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Lutter contre les épidémies en République démocratique du Congo : choléra, Ebola & Covid-19

Publié le lundi 26 avril 2021

Un potentiel épidémique élevé …

Depuis l’introduction de la bactérie Vibrio cholerae en 1974, à l’origine d’infections diarrhéiques aiguës causées par la consommation d’aliments ou d’eau contaminés par cette bactérie, la République démocratique du Congo (RDC) subit des épidémies récurrentes de choléra chaque année.

En raison de leur proximité avec des zones lacustres et de la pression démographique dans les agglomérations situées au bord des étendues d’eau, les régions de l’est du pays (Nord Kivu, Sud Kivu, Tanganyika, Haut Katanga, Haut Lomani) semblent particulièrement endémiques du choléra.

En 1978 est par la suite signalée dans le pays la première épidémie de la Maladie à Virus Ebola (MVE), à laquelle vont succéder onze autres flambées épidémiques. La plus conséquente d’entre elles débute en 2018 dans la Province du Nord-Kivu et se propage en Ituri. Elle touche des provinces déjà fortement impactées depuis plus de 20 ans par l’insécurité générée par les affrontements entre différents groupes armés.

L’épidémie est déclarée officiellement éradiquée en juin 2020, avec un bilan tragique de 2 277 morts, mais en février 2021, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) annonce la résurgence de l’épidémie Ebola dans la ville de Butembo au Nord-Kivu, après la notification de plusieurs nouveaux cas.

Parallèlement, vient s’ajouter la pandémie de Covid-19 qui n’épargne pas la RDC, où un premier cas est détecté en mars suivi d’une augmentation assez rapide du nombre de cas. Fin février 2021, la RDC enregistre plus de 25 000 personnes ayant été contaminées par le virus. Les zones les plus vulnérables à la propagation de la Covid-19 sont les provinces orientales – Nord-Kivu, Ituri, Sud-Kivu, Tanganyika et la région du Kasaï – ainsi que Kinshasa, à l’embouchure du fleuve.

Au-delà du choléra, d’Ebola et de la Covid-19, le pays est régulièrement impacté sur le plan épidémiologique avec de multiples flambées épidémiques de rougeole, de poliomyélite et de fièvre jaune.

 

… et un contexte sécuritaire compliqué

République démocratique du Congo

Contexte et action
  • 99,9 millions d'habitants
  • 77% de la population sous le seuil international de pauvreté
  • 176ème sur 189 pays pour l'Indice de Développement Humain
  • 1 900 000 personnes secourues

Cette vulnérabilité structurelle aux épidémies se conjugue à un contexte sécuritaire instable, caractérisé par des conflits à intensité et ampleur différentes selon les provinces du pays, mais entraînant quasi systématiquement des mouvements de population massifs, impactant de fait la propagation des maladies susmentionnées.

En effet, avec plus de 5 millions de personnes déplacées internes, la RDC compte la population de personnes déplacées à l’intérieur de ses frontières la plus importante du continent africain, selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Il est le deuxième pays au monde, après la Syrie. Or, les mouvements de populations provoquent souvent la perte ou la détérioration de l’accès à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement des personnes déplacées et retournées, ainsi que l’augmentation de la pression sur les structures existantes dans les sites de déplacés, dans les communautés hôtes et dans les zones de retour, favorisant les épidémies de choléra.

La lutte contre le choléra, expertise historique de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL

Experte dans l’accès à l’Eau, à l’Assainissement et à l’Hygiène et (EAH), SOLIDARITÉS INTERNATIONAL mène depuis 20 ans des activités de Prévention et Contrôle des Infections (PCI) en RDC, afin de prévenir et endiguer ces épidémies. Historiquement, le choléra est la première grande épidémie à laquelle notre organisation a répondu dans le pays.

