Liban : adapter la réponse humanitaire au contexte urbain

Publié lemercredi 27 juillet 2016

Depuis plusieurs années, les crises qui affectent les populations les plus vulnérables de par le monde se déroulent de plus en plus en contexte urbain. Cette tendance induit des problématiques et donc des réponses humanitaires spécifiques. Au Liban, auprès des réfugiés syriens, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL travaille à l’adaptation urbaine de son intervention. Manon Gallego, qui a déjà travaillé à plusieurs reprises sur des programmes en contexte urbain, notamment en Haïti ou en Côte d’Ivoire, est intervenue en tant que conseillère en approche urbaine.

Liban enfant ville

« La tendance est à l’urbanisation des crises parce que ce sont les populations elles-mêmes qui s’urbanisent depuis un certain nombre d’années. La conséquence directe est que les nouvelles crises et les conflits sont de plus en plus urbains. Les catastrophes naturelles ou les conflits, s’ils ont lieu en milieu rural, peuvent pousser les populations à fuir vers les villes considérées comme des lieux d’opportunités, où l’on y trouve travail et services. Si ces événements ont directement lieu en contexte urbain, cela crée des déplacements au sein même de la ville.

La spécificité des interventions en milieu urbain est que les populations concernées ne sont pas forcément urbaines à l’origine. Elles doivent faire un apprentissage accéléré des services et des codes de la ville. La ville est souvent dense et les différentes fonctions sont liées, ce qui peut poser aux populations rurales des difficultés d’insertion dans ce nouveau système qui n’est pas le leur.

L’autre particularité concerne la concentration des différents acteurs humanitaires dans ces milieux urbains. Pour être efficiente, l’action humanitaire doit être transversale et la réponse multisectorielle. Il est surtout essentiel d’assurer la coordination entre tous ces acteurs, pour éviter les doublons ou pire encore, de laisser certains besoins sans réponse.

liban enfant

Le contexte urbain : un véritable labyrinthe

Au Liban et plus spécifiquement à Tripoli, les infrastructures sont correctes, il y a déjà des réseaux d’eau ou électriques utilisables. Les réfugiés syriens ne vivent pas forcément dans des camps mais plutôt dans des immeubles inachevés, que les propriétaires louent tout de même pour commencer à gagner de l’argent avant la fin de la construction. Le travail de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL est de mettre en place les standards de base dans ces logements pour les rendre salubres.

Ces populations de réfugiés syriens sont également éparpillées dans différents quartiers de la ville. Cela pose des difficultés pour l’identification des personnes ainsi que des besoins. SOLIDARITÉS INTERNATIONAL a mis en place un processus d’évaluation quartier par quartier ou bâtiment par bâtiment et ce sont les équipes qui vont directement à la rencontre des réfugiés. Dans l’espace urbain, les personnes et les familles sont souvent isolées. Cet isolement est d’autant plus réel au Liban que ces réfugiés syriens n’ont pas réussi à instaurer une gouvernance suffisamment forte, menée par un ou des représentants, qui leur permettrait de s’exprimer à l’unisson, d’être entendus et d’obtenir une protection.

Pour faciliter l’identification de ces réfugiés « de l’ombre », une hotline permettant l’auto-référencement a été créée. L’individualisme que l’on pourrait imputer au contexte urbain peut conduire à l’isolement. D’autre part, et c’est l’avantage de l’espace citadin, il offre un certain anonymat qui peut aussi favoriser une forme de protection.

liban femme

Une approche contextuelle pour chaque projet

Mon rôle a été d’induire une approche urbaine dans les projets avec les spécificités que cela implique. Il est important de ne pas copier-coller un projet sous prétexte qu’il a fonctionné précédemment même s’il peut être difficile de sortir des méthodologies déjà préétablies. Qu’il ait fonctionné en zone rurale n’induit pas que ce sera le cas en zone urbaine. L’essentiel est de donner une réponse spécifique au contexte, comme il est bon de le faire pour chaque intervention d’aide humanitaire. »

© Photos : Vianney Le Caer / SOLIDARITÉS INTERNATIONAL

 

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