« A Mossoul, l’eau potable est une question de survie »

Publié lejeudi 15 juin 2017

INTERVIEW Edouard Lagourgue, président de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL, est allé à la rencontre de nos équipes engagées à Mossoul, toujours assiégée, où elles fournissent chaque jour de l’eau potable à des dizaines de milliers de personnes.

À la rencontre de nos équipes

Parti sur le terrain à la rencontre de nos équipes, j’ai pris la route entre Erbil et Mossoul, faisant défiler un paysage de destruction. Villages vidés de leurs habitants, espaces fantômes, églises au clocher explosé, maisons incendiées ou en ruines… sont autant de témoins silencieux des violences vécues. Comme si on avait voulu éradiquer ce vivre ensemble, entre Sunnites, Shiites, Yaesidis, et Chrétiens, que j’ai connu pendant tant d’années comme humanitaire dans cette région. A l’approche de Mossoul, la route est bordée de camps dans lesquels se sont réfugiés les habitants de Mossoul et des villages meurtris des alentours. Dans la ville, le siège démarré en octobre se poursuit sur la partie Ouest, après que la rive Est du Tigre a été reprise à l’organisation Etat Islamique en février.

Nos actions à Mossoul sont au cœur des besoins et l’essence même de la mission de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL. Elles répondent à un besoin urgent : l’accès à l’eau potable.

Qui peut se passer d’un simple verre d’eau par plus de 40° à l’ombre ?

Au bout de mon voyage, j’ai rencontré des équipes professionnelles, engagées, efficaces, dont l’action est tournée vers celles et ceux qui ont besoin d’une aide humanitaire digne. Ces hommes et ces femmes, Irakiens ou Français, partagent ensemble ce besoin de se dépasser pour répondre à ces besoins vitaux. Des personnes animées par un idéal humanitaire partagé et une incroyable énergie à déployer des solutions simples, peu coûteuses et irremplaçables pour fournir de l’eau potable. Qui peut se passer d’un simple verre d’eau par plus de 40° à l’ombre ?

Une réponse vitale

À ces habitants de Mossoul, qui ont vécu la peur, le malheur, le chaos, le désordre permanent, nous apportons une réponse rythmée, quotidienne, vitale. Et ce, grâce à une station de potabilisation que nous avons montée à Hamam Al Alil, au sud de Mossoul, avec savoir-faire et détermination, et le soutien du Centre de Crise et de Soutien du Ministère des Affaires Etrangères (CDCS). Produisant chaque jour plus 420 000 litres d’eau pompés directement du fleuve Tigre, cette station fournit aujourd’hui en eau potabilisée deux camps de déplacés, l’hôpital de MSF, ainsi que le quartier de Wadi Hajar à Mossoul dans le sud-ouest de la ville, à quelque pas de la vieille ville, encore aux mains des combattants de l’Organisation Etat Islamique et où, on le sait, les habitants, piégés, en sont réduits à manger du carton ou de la farine et boire de l’eau saumâtre. Pour eux, impossible de fuir, sous peine d’être exécutés.

Station traitement Hamam Al Alil Irak Mossoul

Des besoins qui s’accroissent

« Il faut étendre notre action, doubler le nombre de nos points d’eau ! » C’est la première chose que m’ont dite les membres notre équipe qui gère la distribution d’eau potable à l’intérieur même de Mossoul. « Il faut produire plus, fournir plus car les besoins vont augmenter. » Du fait de la destruction des réseaux d’adduction de la ville, de la forte chaleur qui s’installe, mais aussi parce qu’à Mossoul la demande va augmenter sous l’effet des gens qui tenteront sans doute de regagner leur maison qu’ils ont fui une fois leur quartier repris par l’armée irakienne, en attendant que le danger s’éloigne. C’est pour cette raison que nos équipes d’Irak ont dessiné une nouvelle station, qu’ils vont installer à Abu Saïf, à l’entrée de la ville. Pour être plus près de Mossoul, là où sont ceux qui ont besoin de tout, fournir deux fois plus d’eau potable et couvrir jusqu’à deux autres quartiers supplémentaires.

J’en appelle aujourd’hui à une mobilisation urgente pour répondre à un droit fondamental, l’accès à l’eau potable.

Profondément touché par la détresse de ces gens sortant de l’enfer, j’ai eu l’occasion de saluer et encourager sur le terrain nos équipes en charge de notre première réponse humanitaire. Je tiens à saluer le courage de nos volontaires irakiens et français, frères en humanité, qui travaillent sans relâche sous un soleil de plomb et dans ce théâtre de désolation, à tirer de l’eau insalubre du Tigre, à la traiter et à la livrer à plus de 50 000 personnes. Assurant de bout en bout une parfaite et efficace distribution de premiers secours vitaux, ils font mon admiration. Je leur ai témoigné de toute notre reconnaissance. J’en appelle aujourd’hui à une mobilisation urgente pour répondre à un droit fondamental, l’accès à l’eau potable. Parce que l’eau c’est la vie, et qu’à Mossoul, c’est une question de survie.

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