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Soudan : les déplacés de Gedaref face au défi de l’eau

Publié le vendredi 31 mai 2024

À Gedaref, comme partout au Soudan où la guerre n’est pas, la solidarité s’organise autour des civils déplacés qui ont fui et continuent de fuir les combats entre les Forces de soutien rapide et les Forces armées soudanaises. Mais quand plus de 492 000 personnes s’installent dans une même région en tout juste plus d’un an, les besoins de base explosent et les infrastructures déjà fragiles ne suivent pas le rythme. Pour la population locale comme pour les personnes déplacées, avoir accès à de l’eau potable et à une hygiène suffisante devient un défi et, dans de telles conditions, le choléra gagne du terrain. SOLIDARITÉS INTERNATIONAL intervient au Soudan depuis 2020 et tant qu’il le faudra.  

« La base de Gedaref allait fermer en avril 2023 car les besoins humanitaires étaient moins importants », se souvient Canelle Kraft, coordinatrice terrain à l’est du Soudan. Pourtant ce départ n’a jamais eu lieu et quelques mois plus tard, en septembre, les premiers déplacés sont arrivés. Mais le 15 décembre, les affrontements gagnent la ville voisine de Wad Madani et les civils affluent par dizaines de milliers dans l’Etat de Gedaref où, à l’exception de quelques incidents sécuritaires, la situation est stable. Stable durablement ? À cette question, Canelle répondait « C’est la guerre. Donc on ne sait jamais, tout peut arriver. »  

Sauf si l’avancée des lignes de front les y obligent, les déplacés ne veulent plus prendre la route. Car pour beaucoup, c’est déjà le deuxième voyage successif, après avoir échappé aux combats de la capitale Khartoum en avril, puis à ceux de Wad Madani où ils pensaient avoir trouvé refuge. À chaque reprise, il leur faut marcher pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, quelquefois sans eau potable ni nourriture. Entre Khartoum et Gedaref, il y a plus de 400 kilomètres. Une fois arrivés, la plupart sont accueillis au sein de la communauté locale. « À Gedaref, chacun accueille des déplacés chez soi, parfois dix personnes pendant des mois », remarque Canelle. Mais quand la place manque, certains n’ont d’autre choix que de dormir à même le sol, dans les salles de classe des écoles vidées de leurs mobiliers, ou dehors dans des camps, avec ou sans abris.  

  • 43 millions d'habitants
  • 172ème sur 191 pays pour l'Indice de Développement Humain
  • 21 000 personnes bénéficiaires

Si l’hébergement est une préoccupation majeure, le manque d’eau l’est tout autant. Dans les lieux de regroupement des personnes déplacées, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL a mené diverses actions, par exemple dans la sous-région de Wasat al Gedaref, où les réservoirs des écoles du village d’UmGulja ont été réparés avant que de l’eau ne soit acheminée par camions-citernes. La ressource est indispensable pour satisfaire les besoins fondamentaux mais aussi pour endiguer l’épidémie de choléra, déclarée en septembre dernier. Cette maladie est hautement contagieuse lorsque l’accès à l’eau potable et à des installations d’assainissement n’est pas garanti. C’est pour cette raison que notre ONG y a prêté une attention particulière, en installant des points d’eau pour le lavage des mains, en construisant / réparant des latrines et en formant à leur désinfection, ou en distribuant plusieurs kits d’hygiène et presque 5 000 savons. Mais pour expliquer toutes ces mesures, des séances de sensibilisation sont essentielles. « Nous avons chloré 120 points d’eau. Mais certains propriétaires de donkey carts, ces charrettes tirées par un âne qui transportent un baril pour remplir les jerricans des particuliers, refusaient que l’on chlore leur cuve. Ils avaient peur de ne pas réussir à vendre l’eau car les gens n’aimaient pas le goût et pensaient que c’était cela qui les rendait malades. Nous avons donc adapté le dosage », confie Canelle. Grâce à ce travail mené en lien avec le Ministère de la santé et des partenaires locaux, l’épidémie de choléra semble contenue : le centre de prise en charge de Gedaref accueille aujourd’hui une dizaine de cas par semaine, alors qu’ils étaient une centaine par jour il y a quelques mois.  

Cette accalmie sera peut-être de courte durée. Canelle craint l’arrivée de la saison des pluies fin mai qui multipliera les étendues d’eau stagnante et, par voie de conséquence, les moustiques infectés par la dengue ou la malaria. Elle redoute cette période d’autant plus que 70 000 personnes supplémentaires risquent de se retrouver sans abris à partir du 26 mai en raison de la réouverture des 1 064 écoles de l’Etat de Gedaref, dont un tiers sont aujourd’hui occupées par des déplacés. 

Si les autorités comptent sur la population locale pour accueillir celles et ceux qui se retrouveront bientôt sans toit au-dessus de la tête, l’entraide communautaire ne suffit parfois pas à couvrir l’ensemble des besoins. SOLIDARITÉS INTERNATIONAL réitère son engagement auprès de tous civils qui souffrent des conséquences du conflit.  

Les projets mis en place par SOLIDARITÉS INTERNATIONAL dans l’Etat de Gedaref sont soutenus par le Fonds Humanitaire du Soudan.

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