Haïti : « La reconstruction urbaine doit être faite par et pour les gens »

Publié le lundi 12 janvier 2015

Géraldy Nogar est Adjoint au coordinateur urbain pour le projet de reconstruction de Christ Roi – Référent approche communautaire. Ici, il fait le bilan des cinq dernières années, charnières pour son pays, et pour lui.

Beaucoup de choses se sont passées depuis 2010. Après le 12 janvier, c’était l’horreur. Notre pays était à genoux. Personne ne savait quoi faire, c’était comme si c’était la fin du monde.

Depuis, les gens sont retournés dans leur quartier et nous, les Haïtiens, avons fait un bon bout de chemin. L’Etat se redresse un peu et la solidarité qui s’est créée par le séisme a débouché sur un effort collectif des institutions et des ONG à travailler ensemble. Mais nous savons que le chemin est encore long.

« La force de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL, c’est la volonté de mettre en avant la communauté »

A titre personnel, j’ai beaucoup changé depuis 2010 et mon arrivée chez SOLIDARITÉS INTERNATIONAL. Je suis passé de sensibilisateur terrain à aujourd’hui référent sur tous les aspects communautaires afférents aux programmes d’intervention de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL. J’ai beaucoup appris pendant cette période, au service de l’amélioration continue de notre intervention sur le terrain, et toujours au bénéfice des port-au-princiens.

Aujourd’hui, la force de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL, c’est cette volonté de mettre en avant la communauté, les gens. D’ailleurs dans notre programme de reconstruction du quartier de Christ Roi, nous essayons de ne pas parler de « bénéficiaires », ce qui est le mot employé habituellement par la communauté humanitaire pour désigner les personnes que nous cherchons à aider. Nous parlons simplement des gens, des habitants du quartier. Parce que nous ne sommes là que pour les accompagner, c’est leur implication et leur participation qui font le projet. Alors oui, ce n’est pas facile de mobiliser dans la durée. Mais aujourd’hui ça commence a porté ses fruits : on a des résultats concrets. A Christ Roi, ce sont les gens du quartier eux-mêmes qui, après plus d’un an de discussions collectives, ont décidé des chantiers prioritaires à mettre en œuvre pour relever leur quartier.

« Nous ne voulons pas aller vite ; l’important c’est que nos actions soient durables »

haïti fête Certes, on pourrait dire que la reconstruction n’avance pas assez vite. Mais nous ne voulons pas aller vite : on veut plutôt que les gens s’approprient chacune des démarches entreprises pour que tout ce qui est construit le soit durablement. C’est une stratégie qui coûte du temps, qui parfois crée de la tension, mais c’est cette dynamique qui est notre force aujourd’hui. C’est grâce à cette approche qu’on arrive aujourd’hui à ce qu’il y ait des actions concrètes et durables dans le quartier.

A Port-au-Prince, les contrastes sont toujours aussi forts. Le rythme de l’exode rural s’est ralenti mais perdure, les villageois venant grossir les bidonvilles. La capitale est une marmite bouillante. Avec notre approche communautaire, on arrive à connecter l’informel au formel, à réduire les risques et à faciliter les relations entre les pouvoirs publics et la communauté.

« Ce que je veux pour ma ville, mon pays – et pour moi »

J’espère que ce sera une approche qui fera tâche d’huile et permettra ainsi des changements notables. C’est ce que je veux pour ma ville, pour mon pays aujourd’hui, c’est en ça que je crois. Une approche communautaire et participative respectant le cadre posé par les autorités, pour arriver à une démarche territoriale contrôlée par l’Etat, avec des espaces sécurisés pour les gens qui y vivent.

Les cinq prochaines années vont être cruciales pour la problématique urbaine en Haïti. Moi je veux participer à ça, à cette dynamique positive. Je vais d’ailleurs commencer un Master en aménagement du territoire à distance avec l’université de Franche Comté. Je veux m’armer pour ce combat !

  • 10,5 millions d'habitants
  • 58,6% de taux de pauvreté
  • 168ème sur 187 pays pour l'Indice de Développement Humain
  • 530 077 personnes secourues