygiène distribués, 3800 jerrycans pour stocker l’eau à Menime, un programme de distribution monétaire auprès de 3000 familles (20 000 personnes) à Wau Shilluk et dans plus de 20 villages alentours, ou encore de la distribution d’eau par camion auprès de 38 000 personnes à Juba, la capitale.

Pour mener tous ces programmes, Solidarités International s’est appuyée sur la grande expérience du pays d’Agnieszka Goscinska, chef de mission, qui s’est confiée à nous. Pour elle, beaucoup d’idées reçues sur le pays ne sont pas fondées ou ne sont plus d’actualités. Elle nous explique pourquoi.

Les Sud Soudanais, un peuple fier

AgnieszkaGOSCINSKA

Je ne comprends pas pourquoi les humanitaires ne veulent pas venir ou ne veulent pas rester très longtemps au Soudan du Sud. Les gens y sont très agréables. Un peu rustres parfois au début car c’est une culture de guerrier, ils sont fiers. Souvent ils nous testent, ils nous rentrent dedans mais c’est vraiment pour savoir ce que vous avez dans le ventre, ce que vous valez en tant que personne. En réalité, ils aiment les gens avec du caractère, les personnes qui s’affirment. Certes, il faut connaitre les limites à ne pas franchir pour ne blesser personne mais les Sud Soudanais apprécient ceux qui assument leurs idées. Il faut savoir être ferme tout en étant  juste et prêt à écouter et/ou discuter… Car les Sud Soudanais parlent beaucoup et de nombreuses décisions sont prises entre eux de manière collégiale. Une fois cette barrière du « test » franchie, ça va beaucoup mieux. Ceux qui vous accordent leur confiance vous l’accordent totalement et ils deviennent vos amis pour la vie !

Des conditions de vie meilleures pour les humanitaires

Les expatriés pensent aussi à tort que les conditions de vie sont difficiles ici. Si c’était vrai il y a encore un an, quelques mois peut-être, c’est de moins en moins le cas aujourd’hui. Quand je suis arrivée, je vivais sous la tente, mes toilettes étaient les mêmes que ceux que l’on construisait pour les bénéficiaires de nos programmes… Aujourd’hui, ça a changé. Par exemple, à Juba, la capitale, j’avais un très bon lit, la télévision par satellite, il y a des restaurants… Alors oui, c’est très difficile de trouver du bon vin, du saucisson, du fromage, des yaourts, d’aller au cinéma ou au théâtre comme dans les capitales occidentales, mais n’est-ce pas le cas dans beaucoup de pays d’Afrique et d’ailleurs?

La sécurité s’améliore

L’autre grande crainte pour les expatriés, concerne l’insécurité. Le plus jeune pays du monde leur parait totalement instable et beaucoup craignent pour leur sécurité. Je comprends leurs craintes mais aujourd’hui  dès qu’il y a des menaces d’attaques ou d’offensive qui se préparent, nous sommes, les humanitaires, à chaque fois prévenus par les autorités. Si on se tient aux recommandations des autorités, alors il y a peu de risques pour nous. Finalement, le pays n’est pas aussi dangereux que l’on se l’imagine. Quand Shafi, CoordoLog d’origine afghane, est arrivé ici il y a quelques mois, il m’a confié qu’il avait quand même eu un peu peur de venir. Cela m’avait un peu étonné de la part d’un Afghan, collaborateur de Solidarités International depuis de nombreuses années. Aujourd’hui, lui aussi s’étonne de cette réaction et de ses à prioris. Maintenant, nous sommes humanitaires et travaillons dans des zones à risques, que ce soit au Soudan du Sud, en RDC ou au Myanmar…

Pourquoi je pars ?

J’ai vécu dans ce pays pendant plusieurs années. J’y suis très attachée, mais je ne veux pas non plus devenir la spécialiste humanitaire du Soudan du Sud ! Aujourd’hui, je voudrais continuer à apporter de l’aide en urgence aux personnes qui souffrent. Peut-être au Yémen. Mais ceux que je souhaiterais vraiment aider ce sont les Nord-coréens. Le Soudan du Sud ? J’aimerais vraiment y revenir dans quelques années, quand, je l’espère, le conflit se sera apaisé et que je pourrais remonter le pays du sud au nord en descendant le Nil.

  • 12,3 millions d'habitants
  • 50,6% de taux de pauvreté
  • 169ème sur 187 pays pour l'Indice de Développement Humain
  • 226 000 personnes secourues