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Haïti, 12 janvier 2010, 16h53 : quand tout a basculé

Publié le mercredi 8 janvier 2020

Le 12 janvier 2010, un séisme de magnitude 7,3 sur l’échelle de Richter est enregistré à seulement 17 km à l’ouest de Port-au-Prince. Frappant la zone la plus peuplée de l’île, il provoque la mort de quelque 220 000 personnes et en blesse 300 000 autres. Près de 100 000 immeubles, 250 000 maisons et 30 000 commerces sont détruits. Dans la capitale, 1,5 million de sinistrés se retrouvent sans abri et sous le choc.

 

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‘’ Sachez que pour chaque Haïtien, il y a un avant et un après 12 janvier ’’

TÉMOIGNAGE.

Ancien responsable terrain et approche communautaire pour SOLIDARITÉS INTERNATIONAL, Géraldy Nogar, 27 ans, témoigne de la violence du séisme. ‘’Je sais que vous avez suivi notre drame sur votre poste de télévision. Mais peu d’entre vous ont entendu quelqu’un qui a vécu ce tremblement de terre et qui y a survécu. Sachez que pour chaque Haïtien, il y a un avant et un après le 12 janvier.’’ 

Avant le 12 janvier, j’étais sociologue. Je travaillais pour un institut de recherche et menais des enquêtes de terrain en relations sociales. Le 12, je finissais le rapport final de ma mission chez un ami quand le sol a commencé à trembler. Il était 16h53 quand nous avons ressenti les premières secousses. Elles ressemblaient à ce qui s’était passé en 2008, mais elles ont augmenté en intensité. Le bruit au loin s’est transformé en vague. J’ai tenté de me lever pour sortir, mais une force invisible m’a cloué sur ma chaise. Le mur s’est fissuré comme une toile qui se déchire. Tout le monde a alors eu le même réflexe, aussi spontané qu’étrange : celui de sortir dans la rue. Alors que d’ordinaire, en cas de fortes pluies, de grand vent, quand il y a des tirs, c’est exactement l’inverse : nous rentrons.

  • 11 millions d'habitants
  • 47,6% de taux de pauvreté
  • 168ème sur 187 pays pour l'Indice de Développement Humain
  • 372 704 personnes secourues

Je me suis retrouvé comme tout le monde sur cette grande place. Les gens tremblaient, pleuraient, criaient, en appelaient au Seigneur à chaque réplique. Nous n’avions jamais vécu une telle expérience. Nous n’avions reçu aucune explication à l’école. Dans notre ignorance, nous avons cru que ce phénomène s’était limité à notre quartier. Nous n’avons compris l’ampleur du drame que par la seule radio qui continuait à émettre.

J’ai tenté de rentrer chez moi à pied. Je marchais sur des rigoles de sang. J’entendais les gens coincés sous les décombres appeler à l’aide. Ils souffraient, j’étais impuissant. Je n’ai pas pu continuer et devant l’horreur, j’ai fait demi-tour. Cette nuit-là, nous avons tous dormi à la belle étoile. Le lendemain, l’odeur de la mort est devenue très forte. Les corps gonflaient, se putréfiaient. Ensemble, nous avons commencé à former des charniers. J’ai encore en tête l’arrivée des premiers camions venus de République dominicaine pour transporter les cadavres jusqu’à des fosses communes, et de ces bulldozers qui poussaient les corps. Pendant deux ou trois jours, tout le monde a perdu le contrôle. C’était le néant. Mais l’instinct de survie a pris le dessus. Il y a eu une solidarité sans faille.

RÉPONSE D’URGENCE ET PREMIERS PAS VERS LA RECONSTRUCTION

Dès janvier 2010, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL intervient auprès des victimes du séisme, d’abord dans les sites de déplacés de Port-au-Prince, puis dans la région des Mornes, via des programmes d’amélioration de l’accès à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement, et de sécurité alimentaire. Très vite, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL se mobilise également pour répondre aux besoins de reconstruction du pays, en participant notamment au projet d’aménagement urbain et de développement économique du quartier de Christ Roi à Port-au-Prince. Nos équipes sécurisent une ravine sur plus de 500 mètres et reconstruisent des espaces publics en proposant aux communautés des activités de déblaiement, mais aussi en réhabilitant des infrastructures hydrauliques, et en mettant en place des systèmes d’alerte en cas de cyclone et de séisme.

TÉMOIGNAGE

Fabrice Perrot, ancien coordinateur du programme d’appui au retour de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL : ‘‘La première étape de notre mission a été de renforcer les comités qui se sont formés au sein de la population pour organiser la vie quotidienne. Nous avons défini ensemble les zones prioritaires de déblaiement et répertorié les maisons habitables. Pour favoriser une réinstallation durable des populations dans leur quartier, nous avons pris en compte l’ensemble des besoins des populations dans une approche globale : eau, assainissement, habitat, alimentation, sécurité… afin qu’elles aient accès à des services de base et qu’elle se sentent suffisamment en sécurité pour rentrer chez elles.’’

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