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Soudan du Sud : "Imaginez-vous la pression qu’ont les gens"

Publié le jeudi 23 juillet 2015

Le Soudan du Sud, plus jeune pays au monde, est dévasté par la guerre civile depuis décembre 2013. Les équipes de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL agissent dans les domaines de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement, ainsi que dans le domaine de la sécurité alimentaire, depuis 2006. Lapo Somigli, notre Coordinateur Terrain à Malakal (Etat du Nil Supérieur) revient d’une mission d’un an.

 Quelle est la situation à Malakal aujourd’hui?

Tout d’abord, Malakal est aujourd’hui une ville fantôme. Après la montée des violences en décembre 2013, la ville a changé plusieurs fois de dirigeants, ce qui a causé le déplacement de ses habitants. La plupart d’entre eux se sont réfugiés dans des campements informels protégés par les Nations Unies, les PoC (camps pour la protection des civils) ou bien dans des communautés d’accueil. Quand la situation s’est calmée en avril dernier, les populations sont revenues au compte-gouttes. Un membre de chaque famille a été envoyé en tant qu’éclaireur pour garder leur maison. Mais les conflits ont rapidement repris et la ville a à nouveau changé plusieurs fois de leader.

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SOLIDARITÉS INTERNATIONAL a-t-elle été en mesure d’agir au sein d’un climat aussi tendu ?

La plupart de nos actions ont lieu dans des PoC qui sont des bases UNMISS (Mission des Nations Unies pour le Sud-Soudan) donc elles sont bien protégées.  Nous y avons développé des infrastructures d’assainissement, organisé des sessions de promotion à l’hygiène et géré les déchets solides. Dans le camp de Wau Shilluk et dans les communautés d’accueil aux alentours, nous avons fourni un accès à l’eau potable et organisé des sessions de promotion à l’hygiène pour environ 40 000 personnes, bien que le nombre de bénéficiaires soit en train de diminuer à cause des violences. Je dirais qu’il y a moins de gens que cela aujourd’hui. Sans oublier que le village comptait initialement 3000 habitants. Imaginez-vous la pression qu’ont les gens. Étant donné que les populations ne vivaient de presque rien à part de l’aide alimentaire que leur fournissait le Programme Alimentaire Mondial, nous avons lancé des programmes de sécurité alimentaire basés sur des transferts monétaires. Notre première étude de marché nous a amené à croire que la population pouvait acheter de la nourriture sur le marché mais aujourd’hui il n’y a plus rien.

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Ça a l’air d’être un vrai défi de travailler là-bas…

En termes de sécurité nous sommes bien protégés car nous sommes presque toujours localisés dans la base de l’ONU. Nous avons pu être isolés à certains moments mais cela n’était jamais dangereux. Néanmoins, j’ai connu l’Afghanistan, la Somalie et des pays de ce genre mais je n’ai jamais vécu dans un environnement aussi hostile. Quand je suis arrivé, j’ai dû dormir dans une tente pendant 6 mois, ce qui est compliqué durant la saison des pluies, puis dans un conteneur. Il y a peu de place pour l’intimité. La nourriture était… douteuse ! Nous mangions en général la même chose tous les jours, en particuliers de l’ugali, un genre de polenta trop cuite et sans goût. J’ai perdu 8 kg !

Photos: © Lapo Somigli

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