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La République Démocratique du Congo face à une grande épidémie de choléra

Publié le vendredi 13 mars 2020

Depuis l’introduction du Vibrio cholerae en 1974, la République démocratique du Congo (RDC) subit des épidémies récurrentes chaque année. Le pays connaît actuellement la plus grande épidémie de choléra de son histoire depuis celle de 1994, au cours de laquelle plus de 50 000 personnes avaient été affectées dans des camps de réfugiés rwandais à Goma.

Par la Direction des Opérations RDC de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL

De 2013 à 2017, la République démocratique du Congo (RDC) a enregistré à elle seule environ 151 000 cas de choléra et 3 034 décès (38 % du total de cas et de décès déclarés par tout le continent africain), soit un taux de létalité de 1,9 %.

En 2016, une augmentation brutale du nombre de cas est constatée.  Une évolution correspondant à la flambée épidémique observée dans certaines provinces de l’ouest du pays dont Tshopo, Equateur, Mongala, Nord-Ubangi, Maï-Ndombe, Kinshasa et Kongo Central. Ces provinces ont connu, cette année-là, les plus grandes épidémies de ces cinq dernières années.

La flambée enregistrée en 2017 serait d’ailleurs une continuité de l’épidémie de 2016 qui n’avait pas été complètement maîtrisée, et s’est ensuite prolongée en 2018. Au cours de l’année 2018, 22 des 26 provinces qui composent la RDC ont déclaré des cas de choléra. Selon les rapports hebdomadaires de situation de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), 30 768 cas suspects et 972 décès (soit un taux de létalité de 3,16 %) ont été répertoriés sur les 12 mois.

Pour l’année 2019, un total de 30 304 cas suspects et 514 décès (soit un taux de létalité de 1,7 %) ont été enregistrés dans 23 des 26 provinces du pays. Comparé à la même période en 2018, on peut constater sur l’année 2019 une diminution de 1,5 % des cas répertoriés et de 47 % du nombre de décès. Cette diminution encourageante du taux de létalité doit maintenant être soutenue et pérennisée, sous peine d’une inversion prévisible de la tendance en cas de relâchement des efforts mis en œuvre pour lutter contre la maladie.

Toutefois, la moyenne des cas notifiés reste autour de 500 cas par semaine sur les trois dernières années, ce qui demeure largement au-dessus du seuil épidémique.

LES ZONES ENDÉMIQUES ET ÉPIDÉMIQUES DU CHOLÉRA EN RDC

En raison de leur proximité avec des zones lacustres, les régions de l’est du pays (Nord Kivu, Sud Kivu, Tanganyika, Haut Katanga, Haut Lomani) semblent particulièrement endémiques du Vibrio cholerae, du fait notamment de la pression démographique dans les agglomérations situées au bord des lacs.

En effet, sur l’année 2019, ces cinq provinces comptabilisent :

  • Sud Kivu : 26,3 % des cas notifiés et 8,2 % des décès
  • Nord Kivu : 21,5 % des cas notifiés et 9,7 % des décès
  • Tanganyika : 14,6 % des cas notifiés et 13 % des décès
  • Haut Katanga : 14,3 % des cas notifiés et 20,4 % des décès
  • Haut Lomani : 11,3 % des cas notifiés et 18 % des décès

Si, à elles seules, les provinces du Nord Kivu et Sud Kivu comptabilisent 47,8 % des cas de choléra répertoriés en RDC en 2019, le taux de létalité moyen n’y a atteint que 0,64 %. Cela confirme, entre autres, l’impact des interventions de riposte mises en place dans ces provinces ainsi que celui du renforcement des capacités des structures de santé dans la détection et la prise en charge des cas suspects.

Des interventions plus pérennes, de type “bouclier”, seraient désormais nécessaires pour endiguer les routes de contamination et réduire le nombre de cas déclarés, à travers une amélioration sur le long terme des infrastructures d’accès à l’eau potable et à l’assainissement et une sensibilisation plus efficace des populations concernées.

D’autant que le taux de létalité est beaucoup plus élevé dans certaines provinces plus rurales, dont le Kasaï Oriental (5,6 %), le Haut Lomani (2,7 %) ou encore le Tanganyika (1,5 %), ne bénéficiant pas de la même attention en matière de financement d’interventions de lutte contre le choléra, tant au niveau institutionnel qu’au niveau de la présence d’acteurs internationaux.

Par ailleurs, si près de 88 % des cas et 55 % des décès ont été rapportés dans les zones endémiques (principalement à l’est), les zones de santé dans les provinces de l’ouest et du centre du pays sont également touchées (notamment la région du Kasaï, le Kongo-Central et l’Equateur).

 

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