Ainsi, « l’ouverture de la base de Kalémie en 2004-2005, dans le Tanganyika, a été déclenchée par de nombreux cas de choléra et la nécessité de lutter contre cette épidémie. Il en est de même en ce qui concerne la base de Baraka, dans le Sud-Kivu », nous partage Séraphin, responsable Programme EAH pour SOLIDARITÉS INTERNATIONAL depuis 2012 et désormais coordinateur EAH, à Goma.

Stratégie « coup de poing » et réponse « bouclier »

Le traitement de l’eau étant essentiel pour endiguer la maladie et limiter sa propagation, nos équipes mettent rapidement en œuvre une stratégie « coup de poing » consistant en l’installation de points d’eau et d’adductions d’eau, de points de chloration, d’activités de désinfection intra-domiciliaires et de sensibilisation et l’aménagement de latrines publiques.

Cette réponse « coup de poing » est accompagnée d’une réponse « bouclier » qui comprend, elle, des activités de prévention au moyen de la réhabilitation de réseaux d’eau à grande échelle notamment. Le premier projet de réponse au choléra mené par SOLIDARITÉS INTERNATIONAL à l’ouest du pays a concerné la Ville-Province de Kinshasa. « Nous avions un projet spécifique « urgence » à Kinshasa en 2011-2012, où il y avait des cas de choléra entre Kinshasa et l’Equateur. En fait, le choléra suit un peu le cours d’eau du fleuve : il commence au Katanga, monte et va jusqu’à Kisangani, vers l’Equateur et vers Kinshasa au final. », explique Séraphin.

À la suite du projet de Kinshasa, notre ONG a fait partie d’un grand projet de réponse au choléra intitulé « Villages et écoles assainis » en consortium à partir de 2013, avec ACTED, Action Contre la Faim, Concern, et Catholic Relief Services. « Nous menions des actions de sensibilisation sur les bonnes pratiques et validions des certifications « village assaini ». Dans chaque village, nos équipes ont aménagé des adductions, des forages ou des sources, parce que l’accès à une eau sûre et potable est la clé pour casser la chaîne de transmission du choléra et prévenir les flambées » rappelle le coordinateur EAH.

En 2018, la présence de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL dans la ville de Mbuji Mayi dans le Kasai Oriental lui a permis d’être l’un des premiers acteurs à ancrer des activités de réponse à la nouvelle flambée de choléra. Notre organisation a contribué à mettre en place une station de traitement de l’eau de rivière, à prendre en charge des points de chloration, à désinfecter les habitations et à sensibiliser les populations bénéficiaires.

Un an plus tard, un projet s’appuyant sur les bateaux « pinasses » naviguant sur le fleuve a permis aux équipes d’accéder aux zones dans lesquelles sévissait l’épidémie de choléra le long des zones navigables de la rivière Kasai, et d’apporter aux populations affectées une riposte rapide via un « paquet d’urgence EAH » et un appui à la prévention de la maladie. Ce paquet d’urgence comporte la construction et l’aménagement de sources, l’installation de points de chloration d’urgence, des tests de chlore, des dispositifs de lavage des mains, la désinfection des ménages de provenance des cas, la construction de latrines et douches dans les écoles et la distribution de solutions de désinfection et de kits de contingence aux structures de santé.

SOLIDARITÉS INTERNATIONAL s’appuie sur son expérience et sa connaissance précise du contexte pour intervenir rapidement en fournissant une réponse adaptée. « Si chaque épidémie a son origine et son historique, notre organisation parvient dans chacun de ses « projets choléra » à maîtriser l’épidémie au bout de quelques semaines à peine. C’est un succès », mentionne le coordinateur EAH. Cette réussite passe aussi par l’implication très forte des communautés dans les projets de lutte contre le choléra.

Implication des communautés

La participation des communautés dans la lutte contre les épidémies est un pilier fondamental de notre stratégie et du succès de nos actions. Ainsi, la formation de comités de gestion des points d’eau et des relais communautaires à la prévention et aux risques des maladies d’origine hydrique et Ebola est une composante élémentaire de nos programmes d’action.

