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Ouest de l’Ukraine : le quotidien des personnes déplacées

Publié le vendredi 15 avril 2022

L’ONG SOLIDARITÉS INTERNATIONAL apporte de l’aide au quotidien à la population civile ukrainienne, première victime du conflit. Découvrez une galerie de portraits et de témoignages recueillis par nos équipes sur place. 

01. Katia a fui la ville de Druzhovka, dans la région de Donetsk, pour rejoindre sa mère dans la gare de Lviv, en Ukraine. La guerre a éclaté dans ma ville, alors mes parents ont décidé de déménager car ils avaient très peur. Comme ma mère ne voulait pas aller à Lviv toute seule, elle m’a demandé d’y aller pour qu’on puisse se rejoindre là-bas. Quand je suis arrivée dans cette nouvelle ville, j’étais perdue et confuse mais une femme bénévole m’a accueillie. [...] On m’a donné à manger et à boire. Je suis arrivée à 3 heures du matin cette nuit. Le train était tellement bondé qu’on m’a littéralement poussée dedans. Il n’y avait pas de siège disponible, alors nous dormions dans l’allée où il y avait les sacs et les valises. C’était vraiment inconfortable. […] J‘espère que tout cela va bientôt se terminer. Je suis vraiment reconnaissante de toutes les personnes qui sont allées nous défendre, ainsi que les bénévoles qui cuisinent pour nous ou qui risquent leur vie. C’est la seule chose qui nous aide à tenir le coup, sans eux, ce serait bien pire. C’est vraiment terrifiant qu’au 21ème siècle une telle chose puisse arriver. Qui pourrait imaginer ça ? “  

02. Natalia, volontaire, se charge de la préparation des repas dans une ancienne usine devenue centre d’accueil collectif que l’ONG SOLIDARITÉS INTERNATIONAL soutient : Il arrive que nous manquions de produits de base comme le pain, le beurre, le thé, le café ou le sucre parce que ces produits sont consommés très rapidement. Nous avons des moments , par exemple il n’y a pas eu de livraison de pain pendant deux jours ou de sucre pendant plusieurs jours.” Les repas distribués par Natalia sont préparés en amont par un partenaire local, Walnut House Fundation, un service de restauration qui s’est engagé dès le début du conflit dans la distribution de nourriture aux personnes déplacées 

03. Valeria est arrivée dans un centre d’accueil de Lviv, soutenu par l’ONG SOLIDARITÉS INTERNATIONAL après avoir fui Kharkiv, avec sa mère, son père, sa grand-mère et sa petite sœur. Le matin du 7 mars nous nous sommes mis en route vers la gare car nous ne pouvions plus rester à Kharkiv. Il a été difficile de s’y rendre car il n’y avait pas de taxi. C’était vraiment effrayant, les chauffeurs craignaient de sortir dans les rues car on entendait des coups de feu venant de toutes directions. Le combat était engagé, il y avait des chars partout dans ma rue. C’était difficile de quitter la maison et tout ce que je connaissais mais on a fait nos bagages et on est partis. C’est donc mon père qui nous a conduits à la gare. Quand on est arrivé, nous attendions le train pour la Pologne mais il a été annulé, alors nous avons décidé d’aller à Lviv. […] Le voyage a été très dur, vraiment très dur. Comme la distance est longue, il y avait beaucoup d’arrêts en gare et il y avait tellement de monde ! Tout le monde était assis très serrés avec ses affaires sur lui, nos enfants et nos animaux sur nos têtes. Quel soulagement lorsque nous sommes arrivés à Lviv, c’était incroyable. On est descendu du train et sur la place devant la gare, il y avait des panneaux avec des numéros de téléphone [Ndlr : qui offraient des hébergements]. On a appelé certains de ces numéros, il n’y avait pas de places partout bien sûr mais nous en avons trouvé un qui nous a redirigés vers ce centre d’accueil. […] Je ne regrette pas, les gens sont vraiment gentils ici. Je suis vraiment heureuse d’y être”.  

04. Nazar est éducateur spécialisé dans le centre d’éducation et de réhabilitation pour enfants ”Mria” à Lviv, en Ukraine où l’ONG SOLIDARITÉS INTERNATIONAL distribue des repas. “En ce moment, nous avons des enfants qui viennent de Lviv, et d’autres du Donbass en raison de la situation de notre pays. […] Nous les avons accueillis et hébergés ici, grâce à Dieu, nous avons assez d’espace et la possibilité de leur fournir tout ce dont ils ont besoin. Nous essayons également d’organiser leurs loisirs et de leur montrer la ville de Lviv où ils ne sont jamais allés auparavant. Les sirènes d’alerte aériennes nous dérangent de temps en temps et nous devons cacher les enfants par précaution. […] Ils sont un peu tendus et agités, ils sont hors de leur zone de confort. Imaginez un peu, ils sont venus dans un endroit totalement différent de ce qu’ils connaissent, ils ne sont pas là juste pour voyager. Ils n’ont pas tous la possibilité de retourner chez leurs parents car certains sont orphelins et d’autres sont envoyés par leurs parents pour être en sécurité.”

