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“Le droit à l’eau collectif et individuel s’impose comme un droit humain”

Publié le vendredi 25 mars 2022

Entretien avec Loïc Fauchon, Président du Conseil mondial de l’eau

Loïc Fauchon, selon vous, qu’est-ce qui caractérise ce Forum mondial de l’eau à Dakar ?

Plusieurs choses différencient ce Forum des précédents. Il se déroule en Afrique subsaharienne, une des régions du monde où l’accès à l’eau reste insuffisant et inégalitaire. La participation des communautés africaines, très investies, apporte une connaissance du terrain et de ses réalités qui permet une approche beaucoup plus concrète, plus réaliste aussi. Il va se tenir après le choc de la COVID-19, qui a montré l’importance de l’eau non seulement pour l’hygiène préventive, mais aussi pour l’autosuffisance alimentaire mise en exergue par la longue fermeture de certains ports et de nombreuses frontières.

 

Ce Forum se présente comme celui des réponses concrètes. Y parviendra-t-il et qu’attendez-vous de celles-ci ?

Nous avons voulu, avec nos collègues sénégalais, qu’après le Forum des solutions en 2012 à Marseille, celui de Dakar soit celui des réponses. Les réponses sont les solutions appliquées aux terrains et à leurs populations. Ce sont les réponses qui peuvent changer la vie quotidienne des plus pauvres et des plus démunis. Nous parviendrons à mettre ces réponses sur le devant de la scène si nous restons animés par une volonté farouche de dépasser le temps des discours pour être dans celui de l’action.

 

Par le passé, vous avez dit “l’eau est politique”. Qu’entendez-vous par cela ?

Oui, depuis plus d’une décennie, nous martelons l’idée que l’accès à l’eau relève avant tout de décisions politiques, d’une primauté accordée par les dirigeants nationaux et locaux pour que dans les lois, les règlements et les budgets, une priorité effective soit apportée, d’abord à la sécurisation de la ressource en eau et ensuite à son partage durable, mais surtout équitable.

 

Un Sommet des chefs d’État est prévu lors du Forum. Que peut-on en espérer pour la sécurité de l’eau et de l’assainissement ?

La présence de chefs d’État et de gouvernement n’est pas nouvelle dans les Forums. Cette fois-ci, la présidence sénégalaise de l’Union africaine et la volonté exprimée par le président de la république du Sénégal, M. Macky Sall, donneront sans aucun doute un relief particulier à ce que nous appelons de nos vœux, à savoir des engagements forts et concrets en faveur de l’eau et de l’assainissement.

 

Quel est le rapport du Forum avec les Objectifs de développement durable (ODD) et notamment son Objectif 6, et quel peut être son rôle par rapport à la Conférence internationale sur l’eau aux Nations unies en mars 2023 ?

Le Forum de Dakar est une étape, sans doute la plus importante sur la route de mars 2023. Si les réponses sont apportées à Dakar, ce sera la meilleure preuve d’une nouvelle place de l’eau pour la paix et le développement.

 

Comment voulez-vous conclure ?

Le Conseil mondial de l’eau travaille depuis de nombreuses années à l’affirmation de deux priorités fortes. La première est que la communauté internationale, chaque État, chaque collectivité humaine doit assurer la sécurisation de la ressource et sa juste utilisation, économe et partagée. La seconde est la conséquence de la première : le droit à l’eau collectif et individuel s’impose comme un droit humain, dont le respect et la généralisation sont indispensables à la survie de la planète. C’est le sens de notre combat, un combat pacifique mais déterminé.

 

©Tiecoura N’Daou