KENYA : Potagers urbains à Kibera

Publié lelundi 8 septembre 2014

Article paru dans la troisième édition du Baromètre de la Faim, publiée à l’occasion de la Journée Mondiale de l’Alimentation de 2013. Cette année, la JMA s’articule autour du thème suivant : « Des systèmes alimentaires durables au service de la sécurité alimentaire et de la nutrition ». Ce journal de 8 pages est le fruit d’un travail de réflexion et de rédaction inter-ONG auquel Solidarités International a participé.

Bidonville de Kibera, Nairobi, KenyaDans les ruelles de Kibera, le plus grand bidonville d’Afrique situé à Nairobi, capitale du Kenya, la promiscuité et le manque d’espace empêchent les habitants de cultiver de quoi se nourrir. N’ayant pas les moyens de s’acheter une nourriture suffisante, les habitants de Kibera souffrent de la faim et de la sous-alimentation. Pour combattre la malnutrition, une solution simple, peu coûteuse et porteuse d’avenir se développe : les sacs potagers.

Depuis quelques années, des dizaines de milliers de familles se nourrissent désormais grâce à l’agriculture en sac qui ne nécessite qu’un espace réduit et très peu d’eau pour cultiver des légumes. La recette : remplir le sac de terre, en prenant soin de disposer des pierres au centre pour que l’eau s’y infiltre, puis trouer le sac sur les côtés pour y planter, de haut en bas, différents légumes. Un moyen pour ces populations, bien souvent originaires de milieux ruraux, de diversifier leur alimentation, voire même de dégager un revenu en revendant leur surplus au marché.

Tout en alignant ses tomates, ses oignons et ses choux sur le petit étal de sa modeste boutique installée en plein coeur de Kibera, Lucie se confie : ‘’Je vis seule avec deux enfants. C’est une situation difficile à Kibera. Il y a cinq ans encore, ma vie était un enfer. Je ne survivais qu’en assurant des petites missions de ménagère. J’ai été victime de nombreux actes de violences et d’insultes. J’ai été jusqu’à mendier pour nourrir mes enfants… Je n’étais rien… juste le dernier maillon de la chaîne du bidonville. Lorsque les sacs potagers sont arrivés, j’ai très vite appris à cultiver et faire pousser des légumes. Je détiens désormais un savoir-faire précieux et j’ai réussi à ouvrir une petite échoppe. Aujourd’hui j’existe. Les voisins me respectent enfin et je n’ai plus honte. Je gagne 500 shillings [4,50 euros] par jour, mes enfants vont à l’école et sont bien nourris grâce à mon travail.’’

Potagers urbains, bidonville de Kibera, Nairobi, KenyaEn 5 ans, 45 000 familles kenyanes ont été équipées en sacs potagers : pour moins de 4 dollars d’investissement l’unité, ces sacs assurent le ravitaillement des foyers en légumes frais et constituent un gagne-pain pour les populations urbaines défavorisées. Un simple sac de toile rempli de terre et lesté de quelques pierres fournit à demeure légumes et crudités – reverdissant au passage un espace compté, et valorisant les populations marginalisées des bidonvilles qui croient désormais en leur capacité de pourvoir à leurs besoins alimentaires essentiels.

Un jardin potager solidaire en plein coeur de Paris

On retrouve ce sentiment de confiance en soi renouvelé et la satisfaction de cultiver ses légumes en plein cœur de Paris où se multiplient, depuis plusieurs années, des jardins urbains.

Ces jardins proposent aux personnes les plus marginalisées, des populations de jeunes handicapés, des mineurs migrants isolés, des sans domicile ou retraités isolés, ainsi qu’à toutes les personnes intéressées, de se retrouver chaque semaine autour du potager. Il n’est pas question ici de sacs potagers, mais de véritables parcelles de terre qui rappellent les jardins ouvriers dans les villes au XXème siècle, bien qu’on retrouve des systèmes de culture en sac identiques au détour d’une allée.

Dans un square du 11e arrondissement, l’association Culture(s) en Herbe(s) gère un jardin partagé qui porte plusieurs objectifs : écologique, pédagogique et social. Pour son fondateur, Kafui Kpodehoun, ‘’le travail de la terre permet aux citadins de découvrir ou redécouvrir sa fonction nourricière, le respect du vivant et la satisfaction de produire soi-même ses aliments. Pour une personne psychiquement fragilisée, travailler dans le jardin éveille ses sens, l’odorat, le goût et le toucher.’’ Au cour des séances de travail en commun, les participants échangent des savoir-faire, des expériences de vie au sein du carré potager ; discussions qu’ils poursuivent ensuite en dehors du jardin. Ces séances sont aussi l’occasion de se conseiller sur les manières de cuisiner et de rappeler à tous les bénéfices nutritionnels de tel ou tel légume. « Il n’y a pas de cours magistraux. L’accent est mis sur ‘‘l’apprendre ensemble’’, la production et l’échange de connaissances à travers l’entretien des plantes et l’observation de leur croissance. » Les légumes et les herbes aromatiques produits sont ensuite répartis entre les jardiniers en fonction des besoins et des envies de chacun. Les générations, les cultures et les origines, tant rurales que citadines, se mélangent dans ce petit jardin niché au cœur d’un square de quartier. Que chacun en prenne de la graine !

Potagers urbains, bidonville de Kibera, Nairobi, Kenya

  • 45,5 millions d'habitants
  • 45,9% de taux de pauvreté
  • 145ème sur 187 pays pour l'Indice de Développement Humain
  • 51 030 personnes secourues

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