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Gaza : “Nous aidons les gens, mais nous sommes dans la même situation qu’eux”

Publié le vendredi 21 novembre 2025

Nesma était professeure, Heba ingénieure. Quant à Khaled, il est père de deux enfants. Tous les trois sont originaires de la bande de Gaza. Lorsque la guerre a éclaté, la population palestinienne a été plongée dans le chaos : plus d’1,9 million d’habitants ont dû fuir leur foyer et près de 70 000 personnes sont mortes. Nesma et Heba ont perdu leur travail, et Khaled peine désormais à nourrir sa famille. Alors qu’ils ont tout perdu, ils viennent en aide à leurs concitoyens aux côtés de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL. Des témoignages rares et poignants de celles et ceux qui agissent en première ligne 

Rencontre avec Nesma, responsable SERA dans la bande de Gaza 

(Cet entretien a été réalisé en mai dernier, en amont de la proposition du plan de paix pour Gaza) 

Palestine, bande de Gaza

Contexte et action
  • 2,1 millions d'habitants
  • 133ème sur 193 pays pour l'Indice de Développement Humain
  • 120 000 personnes bénéficiaires

Quelles sont vos fonctions chez SOLIDARITÉS INTERNATIONAL ? 

Je suis responsable SERA (Suivi, Évaluation, Redevabilité et Apprentissage) chez SOLIDARITÉS INTERNATIONAL. Je supervise nos projets, je collecte des données sur le terrain et je suis à l’écoute des commentaires des personnes que nous aidons. Avant cela, j’étais enseignante dans plusieurs lycées publics.  

Comment réussissez-vous à accomplir votre travail dans la situation actuelle, à Gaza ? 

Dans la situation actuelle, exercer mon métier est très difficile. Maman de sept enfants, je me lève très tôt chaque jour pour subvenir aux besoins de ma famille, veiller à la sécurité de mes enfants et leur apporter un soutien émotionnel. Malgré le blocus, la peur, la perte de nos proches et la faim, nous tenons bon. 

Pouvez-vous nous raconter une journée type de votre quotidien ? 

Je commence ma journée de travail chez SOLIDARITÉS INTERNATIONAL parfois sur le terrain, et parfois au bureau. Chaque jour est un défi à relever en raison des coupures d’électricité, de la mauvaise connexion Internet et du manque de moyens de transport. Quand je rentre chez moi, je reprends ma deuxième journée de travail en tant que mère. C’est épuisant, mais je tiens bon. 

Le fait de travailler dans l’humanitaire vous aide-t-il à affronter le quotidien ? 

Oui, travailler dans l’humanitaire me donne le sentiment d’être utile, surtout dans ces moments difficiles. Quand mes enfants ont peur, quand nous manquons de l’essentiel, mon travail me rappelle que je fais quelque chose qui compte. Cela me donne de la force et, parfois, c’est la seule chose qui me permet de ne pas perdre pied. 

Quelles sont vos conditions de vie à Gaza ?  

Les conditions de vie à Gaza sont extrêmement difficiles […]. Nous sommes souvent privés d’électricité et d’eau potable, et la nourriture est chère et difficile à trouver. Je m’inquiète constamment pour la sécurité et l’avenir de mes enfants. Nous vivons dans la peur, l’incertitude et l’épuisement émotionnel. Mais nous sommes solidaires les uns des autres, et j’essaie de garder espoir pour mes enfants. 

Rencontre avec Khaled, chargé « eau, hygiène et assainissement » dans la bande de Gaza

Rencontre avec Heba, mobilisatrice communautaire dans la bande de Gaza

(Cet entretien a été réalisé en mai dernier, en amont de la proposition du plan de paix pour Gaza).  

Quelles sont vos fonctions chez SOLIDARITÉS INTERNATIONAL ?  

Je suis mobilisatrice communautaire dans la bande de Gaza, j’informe les habitants de ce qu’on fait et j’encourage leur participation aux prises de décision. Avant la guerre, je travaillais comme ingénieure dans une entreprise qui installait des systèmes solaires. Mais deux mois après le début de la guerre, l’entreprise a été bombardée et j’ai perdu mon emploi. 

Comment réussissez-vous à accomplir votre travail dans la situation actuelle de Gaza ?  

Travailler dans une organisation humanitaire est très précieux. Nous aidons les gens, mais nous sommes dans la même situation qu’eux. C’est à double tranchant. Je suis très heureuse de les aider […]. Le revers de la médaille, c’est que je ressens leurs difficultés. Je rentre chez moi avec leur douleur et leur souffrance. Je n’ai pas de mots pour décrire ce sentiment. 

Pouvez-vous nous raconter une journée-type de votre quotidien ? 

Pour être honnête, je ne sais pas quoi répondre. Je me réveille, je me prépare, je vais au travail, je rentre chez moi, je mange. Le soir, j’essaie d’accéder à Internet pour suivre les informations. Puis je vais me coucher. Il n’y a rien à faire. On peut seulement aller se promener et parfois acheter du chocolat, quand il y en a. Mais les rues ne sont plus les mêmes. Avant, il y avait des arbres et des fleurs. Maintenant, on voit des personnes déplacées partout.  

Quelles sont vos conditions de vie à Gaza ? 

J’étais quelqu’un de très passionné, mais aujourd’hui, je veux juste survivre. J’ai l’impression que ça va durer toute ma vie. La maison de ma sœur a été détruite et maintenant elle est à la rue. Je me sens coupable, je voudrais aider mais je ne peux pas. Il n’y a ni nourriture, ni médicaments, ni abri. On a du mal à trouver de l’eau potable. À un moment, je vivais dans une tente. Je marchais 1h30 chaque jour pour me rendre sur mon lieu de travail […]. Je veux avoir la chance de vivre, mais je ne peux pas vivre à Gaza et je ne peux pas vivre ailleurs. 

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