SAVOIR FAIRE
Le diagnostic Humanitaire
9 mois après le cyclone Giri qui a frappé le sud est du Myanmar entrainant d'énormes besoins humanitaires, revenons sur une étape cruciale de toute intervention d’urgence : le diagnostic humanitaire. Envoyé sur place comme coordinateur, Paul répond à nos questions.
Dans quel cadre es-tu intervenu sur la réponse à l’urgence Giri ?
J’avais déjà travaillé un an au Myanmar en 2008-2009 sur la réponse au Cyclone Nargis avec SOLIDARITES INTERNATIONAL. J’étais donc familier du pays, et j’avais une certaine connaissance des sociétés rurales des zones côtières ainsi que des mécanismes de reprise suite à ce type de catastrophe naturelle. Travaillant en octobre 2010 au siège de SOLIDARITES INTERNATIONAL, j’ai pu être détaché 1 mois pour initier la réponse d’urgence via un diagnostic.
Je tiens d’ailleurs à souligner que sans l’aide financière de nos donateurs, cette mission n’aurait pas été possible.
Comment se déroule une telle intervention ?
La priorité après une catastrophe naturelle dans une zone inconnue, c’est de rassembler de l’information sur ce qui s’est réellement passé et sur la situation humanitaire des populations sinistrées. Avant de partir, je suis donc « briefé » par nos équipes qui depuis le siège en France suivent la mission au Myanmar. Une fois arrivé sur place, Matthew, le Chef de Mission me transmet les dernières mises à jour sur l’évolution de la situation. L’essentiel des informations provient cependant de la coordination avec les autres acteurs de secours ; les premiers retours des humanitaires birmans dépêchés sur place permettent de commencer à répondre aux questions : Quelle est l’ampleur de la catastrophe ? Combien de personnes ont été touchées ? Quels sont leurs besoins et en quelle quantité ? Y a –t-il des pénuries en eau, en nourriture ? etc…
Dès mon arrivée au Myanmar je commence le marathon des réunions et rendez-vous avec les autres ONG, internationales ou birmanes, les Agences des Nations Unies, les bailleurs de fonds… Ce travail de l’ombre n’est pas le plus gratifiant, mais cela me permet d’analyser en quelques jours la réponse humanitaire que Solidarités International peut apporter : paradoxalement, les villages reculés des îles du sud de la zone sont les plus touchés par le cyclone (c’est là que son intensité a été la plus forte) et les moins couverts par les premiers secours humanitaires (ils sont les plus difficiles d’accès). Même s’il faut creuser, c’est une piste intéressante pour déployer nos activités en termes d’eau d’hygiène et d’assainissement, de reconstruction et de reprise économique.
Après cette phase de coordination, quelle est la seconde étape de la réponse d’urgence ?
Il faut évidemment se rendre sur la zone identifiée et faire un diagnostic plus approfondi des besoins des populations sinistrées. J’ai été l’un des premiers humanitaires internationaux à obtenir une autorisation de visite dans le sud Rakhine, ce qui est une chance mais également une grande responsabilité : il faudra rendre compte de ce que j'y vois en étant le plus complet et transparent possible pour orienter la réponse humanitaire globale. Je décolle donc pour Sittwe, la capitale de l’état du Rakhine avec Valentino, mon collègue birman. Deux avions, 3 bateaux et 4 jours plus tard, nous sommes dans les villages reculés de la zone ciblée, en compagnie des volontaires de « NCV », une ONG locale avec laquelle nous travaillons.
Et comment se passe le diagnostic des besoins dont tu nous parlais ?
Tout d’abord, nul besoin d’être un fin observateur pour avoir une première idée de la force du cyclone : digues renversées, arbres et toits arrachés, abris reconstitués à la hâte sous des bâches en plastique, glissements de terrains, débris dans le dédale des canaux qui font cette zone de mangrove… Mais cela ne saurait suffire à avoir une idée précise de la situation. Pendant les deux jours qui suivent nous visitons des villages et dressons un inventaire à l’aide de questionnaires préétablis. Il y a une méthodologie bien rodée et des outils adaptés : des entretiens collectifs avec des groupes de villageois pour avoir des informations qualitatives ( quelles vont être les principales difficultés de la communauté pendant les prochains mois ?) et des entretiens individuels avec des familles pour avoir des approximations chiffrées (combien de jours de nourriture avez-vous en réserve ?). Une fois ces informations croisées, l’idée est d’apporter une réponse pertinente au regard des besoins les plus pressants des populations.
