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France : sortir de la précarité

Publié le jeudi 21 octobre 2021

Depuis mars 2020, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL intervient en France auprès des publics vivant dans des sites d’habitat précaire et ayant un accès limité à l’eau potable, à l’assainissement, et aux produits d’hygiène de première nécessité. L’objectif final poursuivi par nos équipes est l’insertion sociale des personnes accompagnées et la résorption de ces habitats indignes.

En mars 2020, alors que l’épidémie de COVID-19 progresse très rapidement en Île-de-France, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL intervient, en coopération avec Médecins du Monde et la Fondation Veolia, dans plusieurs bidonvilles de la région, où l’accès à l’eau et à l’assainissement est alors quasiment inexistant et où les conditions de promiscuité font craindre une propagation rapide du virus. Nos équipes procèdent à des installations de points d’eau provisoires et à des distributions de savons, de kits d’hygiène et de kits « bébé », au cours desquelles des messages clés de sensibilisation sont diffusés. L’organisation étend, par la suite, son action à d’autres sites d’habitat précaire du territoire français. Dix-huit mois plus tard, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL dispose d’une vision large et d’une analyse précise de la problématique du manque d’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène en France.

 

MAL-LOGEMENT

L’accès insuffisant ou inexistant à ces services de base est étroitement lié aux conditions de logement dans lesquelles se trouvent les personnes concernées. Ainsi, les personnes habitant dans des bidonvilles, des campements ou des squats doivent recourir à des « systèmes D » pour s’approvisionner en eau. Concrètement, cela signifie parcourir des centaines de mètres pour puiser de l’eau au niveau des bornes à incendies, des points d’eau publics (parcs, cimetières, gymnases, stades) ou acheter de l’eau en bouteilles (ce qui est extrêmement onéreux), et donc porter des dizaines de litres d’eau sur des distances très longues, à la simple force de leurs bras ou à l’aide de caddies poussés sur des routes souvent non carrossables. Ces situations génèrent des risques sanitaires et sécuritaires : les personnes doivent fréquemment traverser des routes ainsi que des voies ferrées et les jerrycans utilisés qui proviennent parfois de l’agriculture peuvent contenir des résidus de produits phytosanitaires. D’aucuns utilisent parfois même de l’eau des cours d’eau alentour.

  • 67 millions d'habitants
  • 14,7% de taux de pauvreté
  • 36ème sur 189 pays pour l'Indice de Développement Humain
  • 5 380 personnes secourues

La « débrouille » est encore moins évidente pour faire ses besoins. Parce qu’elles ne disposent ni de latrines ni d’infrastructures d’assainissement, les personnes vivant dans ces sites d’habitat précaire n’ont d’autre choix que de déféquer en plein air. La situation est particulièrement fâcheuse pour les femmes et les enfants lorsqu’ils doivent sortir en pleine nuit. À cela s’ajoute par ailleurs le manque de douches et de moyens permettant de se procurer des produits d’hygiène. Les conséquences sur la santé de ces personnes sont dramatiques : elles présentent de nombreuses maladies de peau et de maladies infectieuses. « Certaines pathologies résultent d’un manque d’accès aux protections périodiques. La précarité menstruelle est un fléau qui concerne de nombreuses femmes habitant dans ces sites d’habitat précaire. Les solutions auxquelles elles ont alors recours sont indignes. Cet état de fait constitue un frein considérable à l’insertion des femmes et peut entraîner la déscolarisation temporaire de certaines jeunes filles » affirme Manon Gallego, coordinatrice des opérations en France pour SOLIDARITÉS INTERNATIONAL.

 

INTERVENTION

Face à ce constat alarmant, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL propose une intervention qui s’articule autour de trois axes stratégiques. L’association répond aux besoins immédiats en installant des dessertes en eau potable à l’intérieur des sites d’habitat précaire et en distribuant des kits d’hygiène familiaux. Elle s’attache dans le même temps à améliorer les conditions de vie dans les sites ciblés. Cela consiste pour nos équipes à effectuer des raccordements à l’eau potable sécurisés, et, quand cela est possible, à y installer des toilettes et des douches. « Ces améliorations sont toutes temporaires et il est important pour nous qu’elles le soient. Nous ne souhaitons pas que ces sites se pérennisent. Notre intervention crée au contraire les conditions indispensables à leur résorption, qui est l’objectif final attendu. En effet, la possibilité d’utiliser de l’eau en quantité suffisante pour tous les usages de la vie, et notamment pour l’hygiène corporelle, est un facteur central pour contribuer au sentiment de dignité des personnes et de confiance en soi. Être propre permet d’améliorer les chances de réussite dans son travail et à l’école, et favorise donc à moyen terme l’insertion sociale » souligne Manon Gallego. Ces actions ont été menées en Île-de-France et dans les métropoles de Lille, Nantes et Toulouse. Un soutien technique a également été apporté aux institutions et associations à Bordeaux, Grenoble et Grande-Synthe.

 

PLAIDOYER

Le troisième axe stratégique consiste à mettre en œuvre un plaidoyer technique ayant pour objectif de faire évoluer le droit français afin de garantir un accès à l’eau et à l’assainissement au plus grand nombre. « Pour ce faire, nos équipes promeuvent, d’une part, l’obtention d’une définition normative de l’accès à l’eau sécurisé et à un assainissement digne et, d’autre part, la clarification du flou juridique autour des rôles et responsabilités des différents acteurs publics en matière d’accès à l’eau, l’assainissement et l’hygiène des personnes non raccordées » rapporte la coordinatrice des opérations. SOLIDARITÉS INTERNATIONAL entend, enfin, appuyer la transposition, dans la législation nationale, de la Directive européenne sur l’accès aux eaux destinées à la consommation humaine du 16 décembre 2020 qui engage les Etats membres à prendre « les mesures nécessaires pour améliorer ou préserver l’accès de tous aux eaux destinées à la consommation humaine, en particulier des groupes vulnérables et marginalisés […] ». Ce travail de plaidoyer, comme notre intervention de terrain, est mené en coordination avec d’autres acteurs associatifs dans le cadre de la Coalition Eau* et des acteurs institutionnels comme la DIHAL (délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement) et la DEB (Direction Eau et Biodiversité du ministère de la Transition écologique et solidaire).

Les actions entreprises représentent un enjeu de taille : un rapport OMS/UNICEF de 2019 indique que 2,1% de la population française métropolitaine, soit 1,4 million de personnes, ne bénéficient pas d’un accès à l’eau géré en toute sécurité et que 12% n’ont pas accès à des installations sanitaires sécurisées. La réponse à ces besoins est d’autant plus urgente que les répercussions de possibles chocs climatiques (canicule, pression sur la ressource en eau, épisode de gel important) dans les années à venir pourraient être très sérieuses pour la population française et tout particulièrement pour les plus vulnérables.

*La Coalition Eau est le mouvement des ONG françaises engagées pour l’accès à l’eau et à l’assainissement pour tous, dont SOLIDARITÉS INTERNATIONAL fait partie.

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