Chaque année, le choléra touche 1,3 à 4 millions de personnes à travers le monde, avec entre 21 000 et 143 000 décès*. Depuis une vingtaine d’années, nos équipes luttent sans relâche contre cette maladie hydrique, notamment à travers leurs actions dans le domaine de l’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène (EAH).
Le choléra est une infection diarrhéique aiguë provoquée par l’ingestion d’aliments ou d’eau contaminés par le bacille Vibrio cholerae. Le choléra reste à l’échelle mondiale une menace pour la santé publique et un indicateur de l’absence d’équité et de l’insuffisance du développement social.

état des lieux du choléra

Il existe un fort décalage entre le nombre de cas signalés et les estimations établies, en raison des limitations des systèmes de surveillance et par peur des répercussions négatives que cela aurait sur le tourisme et le commerce. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime en effet que les cas officiellement rapportés représentent seulement 5 à 10% des cas mondiaux actuels**.

Cette maladie est encore très active dans certaines régions du monde, et atteint principalement les pays dont les structures sanitaires sont insuffisantes et où la qualité de l’eau de boisson, de l’assainissement et les pratiques d’hygiène sont inadéquates.

Depuis une vingtaine d’années, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL s’engage aux côtés de partenaires de santé sur le terrain mais aussi dans les instances de coordination globales pour mener une lutte sans relâche contre cette maladie hydrique. Nos équipes interviennent principalement sur le volet Eau, assainissement et hygiène (EAH) pour réduire les vecteurs de contamination et pour prévenir les flambées de choléra en fournissant de l’eau potable, en travaillant pour rendre l’environnement des personnes touchées salubre et en mobilisant les communautés pour changer les pratiques (d’hygiène, d’allaitement, funéraires, etc.).

>> La stratégie eau, assainissement, hygiène 2020-2025 de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL.

Notre ONG agit également avec les autorités de la santé aux niveaux national, régional et local pour améliorer la surveillance et le suivi épidémiologiques, ainsi que le lien entre réponse santé et réponse EAH, notamment dans des zones « foyers » des épidémies.

la transmission du choléra

Le vibrion cholérique est une bactérie très mobile, aux exigences nutritionnelles modestes, dont l’homme est le principal réservoir en cas d’épidémie. La transmission de la maladie peut se faire de deux manières :

  • Hydrique : par la consommation d’eau non potable et contaminée par la bactérie Vibrio cholerae ;
  • Interpersonnelle : par contact avec les mains, par les aliments contaminés par de l’eau souillée, par les mains sales du cuisinier ou encore par les mouches. Le vibrion cholérique passe directement de la main à la main puis de la main à la bouche.

En raison de la brièveté de la période d’incubation (de quelques heures à cinq jours), le nombre de cas peut croître de manière extrêmement rapide.

>> Le manuel opérationnel de lutte contre le choléra de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL.

© Prince Naymuzzaman-Khan

Facteurs de risque de propagation de la bactérie du choléra

eau et environnement

La maladie se développe dans les milieux humides, notamment dans les eaux saumâtres côtières chaudes. On dit que le choléra est une maladie saisonnière, car elle resurgit à des moments particulièrement humides tels que la mousson ou saison des pluies.

Une épidémie a plus de probabilité d’être diffusée dans un environnement de forte densité ou lors de mouvements de population (qu’ils soient planifiés, tels que dans le cas de marchands ambulants ou imprévus, suite à un conflit ou une catastrophe naturelle par exemple).

L’accès à l’eau potable (prix de l’eau, infrastructures), la situation de l’assainissement et la couverture et la qualité des services de soin sont des facteurs structurels qui jouent des rôles majeurs dans la diffusion et le contrôle d’une épidémie. L’existence de voies de communication très fréquentées (ports, routes, gares) représente également un facteur de risque important.

La gestion traditionnelle des cadavres et les croyances liées au choléra, aux maladies infectieuses en général, les pratiques liées à l’eau, à la nourriture, aux excrétas humains, sont autant de caractéristiques culturelles qu’il est essentiel de connaître pour contrôler une épidémie, notamment pour le passage de messages de sensibilisation.

les symptomes du choléra

Le choléra est une maladie extrêmement virulente qui peut provoquer une diarrhée aqueuse aiguë sévère. Les symptômes apparaissent entre 12 heures et 5 jours après l’ingestion d’aliments ou d’eau contaminés***. Touchant les enfants comme les adultes, la maladie peut tuer en l’espace de quelques heures si aucun traitement n’est administré.

