LIBAN : "Nous étions professeurs. Mais ça, c’était avant"

Publié lejeudi 12 décembre 2013

Depuis avril dernier, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL vient en aide aux réfugiés syriens des deux districts de Zgharta et Minieh-Denniyeh, dans le nord du pays. A leur situation déjà très critique -abris précaires, manque d’eau potable, d’hygiène, de nourriture- s’ajoute maintenant l’hiver et des températures qui descendent en dessous de 0°.

Reportage de Marine Pradel
‘’Nous voulons rentrer en Syrie.’’ C’est par cette phrase que les réfugiés syriens au Liban commencent souvent. L’expression d’une volonté, appuyée par une pression des mains ou un
regard fixe, qui sonne presque comme une formule introductive. ‘’Nous n’avons pas choisis d’être ici » insistent-ils. Eux, les 1 900 000 réfugiés syriens qui ont fui leur pays depuis le début du conflit au printemps 2011. Plus de 2 ans de guerre, et 6 000 personnes qui fuient la Syrie tous les jours, un rythme jamais atteint depuis le Rwanda. C’est le petit Liban qui paye proportionnellement le plus lourd tribut des convulsions de son voisin. Ils sont un million de Syriens selon l’ONU, de tous milieux sociaux, de tous âges, à s’être réfugiés au Liban. Bientôt, un libanais sur quatre sera un réfugié, dans un pays à peine plus grand que la Corse.

Dans le district de Minie, au nord du pays, des dizaines de milliers de personnes vivent désormais le long de la grande route côtière. Au nord-est, à 15 kilomètres à peine, la Syrie. Une quinzaine de familles se sont installées sur ce terrain, loué 100$ par foyer et par mois à un propriétaire de la région. Avec un revenu moyen par famille estimé à 150$ par mois, le loyer est le principal poste de dépense des réfugiés. Ce n’est malheureusement pas leur seul problème.

Fatima, venue de la banlieue de Homs, est là depuis un peu plus de quatre mois, fuyant les bombardements. Dans l’obscurité de sa tente, on compte neuf enfants. Sur la peau de sa fille, des taches rouges, comme des brûlures : ‘’L’eau est contaminée. Ce sont les enfants qui attrapent des maladies les premiers’’.

enfant voile vert liban

Les enfants, premières victimes des maladies

Le couple voisin est arrivé de Hama il y a 9 mois. Leur maison a disparu dans un nuage de poussière, sous une bombe larguée par l’aviation du régime. Le camion de Ziyad, chauffeur routier, a été confisqué par l’armée. Leur tente est vide. ‘’Le plus dur quand on devient réfugié et qu’on doit vivre dans des endroits comme ici, c’est l’hygiène, arriver à ne pas tomber malade ». Hélas, la partie est déjà presque perdue pour le jeune couple. Hana Rachet, leur bébé de 13 mois, les inquiète. Elle semble comme désarticulée, sa tête ne tient pas toute seule. Son regard est vide. ‘’Quand nous sommes partis de Syrie, elle avait juste de la fièvre. En arrivant ici, cela s’est propagé dans sa colonne vertébrale. Le médecin ne sait pas ce que c’est.’’ Ziyad a beau savoir que le mal de sa fille est plus complexe, il est en colère. Il soulève un pan de sa tente, découvrant un amas de détritus qui pourrissent au soleil : ‘’C’est à cause de toutes ces ordures, et de ces excréments’’.

Comme la plupart des réfugiés syriens, Yazi et Ziyad refusent de se laisser photographier. La peur d’être reconnus par des hommes du régime est trop forte. Un seul homme acceptera, mais de dos, et sous un nom d’emprunt : Muhammad. ‘’Nous étions des professeurs. Mais ça c’était avant. Nous sommes aujourd’hui des réfugiés‘’, lâche-t-il comme pour clore la conversation.

‘’Une crise sans précédent’’

Dans ces campements improvisés, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL apporte une aide d’urgence sur tous les fronts : eau, assainissement, sécurité alimentaire, hygiène, réhabilitation de logements. ‘’Quand nous sommes arrivés au Liban, en mars 2013, il y avait environ 16 000 réfugiés enregistrés dans ces deux districts, indique Jérôme Voisin, Coordinateur terrain. Aujourd’hui, ils sont plus de 43 000, soit presque trois fois plus !’’

SOLIDARITÉS INTERNATIONAL a tenu à mettre en place une réponse adaptée, presque au cas par cas, aux problèmes des réfugiés. ‘’Cette crise n’est pas une crise habituelle. La plupart des personnes à qui nous portons assistance avaient jusque-là un niveau de vie de classes moyennes dans un pays développé. Ils se retrouvent du jour au lendemain réfugiés, obligés de devoir survivre au jour le jour, or ces populations ne sont pas armées pour faire face à ce genre de situations.’’Liban 2013 09

Une observation qui se vérifie sur le terrain : ceux qui sont arrivés il y a un an avec des économies ont pu un temps louer un appartement. Mais aujourd’hui leurs ressources sont épuisées, car le coût de la vie est 40 à 50% plus cher au Liban qu’en Syrie et le marché des travaux journaliers ouvert aux Syriens est complètement saturé.

Des populations marginalisées de plus en plus vulnérables

SOLIDARITÉS INTERNATIONAL met un point d’honneur à impliquer les autorités et les populations locales dans l’assistance aux réfugiés. Comme dans ce campement situé dans le district de Zgharta. Pour s’y rendre, il faut prendre une petite rue en plein village, puis descendre à pic dans une cave. Les yeux mettent quelques temps à s’habituer à l’obscurité, et puis on les aperçoit : 80 personnes, surtout des femmes et des enfants, qui vivent là, à trois mètres sous terre, avec pour toute ouverture deux soupiraux et une grille de garage.

Ici, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL a installé des toilettes et fait poser des panneaux de contreplaqué pour que chaque famille puisse avoir un minimum d’intimité. Le propriétaire exige 600 dollars par mois pour ce réduit. ‘’Nous avons fait appel aux entreprises du coin pour effectuer les travaux de réhabilitation, explique Jérôme Voisin. L’idée étant que leur présence génère un surplus d’activité économique.’’ La solidarité dont a fait montre le Liban dans les deux premières années du conflit risque d’être mise à mal par le pourrissement de la situation en Syrie et le nombre toujours plus important de réfugiés arrivant sur son territoire chaque jour. L’arrivée de l’hiver fait craindre des situations d’extrême détresse pour les centaines de milliers de personnes vivant dans des tentes ou des immeubles en construction.

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