Par exemple, on comprend que le cyclone est arrivé au pire moment de l’année, à la fin de la saison des pluies et juste avant la récolte de riz: la récolte 2010 est détruite, la prochaine est dans un an. Les stocks de riz sont donc au plus bas, et il faudra en faire venir d’ailleurs dans le pays, mais à un prix plus élevé que tous ne pourront pas se permettre. Par ailleurs les fermiers n’ont pas pu mettre de semences et d’argent de côté, donc ils auront des difficultés à remettre sur pied leurs rizières et à payer les travailleurs journaliers. La récolte 2011 elle-même est donc sérieusement en danger, et avec elle c’est toute l’économie rurale qui entre dans un cercle vicieux de paupérisation. Nous savons donc que distribuer de la nourriture pendant la période de soudure et qu’aider les agriculteurs à payer leur main d’œuvre et leurs semences augmentera les capacités de reprise et permettra à tous de regagner plus rapidement leur autonomie.
En rentrant sur Yangon, je rédige donc un rapport avec ces analyses et des recommandations pour la réponse humanitaire, en vue de le partager avec les autres acteurs et de solliciter l’aide des bailleurs de fonds internationaux. A mon départ, seule une partie infime du travail est faite. Il faut convaincre les partenaires de nous soutenir financièrement, recruter des équipes, monter une chaine logistique pour apporter l’aide, et lancer les activités. Tout reste à faire alors que le temps presse.
Cliquez ici pour lire le diagnostic
Quelle est la difficulté principale de ce type d’interventions d’urgence?
La clé c’est le temps : il passe toujours beaucoup trop vite lors de ces interventions. Je n’y suis arrivé que plus d’un mois après le cyclone lui-même ! Et une fois sur place il faut encore courir de village en village, alors qu’on voudrait s’arrêter, partager avec les gens, écouter leurs histoires, faire honneur à leur générosité et hospitalité incroyables alors qu’ils ont beaucoup perdu. C’est une frustration pour moi mais aussi pour les villageois rencontrés. Mais si les moments partagés sont courts, ils sont aussi d’une intensité humaine rare et j’ai conscience que c’est un privilège. Et mes états d’âmes comptent au final bien peu. C’est la grande contradiction de l’humanitaire : mettre de côté la facilité émotionnelle et comprendre que vouloir faire « quelque chose » pour aider c’est bien, mais ce n’est pas suffisant : le faire intelligemment et de façon professionnelle c’est indispensable si on veut apporter une aide utile.
EN SAVOIR PLUS SUR LE CYCLONE GIRI
Site OCHA : http://www.themimu.info/HTML/Maps/Giri_index.html
EN BREF
Notre programme dans l'Etat du Rakhine, ville de Myebon :
Programme de reconstruction pour 10 000 personnes :
- Reconstruction de 300 abris, de 120 maisons en bois, et distribution de matériels pour reconstruire 475 abris
- Formation de charpentiers et distribution d’outils de construction
- Sessions de sensibilisation à la réduction des risques causés par les désastres naturels
- Injection de cash pour les ménages
- Attribution de 600 bourses de reconstruction pour des familles afin qu'ils puissent réparer eux-mêmes leurs maisons.
Relance des moyens de subsistance pour 4 000 ménages :
- Distribution de semences de riz à planter avant la prochaine saison des pluies
- Distribution de filets, de bateaux pour relancer la pêche
- Réparation des digues par les bénéficiaires, qui obtiennent en échange de l’argent ou de la nourriture (pour relance l’économie des ménages)
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LE CYCLONE GIRI
Dans l’après-midi du 22 Octobre 2010, un cyclone de catégorie 4 frappe la côte sud de l’état du Rakhine, dans l'Est du Myanmar. Giri dévaste une zone peuplée de près de 200 000 habitants. Contrairement au cyclone Nargis en 2008, les dégâts qu’il cause sont heureusement essentiellement matériels.
Il n’en reste pas moins que la vie de plus de 260 000 personnes a été affectée, et que 17.500 hectares de terres agricoles et 50.000 hectares de bassins d'aquaculture ont été dévastés. |
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SOUTENEZ NOS ACTIONS
Avec un don de 118€, vous offrez un
abri pour protéger de la saison des pluies une famille
sinistrée.
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NOS
PARTENAIRES
Nous remercions nos partenaires qui soutiennent
nos programmes au Myanmar:
- ONG PARTENAIRES
- UNICEF
- Agence de l'Eau Rhin-Meuse (AERM)
- DAH (Ministère des Affaires Etrangères)
- WFP
- DFID
- ECHO
- IOM - UN Habitat
- SDC
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