05. Stepan et sa famille ont dû quitter la ville de Bila Tserkva à cause des bombardements et ont trouvé refuge dans le village de Vilshanik, en Ukraine. ” Dès que la guerre a éclaté, une base dans notre ville a été bombardée, ainsi qu’un bâtiment de cinq étages abritant des dortoirs. Quelques dizaines de maisons privées ont également été bombardées alors nous avons décidé de partir loin d’ici. Nous sommes venus dans ce village, les gens nous ont accueillis, ils ont été très gentils. Nous avions les larmes aux yeux de voir à quel point ils étaient hospitaliers. On nous a donné de la bonne nourriture, du thé et cette maison pour y vivre. C’est chaud et agréable ici. On a tout le nécessaire, y compris des produits alimentaires comme des pommes de terre, des légumes, des céréales, des pâtes, de la viande et du sucre. Tout va bien maintenant. Cela fait un mois que nous sommes dans cette maison.” 

06. Valentina et Anatoly sont hébergés dans la maison de l’église dans le village de Chernichva, en Ukraine. Je m’appelle Valentina et voici mon mari Anatoly. Nous vivions dans la banlieue de Kiev et, lorsque les explosions ont commencé, la tension artérielle d’Anatoly est montée en flèche et son rythme cardiaque s’est accéléré, il a fait une attaque. Nous avons donc pris la décision de quitter Kiev. Le 6 mars, nous sommes allés à la gare, nous n’avons pris que des médicaments et des documents, et nous sommes montés dans un train d’évacuation. Nous avons atteint Rivne, puis nous avons pris le train de banlieue pour nous rendre dans la région de Lviv. […] A la gare, il y avait énormément de monde, avec beaucoup d’enfants. Les gens étaient debout dans les deux trains que nous avons pris, et beaucoup voyageaient avec leurs animaux domestiques, leurs chats, chiens, et même des rats. […] Nous avons pris le premier train, peu importe où il allait. La queue pour le train Kiev-Lviv était immense alors on a pris celui qui allait à Rivne.”

07. “En raison des bombardements, ma famille et moi avons quitté Kramatorsk, avec ma sœur et ma nièce. Nous avons des enfants en bas âge. Nous avons passé 5 jours dans le sous-sol. […] Le 1er mars, mon neveu m’a appelée et m’a conseillé d’évacuer la ville car il allait se passer quelque chose de terrible. En moins de trois minutes, nous avons fait nos bagages et, avec tout ce que nous avions sur nous, nous sommes sortis du sous-sol. On nous a emmenés en voiture à la gare. Il y avait tellement de monde qu’il était impossible de monter dans un prochain train. Nous avons attendu le suivant. La route nous a pris 2 jours. Le train a traversé Kiev, qui était bombardée à l’époque. Nous n’allions nulle part, je veux dire que nous ne savions pas où nous allions. Par hasard, nous sommes arrivés à Vilshanyk. Les gens sont si gentils ici, si hospitaliers. Après avoir vécu une semaine à Vilshanyk, on nous a trouvé cette maison. Nous avons installé l’internet, pour que les enfants puissent aller à l’école. Tant que nous avons encore de l’argent, nous achetons des produits d’épicerie. Nous nous sentons bien ici. Au moins, c’est calme ici et nous n’entendons pas les obus, le bruit des avions de chasse et des bombardements” raconte Ilyana accompagnée d’Elena, sa fille.  

08. “J’ai découvert grâce à Instagram qu’un transport gratuit vers Lviv était offert pour les femmes et les enfants. Quand nous sommes montées dans le bus, le coordinateur nous a demandé si nous avions trouvé un endroit où loger. J’ai dit non, car nous ne savions pas à quelle heure nous arriverions. Il a alors dit qu’il y avait une option pour rester pour la nuit dans un théâtre et qu’il y aurait toutes les conditions nécessaires. Et c’est vrai. Il y a une douche, des toilettes, une machine à laver, une cuisine. On a bien dormi. La petite était heureuse de dormir sur une scène pour la première fois de sa vie. Il fait chaud ici, ce qui est le plus important, et on a un toit au-dessus de la tête. Il y a un abri anti-bombe ici en bas, avec une sortie supplémentaire. De quoi d’autre avez-vous besoin dans ces moments-là pour vous sentir en sécurité et calme ? […] Aucun d’entre nous ne sait où il va. On ne va nulle part. On ne sait pas ce qui nous attend”, raconte Katia, réfugiée, accompagnée de sa fille Sacha.

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