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Prendre des risques pour aider plus loin

Publié le lundi 19 octobre 2020

AIDE HUMANITAIRE

DEUIL Le 9 août dernier, sept humanitaires d’une ONG consœur, dont 6 expatriés français, ont été assassinés au Niger. Le Directeur de nos opérations, Thierry Benlahsen, revient sur ce drame et sa résonance pour SOLIDARITÉS INTERNATIONAL.

Par Thierry Benlahsen, Directeur des opérations

L’humanitaire pleure ses morts. Peu importe de quelle ONG ils étaient, ce sont des collègues, des amis, des proches qui ont été victimes le 9 août dernier, au Niger, d’une ignoble attaque contre des travailleurs de la solidarité internationale. Un deuil d’autant plus fort chez SOLIDARITÉS INTERNATIONAL que chacun d’entre nous, au siège de l’association comme sur le terrain, se visualise à leur place. Nous aurions tous pu être sur cette même route, ce jour-là, à la même heure.

L’humanitaire pleure ses morts et continuera vraisemblablement à le faire pendant longtemps : selon des chiffres officiels, 125 d’entre nous sont décédés violemment en 2019, dans une longue suite d’assassinats, d’embuscades, de raids aériens qui ne font qu’augmenter depuis des années. Les victimes font partie d’ONG internationales et nationales, de sociétés nationales de la Croix-Rouge. Elles sont très souvent originaires des pays dans lesquels elles ont été tuées.

Mais le 9 août dernier, ce sont des collègues français qui ont été victimes de cette violence injustifiable. Dès lors, les questions fusent : protégeons-nous suffisamment nos expatriés ? Est-il raisonnable de les faire travailler dans des zones aussi dangereuses ?

SAUVER DES VIES

Pour moi, ces questions en soulèvent une autre : est-il raisonnable de sauter d’un bateau dans une mer déchaînée pour tenter de sauver quelqu’un qui se noie ? J’aime à penser que la majorité d’entre nous, humains, ne se poserait pas la question avant de plonger. Et ne déciderait pas de le faire en fonction de l’appartenance ou du parcours de la personne en détresse. Cette question, les sauveteurs en mer, comme les pompiers ou les ambulanciers, qui pourtant pleurent eux aussi leurs morts chaque année, ne se la posent jamais.

  • 22,44 millions d'habitants
  • 45,41 % de taux de pauvreté
  • 189ème sur 189 pays pour l'Indice de Développement Humain
  • 9 050 personnes secourues
covid 19 yemen

Pour nous, humanitaires, cette question revêt les couleurs d’une réalité dramatique et pressante : la nécessité de nous exposer et de prendre des risques pour aider les populations les plus vulnérables partout où elles se trouvent.

C’est ce que SOLIDARITÉS INTERNATIONAL fait tous les jours sur le terrain, comme par exemple au Yémen, où nous avons pris la décision de lancer des interventions d’urgence à Al Mokha et Al Turbah, là où personne ne voulait aller ou encore au Burkina Faso, dans un contexte d’accélération de l’insécurité, où nous avons renforcé notre réponse en abris d’urgence et en accès à l’eau pour les populations déplacées à cause des conflits.

Bien sûr, l’accès humanitaire a un coût, financier, humain, qui n’est pas anodin. Il représente un risque certes, mais un risque permettant chaque jour de sauver des vies. Si nous, humanitaires internationaux et nationaux, abandonnons notre mission, personne ne prendra le relai. Soyons clairs : ce ne serait pas que l’échec des ONG, ce serait l’échec de l’ensemble de la communauté des humains à préserver le dernier rempart de considération envers des populations oubliées : la solidarité.

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