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Haïti, octobre 2016 : le nouveau choc de l’ouragan Matthew

Publié le mercredi 8 janvier 2020

Dans la nuit du 3 au 4 octobre 2016, le sort s’acharne sur Haïti. L’ouragan Matthew, classé en catégorie 4 sur une échelle de 5, balaie le pays. Près de 500 personnes perdent la vie, 400 sont blessées et 175 000 se retrouvent sans abri. Les cultures ravagées font craindre la montée de l’insécurité alimentaire. Le nombre de cas suspects de choléra augmente de 40%.

 

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‘’Les tôles volaient dans tous les sens. J’ai tout perdu ’’

 

Mardi 4 octobre, Port-au-Prince. La nuit a été courte, violente et dévastatrice pour Jacqueline qui a tout perdu après le passage de l’ouragan. “ Pendant la tempête, j’ai eu très peur. Les tôles volaient dans tous les sens et le toit de ma maison a fini par s’envoler. À cause de la pluie qui tombait, ma maison a été très vite inondée. Aujourd’hui, je n’ai vraiment plus rien. Ni à manger, ni à boire. Mes voisins m’aident un peu, notamment pour acheter de l’eau au kiosque qui n’est pas loin. Mais l’eau n’est pas traitée. Elle n’est pas bonne et j’ai peur de tomber encore plus malade que je ne le suis déjà. Avant, j’allais à la source mais déjà à cause du tremblement de terre, elle donnait moins d’eau. Aujourd’hui, à cause de l’ouragan, il n’y a plus une goutte. Je suis fatiguée, malade et j’ai peur de ce qui va arriver demain. Je ne sais pas comment je vais faire pour m’en sortir. ”

Mercredi 5 octobre, première distribution humanitaire. Les premières nouvelles après le passage de l’ouragan ne sont pas bonnes. “Ça a tapé fort”, confirme le chef de mission de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL, Thibault Mayaud. Au lendemain du passage de Matthew, ses équipes sont déjà au travail. “Une première distribution de kits hygiène est réalisée en urgence dans le quartier de Cité Soleil à Port-au-Prince. 107 familles ont reçu ces kits.” Dans le sud et le sud-ouest du pays, les communications ne sont pas encore rétablies. Les routes sont coupées. À Petit Goave, le pont qui mène vers les zones les plus touchées a été emporté par les flots.

Jeudi 6 octobre, équipe d’urgence. Anne-Gaëlle Lebeau, coordinatrice de l’équipe d’urgence de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL, arrive à Port-au-Prince et part sans attendre dans le département des Nippes où peu d’acteurs humanitaires sont présents et en mesure de répondre aux besoins en eau et en assainissement. “Il y a des milliers de personnes sans-abri. Les gens n’ont plus accès à l’eau. Les réseaux ont été endommagés, voire totalement détruits par la violence du cyclone et de la mer qui est montée de plusieurs mètres. L’accès aux zones les plus reculées est encore impossible par endroits. Les premières évaluations nous font craindre une recrudescence du choléra. Une flambée épidémique serait dramatique. Il faut à tout prix contenir la maladie ”. Les jours suivants, les équipes de chlorateurs de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL se déploient sur le terrain pour aller désinfecter les foyers contaminés et identifier les points d’eau encore en fonctionnement. Chlore mais aussi filtres et tentes : un soutien est également apporté aux centres de santé qui accueillent les malades, et sont particulièrement affectés.

  • 11 millions d'habitants
  • 47,6% de taux de pauvreté
  • 169ème sur 189 pays pour l'Indice de Développement Humain
  • 372 704 personnes secourues

LA CRAINTE DE L’INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE

 Après le passage de Matthew, l’accès à la nourriture risque d’être compromis pour une grande majorité des Haïtiens. L’ouragan a dévasté les champs. Le manque de nourriture disponible en raison des cultures ravagées et du bétail décimé pourrait plonger un peu plus encore les Haïtiens dans la pauvreté.

“Certaines cultures venaient à peine d’être récoltées, quand les autres devaient l’être dans les semaines à venir. Les stocks de maïs ont été inondés, les bananeraies ont été balayées par les vents. Dans certaines zones, jusqu’à 80% de la production agricole a été détruite. Et déjà, les prix commencent à s’envoler. Certains parlent d’une augmentation de 30% du prix de la noix de coco. Insupportable pour une grande partie de la population dont les revenus sont extrêmement faibles ”, déplore Anne-Gaëlle Lebeau, coordinatrice de l’équipe d’urgence de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL.

Plus rien ne pousse ”

 

TÉMOIGNAGE

À l’image de nombreux Haïtiens, Guillaume, 33 ans, a tout perdu, y compris son potager, complètement détruit par l’Ouragan. “Comme beaucoup de mes voisins, ma maison est détruite et mes cultures aussi. La boue, le vent, la pluie… Plus rien ne pousse. Tout est détruit. Je n’ai plus de quoi manger. Ni pour ma femme, ni pour moi. Replanter ? Oui, on le fera. Mais cela va prendre du temps. Comme je n’avais aucune autre source de revenu, j’ai dû trouver un travail. Là, je prépare le foyer pour faire du charbon. Ça ne gagne pas beaucoup, mais ce sera suffisant pour au moins acheter de quoi manger ce soir. Mais avec les prix qui augmentent, se nourrir va devenir de plus en plus compliqué.”

haiti matthew

DES DISTRIBUTIONS ALIMENTAIRES INSUFFISANTES À LONG TERME.

Certes, il va y avoir des distributions de denrées alimentaires. Mais cette assistance, indispensable, n’est pas durable. Or, la sécurité alimentaire ne trouve de solutions que dans les programmes de moyen et de long termes. Il faudra évidemment distribuer des semences et du petit bétail, organiser des foires alimentaires de produits secs (huile, riz, haricots…), mais aussi aider les Haïtiens à déblayer leurs champs, à reconstruire leurs espaces de stockage… Des activités qu’ils n’auront pas les moyens humains et financiers de faire seuls,’’ souligne Anne-Gaëlle Lebeau. Déjà touchés par une sécheresse en 2015, qui avait affaibli leurs ressources, les Haïtiens deviennent encore plus vulnérables après les ravages de Matthew. Ils vont devoir faire face à la situation pendant de longues semaines avec la seule aide qui leur est apportée par les institutions et les organisations humanitaires.

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