La plupart des sujets infectés ne manifestent aucun symptôme, bien que le bacille soit présent dans leurs selles pendant 1 à 10 jours après l’infection et soit éliminé dans l’environnement, où il peut potentiellement infecter d’autres personnes. Ce sont des porteurs sains. On estime que pour une personne qui déclare la maladie, on peut avoir jusqu’à 30 porteurs sains (ACF, 2013).

Pour les personnes qui manifestent des symptômes, ceux-ci restent bénins à modérés dans la majorité des cas (environ 75%), tandis que chez une minorité (environ 25%), une diarrhée aqueuse aiguë, s’accompagnant de déshydratation sévère, se développe. En l’absence de traitement, elle peut entraîner la mort.

le traitement du choléra

Le choléra est une maladie facile à traiter. La majorité des personnes atteintes sont traitées par réhydratation en leur administrant des sels de réhydratation orale (SRO) ou intraveineuse pour les cas les plus graves. Des antibiotiques peuvent également être administrés pour diminuer la durée de la diarrhée, diminuer les quantités de liquide de réhydratation nécessaires et écourter la durée de l’excrétion des bacilles de Vibrio cholerae dans leurs selles.

Les mesures de prévention sont simples et découlent des modes de transmission, bien que les messages et mesures doivent être adaptés à chaque contexte en fonction des facteurs de risque observés. Quelques exemples de messages de base :

  • Se laver les mains à l’eau et au savon après avoir été aux toilettes, avant de manger ou de préparer un repas, avant de s’occuper de son enfant ou après l’avoir changé, après avoir été en contact avec une personne souffrant de diarrhée ;
  • Boire uniquement de l’eau traitée (chloration) ou conditionnée ;
  • Cuire les aliments et les consommer encore chauds, éplucher les légumes et fruits ;
  • Proscrire les aliments préparés et vendus sur la voie publique ;
  • Proscrire toute préparation à base d’eau d’origine non contrôlable ;
  • Utiliser des latrines ou autres systèmes sanitaires, ne pas déféquer en plein air, notamment à proximité d’un point d’eau ou d’une rivière.

>> Le manuel opérationnel de lutte contre le choléra de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL.

LA STRATÉGIE DE SOLIDARITÉS INTERNATIONAL POUR LUTTER CONTRE LE CHOLÉRA

Pour combattre le choléra, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL a développé une stratégie qui s’aligne sur celle communément appelée « Bouclier – Coup de Poing ». Cette approche vise à prévenir et réduire les risques de transmission du choléra et des maladies diarrhéiques d’origine hydrique en combinant des réponses de prévention, de préparation, de riposte et de renforcement des mécanismes de surveillance épidémiologiques.

 

SURVEILLANCE ÉPIDÉMIOLOGIQUE

Les activités de surveillance ont pour objet de collecter des informations en continu sur la maladie, de les analyser, les cartographier et d’adapter les politiques et stratégies de santé en fonction. Elles peuvent permettent entre autres de :

  • identifier le plus rapidement possible des épidémies de choléra,
  • suivre l’évolution d’une épidémie,
  • détecter les « points chauds » du choléra,
  • caractériser la maladie (son comportement et évolution dans le temps par exemple),
  • détecter des groupes à haut risque,
  • suivre l’efficacité des programmes de prévention du choléra,
  • remonter des nombres de cas et de décès dus au choléra.

 

LA RIPOSTE, OU RÉPONSE “COUP DE POING”

La stratégie de riposte, également baptisée « coup de poing », se déploie dès la confirmation des premiers cas, afin de stopper la flambée. Il est alors question de rapidité, de souplesse et de collaboration entre les acteurs sur place. Diverses d’activités sont mises en place et adaptées au contexte.

Les équipes peuvent également travailler sur l’approvisionnement en eau potable (via la mise en place de stations de traitement mobiles, la chloration au point de puisage ou traitement de l’eau à domicile), sur la gestion des excrétas (installation de latrines dans les lieux publics et structures de santé), sur la sécurisation des cérémonies funéraires, sur la distribution de kits (savons, pastilles de chlore, sels de réhydratation), sur la sensibilisation à l’hygiène et aux risques liés au choléra, sur la désinfection des foyers.

