Sylvain Marilleau – « L’Afghanistan, la plus belle tranche de ma vie »

Publié le jeudi 9 juillet 2015

Sylvain, chef de projet a passé quatre ans dans la province de Bamyan et nous livre son expérience.

Comment as-tu fait tes débuts d’humanitaire ?

J’ai effectué ma première mission humanitaire en Afghanistan à partir de 2003. J’ai passé quatre ans dans la province de Bamyan, dont deux sur la base de Yakawlang en tant que chef de projet. D’ailleurs à cette époque SOLIDARITÉS INTERNATIONAL était parmi les seuls intervenants humanitaires dans la province.

afghanistan humanitaire

J’étais responsable d’un projet de relance agricole qui faisait suite aux incursions talibanes dans le district. On m’a confié de vraies responsabilités et on m’a fait confiance dès le début pour mener à bien mes missions. Les conditions de sécurité d’alors (entre 2002 et 2008) permettaient de mener une vie presque normale, de profiter des attraits du pays et de rester longtemps en poste, ce qui permettait aussi d’apprendre la langue, le persan afghan, en ce qui me concerne avec le cuisinier de l’équipe !

Depuis 2011 et après d’autres postes en mission longue durée, je partage mon temps entre des activités agricoles dans le sud de la France et des missions courtes de diagnostic, de coaching ou d’évaluation de projets ruraux. Dans ce cadre, je me rends fréquemment en Afghanistan, plusieurs fois par an, le plus souvent pour SI, mais parfois pour d’autres associations.

Quel souvenir gardes-tu de cette expérience ?

J’ai un véritable attachement à SOLIDARITÉS INTERNATIONAL, qui trouve ses origines  dans ces années passées en Afghanistan. J’y ai vécu des années magnifiques, par la  combinaison de projets cohérents, d’équipes expatriées et locales stables et avec  lesquelles il était possible de construire sur la durée, mais aussi de vivre paisiblement  dans un cadre naturel inégalable de beauté que je n’ai jamais retrouvé ailleurs. En outre,    pour ma part, Je ne me suis pas lassé de l’hospitalité et la politesse, parfois excessive, des  Afghans !
En Afghanistan, on avait la chance d’avoir non seulement les montagnes qui nous dominaient par leur  majesté, mais on pouvait aussi aller chatouiller leurs flancs de nos pieds – et ça reste le cas, même si  on est un peu moins à l’aise aujourd’hui. Dans les années 2000, on menait une vie plus ou moins    normale dans la région de Bamyan.

« J’ai rencontré la femmee de ma vie là-bas »

J’habitais une maison isolée à 500 mètres de notre bureau et je faisais le trajet quotidiennement à vélo. Le vendredi, jour de repos, on faisait de multiples randonnées, des sorties aux lacs de Band-e Amir… On jouait aussi au foot avec les jeunes Afghans.
J’ai également rencontré la femme de ma vie là-bas, qui travaillait aussi pour SOLIDARITÉS INTERNATIONAL. Nous nous sommes mariés sur les rives des lacs de Band-e Amir avec toutes les équipes, réunies pour l’occasion. Puis, en guise de lune de miel, nous avons relié, à pied et en une semaine, les différentes bases des projets en Hazaradjat en dormant chez l’habitant. C’était alors un au revoir au pays, aux équipes et une belle manière de croiser, chemin faisant, une partie des paysans avec lesquels nous avions travaillés. Honnêtement, il s’agit de la plus belle tranche de ma vie, et je dis ça sans hésitation.

Quelle relation avais-tu avec tes collaborateurs afghans ?

Nous avons une équipe très fidèle, notamment sur des postes clé. C’est très encourageant. Il y a les « anciens » qui sont là depuis des années, qui constituent le fil rouge indispensable à la cohérence des interventions de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL sur la durée. Ils assurent la continuité des projets et la stabilité de la mission. Ils représentent également un véritable atout au niveau des relations avec les autorités nationales et locales, qui leur font confiance et de fait aussi à SOLIDARITÉS INTERNATIONAL. D’autre part, la politique de nationalisation des postes clés initiée par SOLIDARITÉS INTERNATIONAL depuis quelques années commence réellement à porter ses fruits aujourd’hui.
En parallèle, il y a toute une nouvelle génération qui a un excellent niveau d’études et débute en fait son activité professionnelle chez SOLIDARITÉS INTERNATIONAL. Il s’agit de jeunes gens dont les familles se sont pour la plupart exilées au Pakistan ou en Inde pendant les années de guerre. L’équipe nationale de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL est donc constituée de de plus en plus de jeunes diplômés qui ont fait des études en économie, géographie, sociologie . . . Ils ont moins le profil technique que l’on peut trouver traditionnellement, mais sont dotés d’un niveau d’éducation très élevé qu’ils ont envie de mettre au profit de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL. De fait, ils représentent un vrai atout car l’animation et la médiation sont des éléments essentiels de notre action désormais. Cette nouvelle vague récemment recrutée est généralement douée et motivé ; ces jeunes souhaitent rester chez SOLIDARITÉS INTERNATIONAL mais ils ont aussi et évidemment le désir de progresser en grade rapidement. Ils peuvent être aussi parfois à l’origine d’initiatives intéressantes car ils veulent contribuer au développement de l’organisation.A nous de les fidéliser ! Certains ont travaillé avec Shafi, anciennement Coordinateur Logistique sur la mission, qui est venu suivre une formation en France au siège, et qui est maintenant au Sud Soudan en tant qu’expatrié . J’ai entendu dire plus d’une fois, « Ce dont je rêve, c’est de faire comme Shafi ! »

Quelle est la place des femmes chez SOLIDARITÉS INTERNATIONAL en Afghanistan ?

Depuis le début de mon engagement auprès de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL, je constate dans la zone shiite où nous travaillons une évolution sociale indéniable des femmes dans la société locale- mais également dans la manière dont nous cherchons à les inclure dans nos activités. SOLIDARITÉS INTERNATIONAL a su proposer plus d’opportunités professionnelles à des femmes et au fil des ans, nous avons inclus de plus en plus de salariées femmes dans nos équipes. Je me souviens qu’il y a 12 ans, nous avions une seule femme dans l’équipe, et c’était déjà une révolution ! Aujourd’hui, les femmes représentent un bon tiers de des salariés de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL.

Il faut désormais mieux les former en interne afin qu’elles puissent également occuper des postes à responsabilité. À ce stade, elles sont pleinement impliquées dans la mise en place des projets, mais elles n’ont pas de rôle décisionnel. On se doit de leur donner cette possibilité, au même titre que leurs collègues masculins, pour qu’elles deviennent justement force de proposition dans nos activités. Dans la Province de Bamyan, les conditions sont réunies pour ce soit possible, ce qui influera positivement sur notre accès aux femmes afghanes et la pertinence d’actions cherchant à les émanciper concrètement au sein de leur communauté, au-delà du discours démagogique sur le genre.

© Sylvain MARILLEAU

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