Entretien avec Frank Lavigne, décembre 2007
Frank Lavigne est Chef de mission SOLIDARITES en Thaïlande,
où nous assistons des réfugiés Birmans majoritairement
d'origine Karen vivant dans le camp de Mae La. Il fait le point
sur cette action indispensable :
Pourquoi ces personnes d'origine Karen ont-elles fui la
Birmanie ?
Elles ont commencé à fuir le pays
vers 1984, lors de violentes offensives de l'armée birmane.
10 000 réfugiés, principalement civils, sont
arrivés en Thaïlande cette année-là, fuyant
les représailles.
Dans quelles conditions vivent-elles ?
La
population à Mae La n'a cessé de croître depuis
1984 pour diverses raisons : le transfert de réfugiés
d'autres camps, l'afflux d'autres à mesure que la rébellion
perdait du terrain face à l'armée birmane, les arrivées
pour échapper aux exactions, à la misère, à
la faim et à la répression des manifestations pro-démocratie
de Rangoon fin des années 80 et début des années
90. Aujourd'hui le camp c'est 40 000 personnes sur moins de
2,5 km². Cette promiscuité dramatique favorise la transmission
des maladies liées à l'eau. Les épidémies
sont difficiles à neutraliser dans ce contexte. Certains
réfugiés sont dans le camp depuis 23 ans et 3 générations
s'y côtoient. De nombreux réfugiés y sont nés
et ont peu d'espoir d'aller sur la terre de leurs parents. Après
les évènements d'août et de septembre derniers
en Birmanie, on peut s'attendre à une nouvelle vague de réfugiés
dans les prochains mois.
Quelles sont les réponses que SOLIDARITES apporte
?
La situation sanitaire s'est continuellement dégradée
depuis l'ouverture du camp de Mae La en 1984. Le site n'était
pas prévu pour la population actuelle et pour une durée
de 23 ans. SOLIDARITES a été sollicitée en
octobre 2006 pour définir les besoins et apporter une réponse.
Les activités mises en œuvre sont :
- Le contrôle vectoriel visant à limiter le risque
d'épidémies transmises par les insectes (moustiques,
mouches) ou d'autres animaux (rats)
- La construction et vidange de latrines, visant à réduire
les maladies transmises par les excrétas
- La construction de drainage pour réduire les eaux stagnantes
favorisant le développement des moustiques, et réduire
aussi les phénomènes d'érosion et de glissement
de terrain liés à l'écoulement des eaux
- La promotion de l'hygiène
Quelles sont les contraintes auxquelles notre équipe
doit faire face ?
Il est difficile de programmer nos actions tant l'avenir en Birmanie
est incertain, ce qui laisse envisager le pire comme le meilleur
pour les camps en Thaïlande. Enfin, la mise en œuvre des activités
à Mae La est ardue du fait de la taille du camp, de son agencement
et de son contexte (topographie, hydrographie, nature du sol…).
Par exemple, pour réaliser une latrine il faut d'abord trouver
l'emplacement disponible (zone sans risque de glissement de terrain
ou d'érosion et accessible pour les équipes de construction,
les équipements et les matériaux, zone qui n'entraînera
pas de nuisance nouvelle pour les réfugiés…).
Nos donateurs ont reçu début novembre un
courrier sur la situation humanitaire des réfugiés
Birmans de Mae La. Que souhaites-tu leur dire ?
Tout d'abord les remercier d'avoir lu notre message et, pour ceux
qui l'ont fait, d'avoir supporté notre action. Leur soutien
nous aidera à surmonter nos difficultés, notamment
budgétaires. Je souhaite leur dire également que nos
regards sont tournés vers la Birmanie. Nous travaillons actuellement
en Thaïlande, pour les réfugiés Birmans majoritairement
Karen, mais nous restons en veille pour ceux qui sont de l'autre
côté de la frontière.
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