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Le retour forcé des Afghans d’Iran

Publié le mercredi 28 janvier 2026

En mai 2025, les autorités iraniennes ont lancé un ultimatum ordonnant aux 4 millions d’Afghans de quitter le pays. Ce fut le déclenchement d’un exode aussi violent que massif. À ce jour, plus de 1,5 million de personnes ont déjà été renvoyées vers l’Afghanistan, ce sont les retournés.

Dans un pays où 22 millions de personnes ont besoin de recevoir une aide humanitaire, ce mouvement de population représente un choc immense, d’autant plus qu’il intervient au moment où le secteur humanitaire fait face à d’énormes remises en cause : en avril 2025, les États-Unis ont cessé l’intégralité de leurs financements, qui représentaient à eux seuls 40 % de l’aide internationale dans le pays. 

Un exode contraint : “Revenir n’a jamais été un choix” 

L’histoire mouvementée de l’Afghanistan a régulièrement provoqué des migrations notamment au moment de la guerre civile des années 90. Beaucoup vivaient donc en Iran depuis plus de trente ans ; certains n’avaient plus aucun lien avec leur pays d’origine. À cela s’ajoutent un million de nouveaux arrivants qui ont fui la prise de pouvoir des Talibans en 2021. 

L’été dernier, lorsque les expulsions d’Afghans réfugiés en Iran se sont accélérées, militarisées et brutaliséesle choc a été total. « Certaines familles ont reçu un appel leur disant qu’un proche avait été arrêté sur son lieu de travail, et qu’elles avaient quelques heures pour se présenter au centre de détention et quitter le pays », explique Abdul Malek Sediqi, gestionnaire de programme à Nimroz pour SOLIDARITÉS INTERNATIONAL. D’autres subissent des détentions pour vérification de leurs papiers que peuvent durer de 24 heures à une semaine, sans eau saine ni toilettes appropriées, au soleil même l’été, avant d’être déportées.  

À la frontière, la situation est dramatique. Certaines journées enregistrent plus de 50 000 nouveaux arrivantsLes personnes sont choquées, désespérées, fatiguées, souvent déshydratées et dépourvues d’argent. Les femmes sont inquiètes des discriminations qu’elles vont subir, et leur habillement – jugé inapproprié dans le contexte afghan – pose parfois problème dès les premières heuresRevenir n’est pas un choix.  

  • 44 millions d'habitants
  • 182ème sur 193 pays pour l'Indice de Développement Humain
  • 136 850 personnes bénéficiaires

Accueillir les personnes dès leur arrivée à la frontière 

C’est dans ce chaos que, le 1ᵉʳ juillet 2025, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL a reçu une alerte : des milliers de personnes étaient déposées par les autorités iraniennes au poste frontalier de Milak, à côté de la petite ville de Nimroz.  

« Quand nous sommes arrivés sur place, il n’y avait pratiquement rien : six ou sept latrines pour des milliers de personnes, de l’eau payante et pas toujours saine, aucune ombre, des températures de plus de 42 °C », raconte Abdul Malek Sediqi. La plupart des retournés passent au moins une nuit dehors au poste frontière, dans des conditions dangereuses pour leur santé et leur intégrité. C’est pourquoi SOLIDARITÉS INTERNATIONAL a choisi d’implanter ses actions à Nimroz et Herat, les deux points frontaliers formels avec l’Iran. Nos équipes apportent de l’eau potable et gratuite par camion, ainsi que des blocs de glace pour la refroidir. En effet, avec des températures de 40 à 50°, l’eau n’est rapidement plus utilisable pour la boisson ni pour l’hygiène du corps.  « Il fallait agir vite pour éviter un risque épidémique et répondre aux besoins essentiels : boire, se laver, se protéger du chaud comme du froid », explique le gestionnaire de programme. Des conteneurs sanitaires complets ont ainsi été installés, qui comportent des toilettes, des lavabos, et des accès pour les personnes handicapées. Les fosses septiques ont également été vidangées.  

© Abdul Fahim Ahmadi / SOLIDARITÉS INTERNATIONAL

Un avenir suspendu 

Malgré ces conditions difficiles et en l’absence de liens avec leur village d’origine, certains préfèrent rester à Nimroz, car cette ville dynamique permet de trouver un travail journalier dans la construction. Beaucoup cherchent aussi l’opportunité de retourner en Iran, pays dans lequel ils ont dû laisser leur emploi, leur compte bancaire, et leurs projets d’avenir. Ainsi se créent des quartiers informels, dans lesquels SOLIDARITÉS INTERNATIONAL distribue de l’eau potable, des bâches, ainsi qu’une aide financière. 

Si les expulsions se poursuivent à un rythme moins marqué actuellement, une reprise sévère est attendue mi-mars, à la fin du Ramadan. Malgré la fin des financements américains de l’aide humanitaire, les équipes de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL restent mobilisées pour soutenir les personnes qui subissent ces retours forcés depuis l’Iran.  

Avec le soutien de l’Union européenne.

Photo d’en-tête : © Abdul Fahim Ahmadi / SOLIDARITÉS INTERNATIONAL

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