Liban : semer les graines de l’espoir

Publié le mercredi 9 août 2017

En quête d’un meilleur avenir, les veuves syriennes réfugiées au Liban récoltent bien plus que des légumes dans leur jardin communautaire.

Forcées de quitter leur domicile et leurs proches, 30 veuves sont parties de Syrie avec leurs enfants et ont trouvé refuge dans une résidence solidaire à Abu Samra, dans le nord du Liban. Elles ont reçu un toit et des biens permettant de garder leur dignité. Très vite, le manque de revenus, les difficultés économiques et la vulnérabilité au harcèlement en dehors du complexe caractérisent leur quotidien, déjà alourdi par la charge d’élever des enfants seules dans un pays étranger.

Une récente évaluation des vulnérabilités menée auprès des réfugiés syriens au Liban a révélé que 93% d’entre eux souffraient d’une certaine forme d’insécurité alimentaire. 75% dépendent de sources de revenus peu durables comme la solidarité, l’endettement, les coupons alimentaires et le travail des enfants. Afin de pallier le manque de nourriture, les équipes de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL ont développé un projet pilote de micro-maraîchage à destination de 505 familles dans en milieux urbain, semi-urbain et informel, dans les zones de Minnieh, Denniye, Zgharta et Tripoli.

Liban maraichage staff
  • 5,5 millions d'habitants
  • 28,6% de taux de pauvreté
  • 72ème sur 187 pays pour l'Indice de Développement Humain
  • 75 000 personnes secourues

Améliorer la sécurité alimentaire

Les jardins ont été créés dans le but de réduire le fardeau financier causé par l’achat de nourriture, d’améliorer la qualité et la diversité des légumes consommés, mais aussi de renforcer l’indépendance de ces femmes. Le jardin est vite devenu un symbole d’espoir, car c’est leur projet avant tout.

‘’Nous sommes bienveillantes les unes envers les autres, explique Manal, mère de 6 enfants. On fait la cuisine, on fait tout ensemble. Cette union est une grande consolation pour tout ce que nous avons perdu.’’ Chacune son tour, les femmes plantent, arrosent, récoltent. Grâce à un manuel qui leur a été distribué, chacun des membres de la communauté a les connaissances pour participer au projet. ‘’Je fais le plus difficile : manger !’’ s’amuse Fatima, une mère de 3 enfants de 27 ans. La grave blessure au dos qu’elle a subi pendant la guerre l’empêche de jardiner, explique une amie. Elles ont dû s’organiser, avec un calendrier, pour s’assurer que chaque famille reçoive bien une part égale des récoltes, quelle que soit le niveau de participation.

Sahar, 4 enfants, était sceptique au début. ‘’Quand les équipes de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL ont émis cette idée, je me suis dit que nous n’avions pas la place d’installer un potager, entre tous ces immeubles, que ça n’allait rien donner ! Et puis tout un tas de légumes se sont mis à pousser, et nous voilà en train de récolter.’’ Les structures ont été conçues selon les besoins de chaque ménage, mais aussi en fonction des contraintes d’espace et d’eau, ainsi que des autorisations des propriétaires.

Liban bechage refugie

QUALITÉ ET QUANTITÉ

Sawsan, qui s’occupe de 3 garçons et d’une fille, est impatiente de nous montrer son maraîcher et chaque petite plante. ‘’Nous avons du persil, des concombres, des courgettes, du maïs, des radis, des oignons, de l’ail…’’ Certaines semences sont distribuées, d’autres sont le fruit de la créativité des familles. ‘’Le fait que les familles sèment leurs propres semences est un autre signe de succès, de la reproductibilité et de la transmission du projet,’’ soutient Rim Osman, responsable du programme.

Afin d’améliorer la qualité des denrées consommées, des tests ont été faits dans les pépinières pour sélectionner les meilleures semences. La distribution a ensuite pris 5 semaines, employant 10 personnes et la mobilisation de 6 camions chaque jour. Selon Sawsan, ‘’les légumes ont meilleur goût et une meilleure odeur que ceux du marché. En plus, on ne sait jamais quels produits ils mettent dedans !’’

Le marché le plus proche est à plusieurs pâtés de maison, ce qui représente un risque pour les femmes seules. Avoir un jardin chez elles leur permet de ne pas s’exposer seule. Sahar se souvient :

A l’extérieur, on sent que les gens cherchent à profiter de notre vulnérabilité, sous prétexte d’aider une pauvre mère seule. Ils voudront toujours quelque chose en retour. Je ne dis à personne que je suis veuve.

SEMER LES GRAINES DE L’AUTONOMIE

Le potager représente bien plus qu’une source d’alimentation, mais aussi une raison de se rassembler et d’accomplir des choses ensemble. En souvenir des jours meilleurs, et dans l’espoir d’un avenir plus clément. ‘’La plupart d’entre nous avaient des terres en Syrie, dit Sahar. Ce qu’il en reste aujourd’hui, c’est ce petit potager. En travaillant ici, nous sentons que nous accomplissons quelque chose.’’

Alors que les plants brisent la surface et créent de beaux potagers bien fournis, la lutte des Syriens réfugiés au Liban continue, dans l’espoir de connaître un sort aussi beau.

Le projet de micro-maraîchage permet d’aider près de 2500 personnes sur 57 sites, grâce au soutien de l’Ambassade de France et du Comité interministériel d’aide alimentaire (CIAA).

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