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SOLIDARITES et la crise alimentaire mondiale

A SOLIDARITES, nous suivons avec beaucoup d'attention les impacts de la hausse des prix des matières premières, et des denrées de base, sur les populations les plus vulnérables. On estime aujourd'hui que 862 millions de personnes souffrent de la faim et que près de 5 millions d'enfants en meurent chaque année. Selon les prévisions, d'ici un an ce chiffre, qui n'a jamais été aussi élevé, aura augmenté de 100 millions.

Dans certains pays comme le Kenya, la Somalie, la Côte d'Ivoire, l'Afghanistan, le Bangladesh, la situation est très alarmante. En Afghanistan par exemple, où plus de 50% de la population souffre d'insécurité alimentaire chronique, le prix du pain (base de l'alimentation) a été multiplié par deux. Au Bangladesh, les prix des denrées de base (notamment du riz) ont également doublés, aggravant considérablement la situation alimentaire déjà très précaire des plus pauvres.

Les causes de la crise alimentaire mondiale sont nombreuses et variées. Aux causes structurelles, s'ajoutent des causes conjoncturelles issues de choix politiques(1) ou techniques.

  • Diminution rapide des terres arables sous l'effet de plusieurs facteurs : l'urbanisation des meilleures terres, le processus de désertification, les dégâts commis par l'érosion des sols. A l'échelle de la planète, on estime que chaque année les surfaces arables diminuent de 70 000 à 140 000 km 2 (soit -à titre de comparaison entre 12 et 25% de la superficie de la France).
  • Les phénomènes climatiques extrêmes (sécheresse, inondations, grande vague de froid, cyclones) se multiplient et ont des impacts catastrophiques a court et à moyen terme sur l'agriculture des zones concernées. 
  • De plus, le quadruplement du prix du pétrole a augmenté considérablement le coût des engrais chimiques, qui en majorité, requièrent l'utilisation de pétrole ou de gaz naturel (dont le prix est lié à celui du pétrole) pour leur fabrication.
  • La demande de produits agricoles a considérablement augmenté ces dernières années en raison, d'une part, de l'accroissement de la population mondiale (environ 1,2% par an) mais aussi en raison d'un régime alimentaire de plus en plus riche (avec plus de protéines animales) dû à l'expansion des classes moyennes (en chine et en inde notamment).
  • L'augmentation de l'utilisation de matières agricoles comme biocarburant dans les pays développés a entraîné une baisse importante de la quantité de céréales destinée à l'alimentation. Ainsi, selon le PAM (Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies), les stocks céréaliers ont atteint leur niveau le plus bas depuis trente ans malgré des rendements en hausse.
  • A tous ces facteurs, se sont ajoutés les effets de la crise financière dite « des subprimes » qui a secoué les Etats-Unis, puis le reste de l'économie mondiale, en 2008 et a eu pour conséquence directe une très forte spéculation financière sur les denrées alimentaires de base.

La hausse des prix des denrées alimentaires touche de plein fouet les plus pauvres, et jamais autant de personnes n'ont souffert de la faim. Dans la plupart des pays dans lesquels SOLIDARITES intervient, la majorité de la population survit avec moins de un dollar par jour, et consacre la quasi-totalité de son budget à l'achat de denrées alimentaires.

Depuis prés de 28 ans SOLIDARITES intervient dans le domaine de la sécurité alimentaire dans les pays en crise et en post-crise. Les programmes sont variés, mais visent avant tout à répondre aux urgences en distribuant de la nourriture ou des moyens de production agricoles (outils, semences, engrais, bétail). Au-delà de l'urgence, SOLIDARITES travaille également à renforcer les capacités des populations à faire face aux chocs alimentaires (prévention des risques).

 

La stratégie de SOLIDARITES en termes de sécurité alimentaire repose sur deux axes principaux.

 

  • Soutenir l'agriculture familiale et les cultures vivrières

Lors des trente dernières années, ce type d'agriculture a été délaissé par l'aide au développement et les politiques agricoles nationales et internationales. Pourtant les agriculteurs familiaux constituent de loin la grande majorité des agriculteurs de la planète. Ils créent de la richesse et des emplois. A SOLIDARITES, nous pensons que l'agriculture familiale doit être soutenue, afin de permettre aux agriculteurs et aux populations d'accéder a une nourriture en quantité et en qualité suffisante. L'agriculture familiale a prouvé par le passé qu'elle était capable d'accroitre considérablement la productivité grâce à une augmentation des rendements, à la diversification des productions, et à une meilleure intégration des liens villes - campagnes.

La plupart des programmes de SOLIDARITES visent à intensifier la production agricole, accroitre la valeur ajoutée des produits agricoles bruts en les transformant sur place, vulgariser des techniques innovantes adaptées au contexte et aux besoins des agriculteurs. En ce qui concerne l'intensification, nous essayons de travailler de plus en plus avec des techniques visant notamment à la restauration de la fertilité des sols, à la conservation de l'eau à l'échelle de la parcelle ou du bassin versant.

 

  • Développer les activités agricoles en zone urbaine

Les habitants des zones urbaines sont les plus touchés par les effets de la crise alimentaire. En effet, la part de leur budget consacrée à l'alimentation croit de façon exponentielle, car ils ne produisent pas de nourriture, et sont totalement soumis au prix sur les marchés.

A l'échelle mondiale, il est prévu que le nombre de personne vivant dans des bidonvilles dépasse les deux milliards d'ici 2030. A Dhaka, capitale du Bangladesh, sur 13 millions d'habitants, 3,4 millions vivent dans des bidonvilles. A Nairobi, 60 % de la population s'entasse dans les nombreux bidonvilles (dont celui de Kibera, le plus grand bidonville d'Afrique qui compte entre 700 000 et un million d'habitants). Depuis plusieurs années, il est indéniable que le centre de la pauvreté se déplace vers les villes. Aujourd'hui, le nombre absolu de personnes vulnérables ou sous-alimentées est en hausse constante en zones urbaines.

Si les tsunamis, les cyclones et les tremblements de terre continuent de faire la une des médias, les inondations et les glissements de terrain touchent bien plus de personnes au sein des populations pauvres des villes.

En raison du manque de terres disponibles, les populations des bidonvilles vivent souvent dans des périmètres d'inondation, sur des flancs de collines instables et près d'installations industrielles. En Ethiopie par exemple les taux de malnutrition infantile dans les bidonvilles et les régions rurales sont de 47 % et 49 % respectivement, contre 27% dans les milieux urbains hors bidonvilles ; et dans les bidonvilles de Khartoum, le taux de prévalence de la diarrhée chez les enfants est de 40%, contre 29 % dans les zones rurales(2) , enfin dans le bidonville de Kibera à Nairobi, un enfant sur cinq meurt avant l'âge de 5 ans.

 

(1) Alors que 75% des personnes pauvres habitent dans des zones rurales, l'agriculture n'a reçu que 4% des investissements publics d'aide au développement (source : « la revanche de l'agriculture », Frédéric Lemaître, Le Monde, 23 avril 2008)

(2) State of world population 2007, Unleashing the potential of urban growth

 

 

 

 

 


Crédit photos : AFP, Solidarités