J'ai
commencé à travailler dans le domaine humanitaire
en 1990 pour une ONG basée au Pakistan. J'étais alors
gestionnaire de programmes pour des projets de reconstruction de
routes, d'écoles et de cliniques dans la province du Panshir
en Afghanistan. De 1992 à 1993, c'est avec Care International
que je me suis engagé en tant qu'architecte pour travailler
dans la province de Khost.
Entre
1999 et 2001, j'étais ingénieur au Ministère
Rural pour le Développement et la Réhabilitation.
C'est à cette occasion que j'ai rencontré SOLIDARITES.
En effet, SOLIDARITES ayant un accord avec le ministère,
j'ai été envoyé à Saighan dans la province
de Bamyan pour travailler en collaboration avec cette ONG pour la
réalisation d'un pont et d'un barrage. Depuis
2001 je fais partie de l'équipe de SOLIDARITES. J'ai d'abord
travaillé à Yakawlang puis, depuis avril 2005, à
Kaboul.
Les
programmes auxquels j'ai participé allaient du captage
de sources au déneigement de cols en hiver pour garantir
l'accès aux villages de montagne, de la construction de canaux,
de réservoirs, de puits à la construction de routes.
Parmi les projets qui m'ont marqué, il y a eu le barrage
de Koprok (36 millions m3) pour l'irrigation de champs de blé
et de pomme de terre, des captages de sources pour amener l'eau
directement dans les villages (avec des tuyaux sur plusieurs kilomètres
et des réservoirs de 40 à 65 m3), le siphon du canal
de Zarin pour passer un canyon de 15 mètres de profondeur
sur 25 mètres de large, de nombreux creusements de puits
et enfin l'ouverture d'une route de 25 kilomètres (dans les
montagnes entre Dane Dare Chasht et Tusri) sur un dénivelée
de 250 mètres comprenant huit ponts en bois.
Je suis
heureux de travailler pour SOLIDARITES, d'une part parce que dans
la situation actuelle du pays les ONG sont de réels acteurs
de la reconstruction ; d'autre part en raison du rythme de travail
qui est soutenu et de la diversité des projets.
Mon
rôle à SOLIDARITES aujourd'hui est de gérer
l'équipe " Infrastructures Eau " dans le cadre du projet
d'accès à l'eau potable à Kaboul.
L'équipe
que nous avons sur Kaboul est composée de Pashtouns, Tadjiks,
Hazaras…ce qui est un atout pour travailler dans les différents
quartiers. Par ailleurs, certains membres de l'équipe sont
nouveaux, ce qui demande du temps pour l'organisation et les stratégies
à mettre en œuvre. Enfin, la gestion d'équipe sur
Kaboul demande beaucoup plus d'attention que dans la province de
Bamyan.
L'année
passée, lors de l'évaluation des besoins sur Kabul,
la quasi-totalité des puits privés étaient
à sec et les conditions sanitaires étaient désastreuses
: ni collecte d'ordure ni réseau d'eaux usées dans
une ville de plus de 3 millions d'habitants. Il n'y a pas assez
de latrines, et celles existantes sont de mauvaise qualité,
tant au niveau hygiénique, sanitaire, que de l'environnement.
Les ordures se mélangent à la boue dans la rue, remplissent
les canaux d'évacuation des eaux. Les puits privés
sont contaminés par les eaux de latrines qui s'infiltrent
dans le sol…
La
situation économique est très difficile, le nombre
de personnes sans emploi est en nette augmentation.
Les réfugiés de retour en Afghanistan n'ont ni travail,
ni logement. Au cours de l'hiver, qui est rude ici,
certains vivent sous une toile de tente ! C'est pourquoi une partie
des gens sont retournés en Iran ou au Pakistan.
Concernant
l'eau, malheureusement les gens ne font pas la différence
entre une eau potable et une eau impropre à la consommation.
Mais la plupart des gens en Afghanistan boivent du thé, ainsi
l'eau est bouillie et purifiée des organismes pathogènes.
Cependant,
les enfants boivent parfois de l'eau non bouillie.
Au
cours de l'été, les températures montent jusqu'à
35°C-40°C, et engendrent des problèmes de déshydratation,
diarrhée, etc.
La
situation dans le district 13 (en périphérie ouest
de Kabul), et en particulier à Dasht-e-Barchi, est difficile.
L'année dernière certaines personnes allaient chercher
l'eau jusqu'à Kalaï Kasi (5 km). Cet été,
beaucoup de puits privés seront de nouveau à sec,
mais à Charak-e-Safa il y aura les pompes à main mises
en place par SOLIDARITES. Aujourd'hui il y a environ 90% de puits
privés et 10% de pompes à main (forages).
Nous
avons décidé d'intervenir à Charak-e-Safa car
les besoins en eau sont énormes, en quantité. Le récent
sondage montre que la quantité moyenne d'eau par personne
et par jour équivaut à 17 litres - par comparaison,
en France c'est au moins dix fois plus - et que la qualité
est mauvaise puisque l'eau des puits est contaminée.
Le
programme de SOLIDARITES à Charak-e-Safa d'une durée
de 4 mois, comprend la construction de 27 puits forés équipés
de pompes à main (dont le coût de maintenance est faible)
la construction/réhabilitation de 81 latrines et une campagne
de promotion à l'hygiène.
Le
manque d'eau et les mauvaises conditions sanitaires dans les rues
du fait des eaux usées, des déchets ménagers,
des cadavres d'animaux, des déchets organiques, des fientes
d'animaux, etc. font que le projet à Charak-e-Safa relève
de l'urgence.
Au cours de mes expériences dans l'humanitaire, une histoire
en particulier m'est restée. C'était à Yakawlang,
dans le village de Kanak, les gens collectaient les eaux du sauna
dans un bassin pendant l'été puis consommaient ces
même eaux pendant l'hiver. En 2002, SOLIDARITES a capté
une source à 3 km de cet endroit et a installé un
réservoir dans le village. |