Rép. Centrafricaine : retombée dans l’oubli

Publié lemercredi 24 avril 2013

Caroline Bouvard, notre chef de mission sur place, revient sur la situation catastrophique des habitants de ce pays de nouveau confronté à la violence et sur l’aide d’urgence dont ils ont besoin.

Seuls 22 % des besoins en financement d’actions humanitaires mobilisés en 2013

Si le coup d’état du 24 mars et les pillages qui ont particulièrement touchés les ONG et les commerces ont brièvement fait la une des journaux, la RCA est vite retombée dans l’oubli dans lequel elle est plongée depuis très longtemps. Dans ce pays qui figure parmi les plus pauvres du monde, l’aide internationale fait pourtant cruellement défaut. Seuls 22 % des besoins en financement des projets humanitaires pour l’année 2013 ont pu être mobilisés, alors même que ces besoins ont été exacerbés avec le conflit qui a amené au pouvoir les rebelles de la Séléka. Les rares organisations humanitaires encore sur le terrain sont le derniers recours des habitants.

Après les inondations, les violences

Depuis fin 2012, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL renforce son intervention à Kabo, dans le centre nord du pays. Ce carrefour commercial de quelque 15 000 habitants accueille depuis 2010 plus de 7 500 personnes venues y trouver refuge après avoir été victimes d’exactions dans leurs villages d’origine. Qu’ils s’agissent de personnes déplacées ou d’habitants de la ville, l’ensemble de la population a aujourd’hui perdu la quasi-totalité de ses récoltes à la suite d’inondations destructrices en août dernier, puis de pillages et d’exactions perpétrés lors du vide sécuritaire intervenu suite à la prise de contrôle de cette zone par la Séléka en décembre 2012.

Un repas par jour, au mieux

Champs et stockages de semences détruits par des incendies criminels, perte des récoltes, bétail volé, exactions régulières des groupes armés… Les incidents politico-militaires qui ont paralysé le pays à partir de novembre ont accentué la succession de crises dont a été victime la population. Nos évaluations ont révélé que plus de 18 000 des 22 000 habitants et déplacés de Kabo ne mangent au mieux qu’un repas par jour.

Notre objectif est d’intervenir auprès du plus grand nombre de personnes possible, soit plus de 2 800 familles, pour qu’elles puissent se nourrir dans les mois à venir, tout en relançant leur production agricole. Pour répondre au mieux à cette urgence alimentaire, nous mettons en place des distributions de semences et de vivres, en ciblant les familles les plus fragiles : familles nombreuses ou dont le chef de famille est une femme seule, par exemple.

 

Une mission d’urgence dans des conditions d’insécurité

Devant les pillages et les violences qui ciblaient particulièrement les personnes et les organisations disposant de moyens de transport, notre mission n’a eu d’autre choix que d’évacuer sa base de Bangui vers la Cameroun le 26 mars.* Le 10 avril, c’est notre équipe de Kabo qui a dû faire de même. Elles sont progressivement revenues sur le terrain. Il s’agit maintenant pour elles d’acheminer au plus vite vers Kabo l’aide destinée aux populations. Les pluies sont effectivement tombées plus tôt cette année. Il est donc d’autant plus urgent de commencer les distributions de semences pour qu’elles soient plantées à temps. Les semaines à venir sont cruciales. Rater ce cycle de culture serait catastrophique pour la population qui serait alors condamnée à survivre exclusivement grâce à une assistance alimentaire jusqu’à la récolte de la prochaine saison agricole, dans plus d’un an. Face à l’insécurité et à l’incapacité des ONG à accéder aux populations qui auront des conséquences humanitaires très graves, SOLIDARITÉ INTERNATIONAL appelle les parties en présence au respect des principes humanitaires, dont l’impartialité, afin que les ONG puissent mener leur action.

* Elle est revenue le 1er avril.

  • 4,6 millions d'habitants
  • 62,7 % de taux de pauvreté
  • 185ème sur 187 pays pour l'Indice de Développement Humain
  • 308 976 personnes secourues

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