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REPORTAGE : double explosion à Beyrouth

Publié le jeudi 17 septembre 2020

URGENCE Après la double explosion qui a dévasté plusieurs quartiers de Beyrouth le 4 août dernier, nos équipes ont distribué des kits abris à des habitants sinistrés. Encore secoués, ils témoignent de leur difficulté à faire face dans un contexte de grave crise économique.

Beyrouth explosion

Deux semaines après la catastrophe, la vie reprend tant bien que mal. La mobilisation de la société civile libanaise a permis de parer au plus urgent. Mais les stigmates de la double explosion qui a frappé le port de la ville le 4 août 2020 sont toujours visibles. Par ici, des amas de gravats et de débris de verre. Par-là, des voitures endommagées abandonnées par leurs propriétaires. À chaque coin de rue, les rideaux mécaniques enfoncés des commerces et les façades dévastées des immeubles témoignent de la violence du choc.

Trop vétustes, certains bâtiments se sont effondrés. D’autres sont éventrés, laissant entrevoir des pièces intérieures au mobilier saccagé.

Scène ahurissante : depuis la rue, on peut parfois croiser dans les étages la silhouette d’un ouvrier en train de s’affairer au milieu de ce spectacle de désolation. Les dégâts sont également considérables sur les structures les plus modernes proches du port : pas une fenêtre ni baie vitrée ne semble avoir résisté à l’onde de choc.

Toutes les entrées et les fenêtres ont été soufflées par l’explosion

Situé à moins d’1 kilomètre du port, le quartier de Gemmayzé a particulièrement été touché. Certains habitants sinistrés ont trouvé refuge chez des proches, mais d’autres ont préféré rester ou n’ont tout simplement nulle part ailleurs où aller.

  • 5,5 millions d'habitants
  • 28,6% de taux de pauvreté
  • 72ème sur 187 pays pour l'Indice de Développement Humain
  • 75 000 personnes secourues

‘’Les personnes qu’on assiste sont assez vulnérables. Il y a beaucoup de personnes âgées, beaucoup de personnes qui ne peuvent pas partir parce que toutes les entrées et fenêtres de leur maison ont été soufflées par l’explosion’’, explique Vianney Bezard-Falgas, membre de notre équipe d’urgence envoyé sur place.

Pour leur venir en aide, les équipes de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL leur distribuent des kits abris : bâches en plastique, planches, boîtes à outils… ‘’Il s’agit vraiment des produits de base nécessaires pour couvrir les portes et les fenêtres. Il y a des lots de bâches qui sont très résistantes et qui permettront notamment de protéger les habitants contre la pluie et les intempéries’’, précise Vianney Bezard-Falgas. Alors que la crise du Covid-19 touche le pays, nos équipes sont munies de masques et prennent soin d’appliquer les mesures de distanciation physique nécessaires pendant les distributions.

Des habitants sous le choc

Ces distributions sont l’occasion de recueillir le témoignage des habitants. Chez la plupart d’entre eux, l’émotion est encore vive. Quand l’explosion a eu lieu, ‘’je me suis retrouvée sous mon bureau, les mains sur les yeux et j’ai senti que j’attendais la mort. Malgré tout ce qu’on a eu durant la guerre civile, les bombardements, les bombes d’avions, tout, on n’a jamais eu autant de dégâts’’, confie Rim. Sous ses airs pimpants, cette Beyrouthine de 49 ans admet être toujours sous le choc. ‘’Je suis médecin, je dois rester forte, mais la nuit, je me réveille en pleurs. D’habitude, c’est mon métier d’aider les gens. Aujourd’hui, j’en suis incapable’’, regrette-t-elle.

On a passé 15 ans dans la guerre, mais ça n’a jamais été comme ça.

bénéficiaire Rim

Même désœuvrement, une rue plus loin, pour Sharbel et Liliane, un couple de retraités qui vit dans le quartier depuis 60 ans. Au moment de l’explosion, ‘’ma femme était en train de donner des cours au fils de notre voisin. Moi, j’étais dans la chambre. Nous avons entendu un énorme bruit. J’ai dit à ma femme de ne pas s’en faire. Mais soudain, tout a explosé. En cinq secondes, tout a basculé. On voyait la vie en rose et elle est devenue noire’’, raconte Sharbel. Légèrement blessé à l’avant-bras par des éclats de verre, il porte encore un bandage. ‘’Moi, j’ai été propulsée à plusieurs mètres. Le petit garçon s’est réfugié sous la table. Il a miraculeusement été protégé. Il y avait tellement de verre brisé partout. Je ne sais pas comment j’ai fait pour n’avoir que de petites égratignures’’, poursuit Liliane.

Comme Rim, Sharbel insiste sur le caractère inédit de ce drame pour les Libanais. ‘’On a passé 15 ans dans la guerre, mais ça n’a jamais été comme ça. Cette explosion a tout changé. Ce ne sera jamais plus pareil’’, tranche-t-il.

Des réparations compliquées

Le choc est d’autant plus difficile à surmonter qu’une grave crise économique mine le pays depuis plusieurs mois. À cause de la dévaluation de la livre libanaise et de la mise en place de restrictions sur les retraits d’argent, la plupart des habitants sinistrés se retrouvent dans l’incapacité de financer les réparations. ‘’Les premiers jours, on a tout déblayé mais maintenant, comment on va faire ?’’, s’interroge Liliane. ‘’On est démoralisé. On a travaillé toute notre vie et maintenant on doit attendre l’aide des associations’’, déplore Sharbel. ‘’On a besoin d’une reconstruction rapide avant l’hiver pour pouvoir continuer. Mais vu la crise économique, on n’a pas vraiment les moyens de pouvoir réparer nous-mêmes’’, confirme Rim.

Dans une seconde phase de réponse, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL envisage notamment de contribuer à la réhabilitation de logements endommagés afin d’aider les habitants sinistrés à retrouver des conditions de vie dignes et une assistance financière en faveur des personnes les plus vulnérables pour leur permettre de couvrir leurs besoins essentiels.

Pour aider les victimes des explosions à Beyrouth, soutenez nos actions

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