Témoignages
Rencontres le long du wadi...
Ade, est du Tchad. Une région en proie à l'afflux de
déplacés fuyant les attaques et les pillages répétés
dans leurs villages d'origine, perpétrés par divers
groupes d'opposition au gouvernement. C'est dans ce contexte complexe
et volatile, où la population résidente d'Ade a vu
grossir son nombre de 3 000 à 12 000 personnes, et où
SOLIDARITÉS intervient dans le domaine de l'eau
et de l'assainissement, que Constance Decorde, chargée de
communication au siège de SOLIDARITÉS, s'est
rendue à la rencontre des tchadiens, résidents et
déplacés, qui ont bien voulu lui raconter leur quotidien
et le parcours qui les a menés jusqu'ici.
Village
d'Ade Mouby (70 familles)
Acha Abdulaye, déplacée
" Je viens de Kobalka, à 5km d'ici, j'ai fui
avec mon mari et mes 3 enfants à cause des brigands
qui ont pris notre élevage et ont pillé tout
ce que nous avions. " Elle plante du gombo sur une parcelle
généreusement prêtée par une habitante
d'Ade, afin de gagner un peu d'argent pour nourrir sa famille.
" Bien sûr, j'aimerai rentrer chez moi, mais pour
l'instant ce n'est pas possible, c'est trop dangereux. "
Elle va chercher l'eau au puits d'Ade Mouby, construit par
SOLIDARITÉS, qui approvisionne 150 ménages
; " quand il y a trop de monde au puits, je dois aller
à la borne fontaine près de petit camp "
nous dit-elle ; " mais le problème principal ici,
c'est le manque de semences pour cultiver la terre et acheter
de quoi manger ". Le CICR a distribué de la nourriture
au mois de juin, mais ça ne suffit pas; les populations
déplacées manquent de nourriture puisqu'elles
n'ont pas de terres à elles et sont dépendantes
de l'aide des populations résidentes. " Ici les
populations se serrent les coudes, mais tant que c'est possible
" ajoute Acha en retournant bêcher la terre. Ce
qui n'est plus le cas aujourd'hui puisqu'il n'y a plus assez
de terres. |
Grand
camp, principal site de déplacés d'Ade (environ
1200 familles)
Kaltouma Zacharia, 6 enfants et Mariam Isa, 3 enfants, déplacés
Elles viennent de Faradjana, un village à 5 km d'Ade,
elles sont arrivées à Grand Camp en 2006, ayant
fui leur village à cause de l'insécurité
qui y régnait. " L'année dernière,
nous avons eu des champs que les habitants d'Ade nous avaient
prêtés, mais cette année, nous n'avons
rien ; il y a trop de monde ici, il n'y a plus de champs disponibles
pour nous " nous racontent-elles.
La distribution du CICR (sorgho, huile, sucre et sel) leur
a permis de survivre, en vendant la farine qu'elles avaient
faite avec le sorgho au marché d'Ade, pour acheter
de la viande pour leur famille. " Nous allons tous les
jours chercher du travail au Soudan, la plupart du temps pour
faire des ménages, puisqu'ici il n'y a plus de travail
pour tout le monde ; nous devons traverser le wadi kadja (cours
d'eau qui sépare le Tchad du Soudan), ce qui peut être
dangereux, nous pouvons nous faire attaquer par des brigands
"
Ces 2 familles vont chercher l'eau dans les puits construits
par SOLIDARITÉS, et aux points installés
dans les camps et entretenus par nos équipes. "
En avril/mai, pendant la saison sèche, il n'y avait
pas assez d'eau, mais là, pendant la saison des pluies,
ça va, il y a assez d'eau pour tout le monde ".
Elles utilisent les latrines construites par MSF et entretenues
par SOLIDARITÉS, et connaissent les principales
mesures d'hygiène : " SOLIDARITÉS
nous a distribué des savons, et nous a dit de nous
laver les mains le plus souvent possible, comment entretenir
les points d'eau, nettoyer nos bidons avec de l'eau et du
gravier pour que l'eau soit vraiment bonne" nous dit
Mariam.
Kaltouma intervient: "Ce dont nous avons le plus besoin,
c'est de nourriture, de couvertures, de semences pour manger
et vendre au marché ; tout ce que nous avons ici nous
a été donné, et nous n'avons pas de champs
pour cultiver et être indépendantes ; un autre
point d'eau serait aussi nécessaire en saison sèche,
puisqu'il y a moins d'eau et plus de monde. "
" Nous aimerions rentrer chez nous, ici ce n'est pas
chez nous, mais c'est encore trop dangereux " rajoute
Mariam. " Même ici il y a quelques braquages, moins
en saison des pluies comme il faut traverser le wadi kadja,
mais ici au moins nous avons de l'eau, et nos enfants sont
rarement malades " dit-elle dans un sourire en se penchant
sur son petit dernier qui rit aux éclats.
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Village d'Ade Mour, (320 familles), dans les environs
d'Ade
Sandoka Abdoulaye, 6 enfants, résidente
Dans ce village, SOLIDARITÉS a construit
un puits équipé d'une pompe à pied :
avant il n'y avait aucun point d'eau !