L’acceptation des communautés n’est pas nécessairement immédiate. Roger, Responsable Programme EAH sur la base de Bunia en Ituri, nous livre cette anecdote : « En 2014 en Ituri, il y avait un chef de quartier dans le village de Tchomia, qui refusait de croire en l’existence du choléra. Quand un sensibilisateur de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL s’est présenté chez lui, le chef de quartier a refusé de le recevoir en disant que le choléra n’existait pas. Or, une semaine plus tard, ce chef de quartier était atteint par la maladie. Il s’est alors caché, pour ne pas montrer qu’il avait lui aussi été contaminé, jusqu’à ce que la Croix Rouge découvre qu’il était infecté. Il a alors été pris en charge rapidement, et il s’en est sorti. Finalement, ce chef de quartier réfractaire à la sensibilisation dans un premier temps a pris le lead de la sensibilisation dans son quartier et son village. Il est devenu, dès lors, notre meilleur sensibilisateur ».

La réaction de ce chef de village est révélatrice de la perception de cette maladie par la population qui la considère comme la « maladie des mains sales » ou encore « la maladie de la honte ». Aussi, « la vue des équipes en combinaison Equipements de Protection Individuelle (EPI) engendrait parfois la stigmatisation des ménages concernés », rapporte Séraphin. Face à cela les équipes ont imaginé des moyens de mitigation pour continuer de mener au mieux les projets, comme par exemple le fait de se changer sur place et non avant d’arriver sur la zone d’intervention.

 

Projets de réponse aux épidémies de virus Ebola et Covid-19

SOLIDARITÉS INTERNATIONAL est experte dans les projets « EAH » ; or, l’accès à l’eau potable est incontournable pour lutter contre les épidémies. « Autour des épidémies, l’aspect « eau » est toujours là. La réponse n’est jamais bonne si elle n’est pas accompagnée d’un accès à l’eau propre. C’est en cela que SOLIDARITÉS INTERNATIONAL a une place centrale dans la réponse à apporter en cas d’épidémies. Si, dans une zone propice à la propagation de l’épidémie, vous mettez rapidement en place les mesures barrières, notamment l’accès à l’eau potable et des actions de sensibilisation, vous coupez le cycle de transmission », explique le coordinateur EAH.

Initialement spécialisée dans la lutte contre le choléra, notre association a donc su s’adapter pour répondre à l’urgence Ebola, puis à celle du Covid-19. « L’expertise est là, souligne Séraphin, il est logique de se mettre à répondre aux autres épidémies ».

Ainsi, en plein contexte de la crise Ebola de 2019, un programme mis en œuvre par SOLIDARITÉS INTERNATIONAL et financé par l’UNICEF a permis d’initier une première phase de renforcement des réseaux d’eau de Butembo. Le projet a mis l’accent en priorité sur l’amélioration des infrastructures de potabilisation de l’eau sur quatre réseaux de la ville. Entre avril et octobre 2020, nos équipes mènent également un projet de réponse « EAH » au bénéfice des communautés affectées par l’épidémie de virus Ebola dans les zones de santé de Mabalako et Mandima, avec le soutien de l’UNICEF également, près de Béni dans le Nord-Kivu.

Parallèlement, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL participe à deux projets qui s’inscrivent dans la lutte contre la pandémie mondiale de Covid-19 : l’un déployé à Butembo et financé par le Centre de crise et de soutien du Ministère de l’Europe et de Affaires étrangères (MEAE) français, l’autre à Goma et dans les centres de santé en périphérie, financé par le Fonds humanitaire de la RDC.

Au final, la couverture en eau potable a beaucoup augmenté, c’est très positif. Néanmoins, le niveau de propagation des épidémies est très important et le travail de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL dans la lutte épidémique reste aujourd’hui encore un enjeu majeur pour la survie des populations.

 

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Photos © SOLIDARITÉS INTERNATIONAL