Comment as-tu décidé de partir au Libéria ? Quel a été ton parcours avant ton départ ? As-tu une formation humanitaire ?
A la base, je suis diplômé en dessin technique et industriel, secteur dans lequel j’ai travaillé 5 ans. Je me suis réorienté en suivant la formation Bioforce, puis j’ai été recruté par SOLIDARITES INTERNATIONAL et j’ai effectué ma première mission.

Quelle est la situation humanitaire et politique actuelle du Libéria, après 8 ans d’intervention de SOLIDARITES INTERNATIONAL ?
SOLIDARITES INTERNATIONAL a débuté son intervention au Libéria en 2003, après 14 ans de guerre civile qui ont ravagé le pays. Depuis l’élection d’Ellen Johnson en 2006 comme présidente de la République libérienne, le pays est plus stable, ce qui facilite ainsi son développement, mais aussi l’intervention humanitaire.
Quand nous avons commencé à intervenir au Libéria, les conditions de vie des populations étaient extrêmement précaires. Peu de gens avaient accès à l’eau, les infrastructures avaient en grande partie été détruites par les années de guerre, et les populations, en situation d’extrême vulnérabilité aux maladies hydrique et à l’insécurité alimentaire, en payaient le prix fort.
Aujourd’hui, il va falloir faire face à un nouveau défi : gérer l’impact des déplacements de populations liés aux affrontements récents en Côte d’ivoire.
Sur quel projet as-tu travaillé au Libéria ? Quelles étaient les spécificités de ce programme ?
J’étais positionné sur le poste de « responsable programme Eau Hygiène et Assainissement » sur la base de Harper, dans le sud du Libéria.
Depuis le début du programme, nous avons construit 98 puits et réhabilité 224 points d’eau pour permettant ainsi à quelques 80 000 bénéficiaires d’avoir accès à l’eau potable. Nous avons aussi contribué à la construction de latrines familiales et collectives, éléments essentiels pour éviter la propagation de maladies et la contamination des populations. Ce qui fait la spécificité de notre action, c’est sa logique « participative», nous ne nous sommes pas contentés "d’implanter des latrines", mais nous avons donné aux populations locales les moyens de construire leurs propres latrines avec des matériaux locaux. De nombreuses campagnes de sensibilisation ont aussi été menées sur des thèmes tels que le VIH, l’équité homme/femme et la prévention contre la malaria. En procédant de la sorte, les populations utilisent d’avantage les latrines puisqu’ils se sont donné du mal pour les construire, mais ils peuvent aussi les réhabiliter et en construire de nouvelles facilement puisqu’ils ont à la fois le savoir faire et les matériaux nécessaires.

Quelles sont les difficultés majeures de la mission ?
La difficulté majeure de cette mission est d'ordre logistique. Les pistes sont peu nombreuses et le plus souvent en très mauvais état. Certaines zones reculées du Libéria sont très difficiles d’accès et l’intervention y est donc complexe.
Bilan ?
Le Libéria se relève doucement de ses 14 années de guerre, mais il reste beaucoup de chemin à parcourir pour que l’état assure à ses populations les services de base (eau, assainissement, éducation, santé, électricité, routes…), c’est pourquoi, pour lutter contre le syndrome de l’assistanat qui s’est installé au Libéria, il est important d’ancrer au cœur de nos projets l’action communautaire.
Depuis que nous intervenons, la situation humanitaire est moins critique, on ne parle plus « d’urgence post conflit ». Grâce à la stabilité politique, nos efforts ne sont pas vains, et nous travaillons de pair avec le gouvernement qui, via le ministère de la santé, nous soutient. Cependant, pour que notre action soit pérenne, nous mettons les bouchées doubles sur la sensibilisation, afin que les infrastructures ne soient pas laissées à l’abandon après notre départ.