" Avant, nous allions chercher l'eau au wadi situé
à 1km, c'était dangereux, nous étions
attaquées, parfois violées, et nos enfants avaient
mal au ventre. Maintenant, l'eau est de bonne qualité
et nos enfants ont retrouvé le sourire. " raconte
Sandoka.
Nous partons sous les saluts des villageois.
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Village de Beyoutalata (430 familles, résidents
du Tchad et 100 soudanais),dans les environs d'Ade
Il n'y a aucun point d'eau ici, les familles vont au
wadi où l'eau est sale et impropre à la consommation
: elles sont victimes de l'insécurité et tombent
souvent malades. Pour répondre aux besoins des populations,
SOLIDARITÉS est en train de construire un puits pour
approvisionner le village.
Acha
Ibrahim, 5 enfants, résidente
" Je sais que c'est dangereux, mais je vais chercher
de l'eau au wadi, elle est marron, je n'ai pas d'autre choix
pour donner à boire à ma famille ". En
plus des problèmes de sécurité, la terre
y est molle et il y a des risques d'embourbement. " Je
sais que l'eau n'est pas bonne pour la santé de mes
enfants, ils sont souvent malades, ils ont de la fièvre,
des diarrhées " rajoute-t-elle.
Elle a tout juste de quoi nourrir sa famille, elle aurait
besoin de plus de nourriture, et d'argent pour acheter des
semences. " Mon mari va chercher tous les jours du travail
à Ade comme journalier, parfois il trouve, parfois
il ne trouve pas " nous dit-elle.
"Vous allez construire un puits n'est ce pas ? "
nous demande-t-elle. " C'est bien de faire ça
pour nous, je suis contente, j'ai hâte que ça
soit fini, jusqu'à maintenant, personne n'a pensé
à nous, personne n'est venu jusqu'à nous, alors
que nous avons des besoins importants, vous êtes les
seuls. " Le reste de sa famille nous rejoint, ils nous
remercient tous et ont hâte de pouvoir aller chercher
de l'eau potable dans un puits situé au sein même
de leur village.
Nous partons, sous le soleil qui tape et la tranquillité
de ce village où tout le monde attend avec impatience
que nous menions à bien notre programme. |
Village
de Gnagnoulta (110 familles), environs d'Ade, où des
filtres à sable construits par SOLIDARITÉS
ont été distribués
A notre arrivée, les familles, qui connaissent bien
nos équipes, se précipitent vers nous et nous
emmènent directement chez elles. Au sein du foyer,
le filtre à sable trône, pièce maîtresse
de la maison : son rôle n'est en effet pas des moindres
: apporter de l'eau potable en quantité suffisante
pour toute la famille. Son utilisation est des plus simples
: en versant de l'eau directement du wadi, et après
l'opération naturelle de filtrage opérée
par les diverses couches de sable et de gravier, l'eau qui
en ressort est propre à la consommation : il n'y a
plus qu'à ouvrir le robinet !
Dans ce village, il n'y a aucun point d'eau, et jusqu'à
présent les habitants devaient boire l'eau boueuse
des mares ou des wadi environnants. Désormais, les
femmes vont toujours chercher de l'eau avec les jarres traditionnelles
pouvant contenir environ jusqu'à 20 litres, mais au
lieu de la boire directement, avec les conséquences
sanitaires que cela peut entrainer, elles la versent dans
les filtres afin qu'elle ressorte consommable.
Si toutes les familles de Gnagnoulta n'utilisent pas le filtre
à sable, c'est parce qu'elles n'ont pas encore de bidons
ou de jarres pour aller chercher de l'eau, et qu'elles n'ont
pas encore pu bénéficier de la formation de
nos équipes : l'accès au terrain étant
rendu très difficile par les conditions sécuritaires
très volatiles de cette région. Mais SOLIDARITÉS
entend bien persévérer et continuer les séances
de formation, et la distribution des jarres pour ces familles,
pour ne pas les laisser boire de l'eau qui pourrait les rendre
malades.
Chez la famille Zenamba, première
famille du village à avoir été formé
à l'utilisation du filtre - et qui nous aidera à
former les autres familles en étant le point focal
de notre action -, la mère nous dit qu'elle se sert
de l'eau pour la boisson de tous les jours et le thé
et que ça suffit pour sa famille de 7 personnes.
Chez la famille Isakh, deuxième foyer
que nous visitons, ils ont inscrit d'eux-mêmes "
SOLIDARITÉS " sur les jarres servant
à transporter l'eau, comme un hommage à notre
action.
La famille d'Houda Bechir utilise elle aussi
le filtre depuis quelques mois : " avant le filtre, un
des enfants de ma famille était malade " nous
raconte-t-elle. " Maintenant, ils vont tous bien, grâce
à l'eau du filtre et grâce à SOLIDARITÉS
".
Avant de partir, les villageois de Gnagnoulta nous offrent
des arachides et des mangues séchées, et nous
prient de nous installer sur un tapis qu'ils installent sous
un arbre. Quand nous partons, ils viennent tous nous serrer
la main et nous dire " merci "; mais c'est leurs
sourires et leur bonne santé qui nous servent de remerciements.
mise à jour : septembre 2009 |
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