>> En savoir plus sur nos équipes de réponse rapide spécialisées dans la lutte contre le choléra.

 

LA PRÉVENTION, OU RÉPONSE “BOUCLIER”

Sur le long terme, la solution pour endiguer le choléra réside dans le développement économique et l’accès universel à l’eau potable et à des services d’assainissement. Il s’agit donc pour les acteurs de lutte contre le choléra de mener des interventions préventives durables dans le domaine de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène en dehors des épisodes épidémiques dans les zones prioritaires définies comme étant spécifiquement à risque pour le choléra (notamment les « points chauds »). Ces actions dites structurelles et long-terme basées sur de bonnes connaissances épidémiologiques permettront de réduire l’incidence des épidémies de choléra dans ces zones prioritaires.

Sur ce pilier de la lutte contre le choléra, Solidarités International réhabilite et étend les infrastructures d’eau et d’assainissement des zones touchées. De plus, les équipes apportent un soutien aux structures locales en charge de la gestion de ces infrastructures :

  • mise en place ou redynamisation des comités communautaires,
  • renforcement des capacités des associations communautaires et relais communautaires/sensibilisateurs dans les activités de promotion à l’hygiène et de lutte préventive,
  • production locale de chlore et développement de marchés locaux de produits chlorés.

Elles peuvent enfin promouvoir la construction de latrines familiales.

 

LA PRÉPARATION

En termes de préparation, les acteurs de la lutte contre le choléra doivent être capables d’appréhender cette lutte à différentes échelles de temps, de l’urgence aux solutions long terme. Ce pilier d’activités de préparation inclut :

  • la coordination dans la préparation, la réponse et la sortie de l’épidémie avec l’ensemble des acteurs,
  • la cartographie des zones à risque et des capacités des acteurs impliqués dans la lutte contre le choléra,
  • la préparation et la mise à disposition de plans de contingence,
  • le renforcement des capacités des acteurs locaux dans la prévention, préparation, réponse et sortie,
  • le renforcement des activités de prévention pendant les périodes à risque.

3 exemples de nos terrains d'intervention

république démocratique du congo (rdc)

La RDC est l’un des pays avec le foyer le plus virulent de choléra dans le monde. Apparu une première fois en 1974 dans l’ouest du pays puis en 1977 dans l’est, le choléra fait aujourd’hui une moyenne annuelle de plus de 20 000 cas.

La maladie y est perçue comme une maladie à deux facettes. D’une part, beaucoup de personnes pensent que le choléra se transmet seulement par l’eau et la saleté (visible). D’autre part, la peur du malade et de la transmission par voie magique est très forte.

SOLIDARITÉS INTERNATIONAL intervient dans les provinces jouxtant les grands lacs, celles du Sud Kivu, du Nord Kivu et du Tanganyika, zones enregistrant à elles seules 61% des cas de choléra répertoriés dans le pays.

Dans le Tanganyika, en plus des équipes de riposte œuvrant notamment lors de la saison des pluies et des flambées de choléra, Solidarités International a mis en place deux actions s’inscrivant sur le plus long terme afin de faire rempart au bacille du choléra :

  • En 2013, seulement 49% des habitants de Kalémie avaient accès à une source d’eau « sûre ». Les 51% restant puisaient l’eau dans le lac Tanganyika et la rivière Lukuga, et étaient donc fortement exposés à la contamination fécale. SOLIDARITÉS INTERNATIONAL a alors lancé un projet de réhabilitation et d’extension du réseau d’eau de la ville en plusieurs phases afin d’assurer une desserte en eau potable pérenne. Les équipes travaillent notamment avec la REGIDESO (l’organisme en charge de la production, la distribution et la commercialisation de l’eau) et des organisations de la société civile (l’Association des Fontainiers de Kalémie en charge de la distribution et de la maintenance des bornes fontaines, l’Association des Mamans pour la Protection et la Sécurité des Bornes Fontaines qui, entre autres, sensibilisent les familles à l’hygiène…). SOLIDARITÉS INTERNATIONAL est également appuyé par la Fondation Veolia pour la conduite des travaux.
  • La création d’une filière du chlore, depuis la production jusqu’à la commercialisation du produit chloré Uzima Plus aux communautés de Kalémie afin qu’elles puissent chlorer et ainsi rendre potable leur eau à domicile. SOLIDARITÉS INTERNATIONAL a accompagné l’association AMUKA sur deux aspects : 1) la production via électrolyse et le contrôle de la qualité du produit, 2) la gestion de sa structure et le développement de son réseau de distribution et de son mécanisme de commercialisation.

haïti

Introduit en 2010 par les forces de l’ONU venues du Népal, le choléra s’est rapidement propagé en Haïti. Début 2019, 819 000 cas avaient été recensés dans le pays, dont plus de 9 700 décès.

Le dernier cas a été enregistré en février 2019. Un succès dû aux efforts conjugués et à la coordination de l’ensemble des acteurs engagés dans la lutte contre l’épidémie. Dans les dernières années, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL intervenaient dans le cadre d’équipes mixtes avec le MSPP (Ministère de la Santé Publique et des Populations) lors de cas détectés par les communautés elles-mêmes ou communiqués par les centres de santé et centres de traitement de diarrhées aiguës. Ces équipes ripostent avaient pour objectifs d’investiguer sur les cas remontés en se rendant dans les foyers en question et en réalisant un cordon sanitaire de 50 mètres autour de la maison pour limiter la propagation. En parallèle, des kits choléra étaient distribués (savons, seau, pastilles pour rendre l’eau potable, sachets de sels de réhydratation orale), des sensibilisations sur la maladie faite, et des points de chloration installés au niveau des bornes fontaines suite à une évaluation rapide.

Les cas de choléra ayant disparu, ces équipes mixtes continuent aujourd’hui de travailler en réponse à la pandémie de Covid-19.

nigéria

Les premières épidémies de choléra dans le bassin du Lac Tchad ont été notifiées en 1971. La maladie est ensuite réapparue en 1991. Cette zone autour du Lac Tchad, partagée entre le Nigéria, le Niger, le Tchad et le Cameroun, reste l’une des plus touchée par la maladie dans la région. Selon la Plateforme régionale sur le choléra, les quatre pays sont souvent touchés en même temps, avec l’apparition d’une épidémie dans un pays et sa propagation rapide aux pays voisins par la suite.

21,2% du total des cas de choléra signalés en Afrique de l’ouest entre 2012 et 2017 sont survenus au Nigéria. Entre 2010 et 2017, plus de 122 200 cas ont été signalés, dont 3 713 décès. La majorité des cas est concentrée dans deux zones : la région centre-nord (Etats de Bauchi, Kano, Kaduna et Katsina) et dans l’Etat de Borno, où intervient SOLIDARITÉS INTERNATIONAL.

SOLIDARITÉS INTERNATIONAL dirige la « Cholera Task Force » (groupe de travail réunissant les autorités gouvernementales, acteurs de santé et ONGs) dans l’Etat de Borno. Son objectif est de coordonner la préparation et la réponse parmi les partenaires et le gouvernement dans le nord du Nigéria.

Dans les quatre zones d’intervention de notre association dans cet Etat (Maiduguri, Monguno, Ngala et Dikwa), les équipes terrain mettent en place un éventail d’activités EAH en cas d’alerte par les acteurs santé : évaluation pour comprendre d’où la contamination provient, désinfection des logements des ménages touchés, de ceux de leurs voisins et des installations sanitaires publiques, distribution de kits pour le traitement de l’eau, le lavage des mains et la désinfection des installations sanitaires, chloration de l’eau, sensibilisation aux bonnes pratiques d’hygiène…

En parallèle de ces activités de riposte, les équipes commencent des activités de prévention bien avant la saison des pluies : construction et réhabilitation de points d’eau et de latrines, accompagnement de Comités de points d’eau pour assurer la gestion, l’entretien et la propreté des points d’eau, la vidange des latrines, etc.

*Updated global burden of cholera in endemic countries Ali M, Nelson AR, Lopez AL, Sack D. (2015). PLoS Negl Trop Dis 9(6): e0003832. doi:10.1371/journal.pntd.0003832.
**https://www.who.int/bulletin/volumes/90/3/11-093427/en/
***The incubation period of cholera: a systematic review, Azman AS, Rudolph KE, Cummings DA, Lessler J. J Infect. 2013;66(5):432-8. doi: 10.1016/j.jinf.2012.11.013. PubMed PMID: 23201968; PubMed Central PMCID: PMC3677557